Photo: Véronique Leduc
11 septembre 2019Auteure : Véronique Leduc

Bella Desgagnés: approvisionner les villages de la Basse-Côte-Nord

Sur la Basse-Côte-Nord, après Kegaska, la route 138 s’arrête net là où il y a la mer. Après ce village de pêcheurs, il n’y a plus moyen de voyager par voiture. C’est pourquoi le cargo Bella Desgagnés fait le trajet par l’eau jusqu’à Blanc-Sablon une fois par semaine: pour transporter les habitants d’un village à l’autre, mais aussi pour ravitailler les villages, autrement coupés du monde, en vêtements, matériel de construction, voitures, nourriture... Il y a de ces expériences qui marquent à jamais. Un voyage sur le Bella Desgagnés fait partie de celles-là.

Un cargo mixte

Le Bella Desgagnés est un cargo mixte, c’est-à-dire qu’il peut transporter autant des marchandises que des passagers locaux ou des voyageurs qui profitent de la croisière. Opéré par la compagnie Relais Nordik, il n’y en a que trois ou quatre comme lui au pays.

Photo: Véronique Leduc

Mission approvisionnement

La mission première du Bella Desgagnés: approvisionner en biens de toutes sortes les villages de la Basse-Côte-Nord qui ne sont pas reliés par la route au reste du Québec. Ainsi, à chacun des arrêts du cargo, c’est un ballet impressionnant de déchargement et de chargement qui commence, peu importe l’heure du jour ou de la nuit à laquelle a lieu l’escale.

Déchargement sur l'île d'Anticosti. Photo: Véronique Leduc

Croisiéristes à bord

Cela fait quelques années que les voyageurs peuvent embarquer à bord du cargo qui ravitaille les villages de la Basse-Côte-Nord. Mais c’est depuis 2013 qu’ils peuvent profiter du Bella Desgagnés, un bateau plus luxueux, construit en Italie et créé pour faire ce voyage dans les conditions et le climat de la Côte-Nord.

C'est dans le confort du Bella Desgagnés que les voyageurs peuvent découvrir la Basse-Côte-Nord. Ici, Harrington Harbour. Photo: Véronique Leduc

De nombreux arrêts

Chaque semaine, le Bella Desgagnés part de Rimouski, dans le Bas-Saint-Laurent, pour s’arrêter à 11 ports, jusqu’à Blanc-Sablon, à la frontière du Labrador. À partir de Kegaska, les villages ne sont pas reliés par la route. En hiver, ils peuvent toutefois compter sur la route blanche, à parcourir en motoneige.

Les arrêts hebdomadaires du Bella Desgagnés (crédit- Voyages AML)

Pause hivernale

C’est d’ailleurs en raison de la route blanche que le Bella Desgagnés, en fonction 24 heures sur 24 pendant 44 semaines par année, a choisi de prendre une pause de ses activités pour effectuer l’entretien du navire en février et en mars. Les habitants de la région, grâce à leur motoneige, sont alors plus autonomes. Les livraisons peuvent alors aussi être faites par avion même si les coûts sont bien plus élevés que pour celles faites par bateau.

En été, les villages comptent sur le Bella Desgagnés pour s'approvisionner. Photo: Véronique Leduc

Un service essentiel pour les locaux

Chaque année, c’est entre 13 000 et 15 000 passagers locaux qui voyagent par bateau pour aller visiter leur famille dans un village voisin ou pour faire des achats. C’est pour eux que le Bella Desgagnés, qui fait en quelque sorte office d’autobus pour cette clientèle, a été créé. Par ailleurs, environ 1600 forfaitistes, dont 80% de Québécois, font chaque année la croisière qui leur permet de voir des paysages majestueux.

Les paysages de la Basse-Côte-Nord sont magnifiques. Le village de pêcheurs de Harrington Harbour en est un bon exemple. Photo: Véronique Leduc

Nourriture et autres denrées

Parce qu’ils sont coupés du réseau routier, les villages de la Basse-Côte-Nord dépendent des livraisons du Bella Desgagnés pour la réception de tous leurs biens, dont les denrées alimentaires. Selon Marine Jasmin-Morin, responsable de l’administration chez Relais Nordik, environ 40% de ce qui est transporté sur le Bella Desgagnés est lié à l’alimentation. Lors de la dernière livraison avant la pause hivernale du cargo, les quantités de nourriture commandées sont d’ailleurs astronomiques, assure-t-elle. Pains, fruits, viandes et autres denrées seront alors congelées pour passer l’hiver.

À chaque port, des denrées sont déchargés pour approvisionner les épiceries des villages. Photo: Véronique Leduc

Produits locaux en vedette

À bord, entre les escales, la centaine de croisiéristes lisent, font des siestes, regardent les paysages, jouent à des jeux de société, surveillent les baleines, fraternisent et goûtent les saveurs du coin au restaurant du Bella Desgagnés.

En effet, depuis quelques années, l’entreprise s’est donné comme mandat de favoriser l’alimentation locale afin d’encourager l’économie de la région et de faire découvrir le terroir. «Pour les petits fruits, nous faisons affaires avec des cueilleurs privés et pour les poissons et fruits de mer, nous nous approvisionnons aux ports des villages», explique Marine Jasmin-Morin.

Au menu du Bella Desgagnés donc, qui sert 66 000 plats principaux par année: chicoutai, crabe, flétan, homard... Et l’an prochain, on compte intégrer les algues à certains plats.

Les produits de la région sont en vedette sur le menu du Bella Desgagnés. Photo: Véronique Leduc

Adapter la cuisine

Lynda et Erwann, les deux chefs à bord, doivent cuisiner autant pour les passagers que pour la quarantaine de membres d’équipage, et ce, peu importe les conditions de navigation. Pour ce faire, on adapte la cuisine en attachant solidement les chaudrons ou en éliminant certains aliments du menu lorsque les passagers ont le cœur sensible, par exemple.

À bord, c’est l’eau du Saint-Laurent qu’on boit, traitée par osmose inversée afin de la dessaler et de la reminéraliser. La technique permet d’éviter de transporter une très grande quantité d’eau à partir du port de Rimouski.

Les chefs à bord, Lynda et Erwann. Photo: Véronique Leduc

Apprendre à se réinventer

Plusieurs des communautés de la Basse-Côte-Nord sont historiquement des villages de pêcheurs. Mais parce que la pêche est moins abondante depuis quelques années, les villages, s’ils veulent survivre, n’ont pas le choix de se réinventer. Cueillette, transformation et agriculture sont donc nouvellement dans la mire des communautés qui désirent augmenter leur autonomie alimentaire.

Plusieurs communautés ont mis en branle des projets d'agriculture, comme ici à La Tabatière. Photo: Véronique Leduc

À lire dans les prochaines semaines sur Avenues.ca: des rencontres liées à l’alimentation lors des escales du Bella Desgagnés.

Ce voyage a été rendu possible grâce à l’appui de Tourisme Côte-Nord.