8 décembre 2016Auteure : Véronique Leduc

Quel agrotourisme pour le Québec?

Comment faire pour que tous les entrepreneurs du secteur agroalimentaire québécois travaillent ensemble? Comment faire pour que le Québec soit reconnu à l’international pour son tourisme gourmand? Voilà la vaste réflexion entamée lors du 1er Grand rendez-vous en agrotourisme et tourisme gourmand.

Il y a au Québec une belle effervescence en termes d’agrotourisme. Chaque région (ou presque) a son circuit gourmand, les entreprises alimentaires qui ouvrent leurs portes aux touristes sont nombreuses, et on entend de plus en plus parler des alcools québécois, de la camerise, de l’argousier ou du sureau. Mais comment faire pour que tous les entrepreneurs du secteur agroalimentaire travaillent ensemble? Et comment unifier notre message pour faire en sorte que le Québec soit reconnu à l’international pour son tourisme gourmand? Voilà la vaste réflexion qu’on a voulu entamer au 1er Grand rendez-vous en agrotourisme et tourisme gourmand qui a eu lieu les 16,17 et 18 novembre dernier au Centre-du-Québec.

C’est l’Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec qui est derrière l’organisation de ce premier Grand rendez-vous. Selon Odette Chaput, directrice générale de l’Association, les initiatives et les études en lien avec l’agrotourisme sont nombreuses, mais à un certain moment, «cela s’avère dangereux, parce que chacun met son grain de sel pour développer et promouvoir un produit devenu très tendance. (…) C’est correct. Néanmoins, on ne le fait pas de façon concertée». Voilà pourquoi ce Grand rendez-vous souhaitait une concertation globale entre tous les acteurs du milieu: chefs, transformateurs, producteurs, représentants du gouvernement, associations et médias.

Adopter de bonnes pratiques

Avant de bien se positionner et se vendre, il est nécessaire de mieux se connaître et, surtout, il faut s’arrêter pour se demander ce qu’on veut mettre de l’avant. «Trop souvent, on ne propose pas d’expérience du début à la fin. Annoncer un restaurant ne fait pas partie d’une offre touristique. Il faut penser bien au-delà de ça», a dit Erik Wolf, fondateur de la World Food Travel Association.

Ce dernier en a profité pour partager sa liste des destinations aux pratiques exemplaires. L'Irlande, Asheville, en Caroline du Nord, et Saint-Sébastien, en Espagne, en font partie. Ces endroits proposent des vidéos mettant en vedette les producteurs, ont déployé des campagnes en lien avec leur gastronomie sur YouTube ou disposent d'un réseau d’ambassadeurs gourmands. Des propositions qui font parler à travers le monde. Et voilà où serait la clé, selon Erik Wolf. «Votre marque, c’est ce que les gens disent de vous lorsque vous n’êtes pas là».

Finalement, selon le fondateur de la World Food Travel Association, 83% des destinations proposent des restaurants, des tours guidés ou des cours de cuisine. «Il faut sortir de ça pour offrir une expérience mémorable qui serait guidée du début à la fin et qui parlerait des gens derrière les aliments du Québec plutôt que des mets qui eux, sont anonymes.»

Ce que le Québec a à offrir…

Photo: Elaine Casap, Unsplash.
Photo: Elaine Casap, Unsplash.

Mais pour proposer cette expérience, il faut avant tout savoir ce qui, au Québec, nous est unique.

J’étais invitée à partager le panel suivant avec la nutritionniste Julie Aubé, la blogueuse Jennifer Doré Dallas, le chef Laurent Godbout et la journaliste Hélène Raymond, à propos de la perception de la destination québécoise et de son offre gourmande à l’international. Nous nous sommes demandé ce que pourrait être le message du Québec quand vient le temps de parler aux touristes gourmands.

Est-ce que notre nordicité ou nos quatre saisons et leur influence dans nos assiettes devraient être davantage mises de l’avant? Est-ce que nos producteurs devraient devenir nos vedettes? Est-ce que la cueillette dans nos vastes forêts saurait attirer les visiteurs? Est-ce que les nombreux petits fruits du Québec représenteraient notre planche de salut? Ou encore, nos pommes et leurs délicieux cidres? Est-ce la responsabilité des chefs de mettre plus d’aliments d’ici au menu et de décrire les petites entreprises avec lesquelles ils font affaire ou bien est-ce aux écoles de cuisine d’enseigner l’histoire et la gastronomie d’ici? Ou peut-être est-ce plutôt la responsabilité du gouvernement?

Ce qui semblait certain, selon les intervenants présents, c’est que pour le moment, tout ça n’est pas encore clair mais qu’il y a de la place pour un message plus fort et concerté.

Au-delà de la poutine

Photo: Katina Rogers, Flickr.
Photo: Katina Rogers, Flickr.

Il est peut-être temps d’aller au-delà de la poutine, de la cabane à sucre ou du pâté chinois. Une récente publicité de Tourisme Québec qui s’adressait aux Français mettait d’ailleurs de l’avant les saveurs de la province. On y parle de sirop d’érable, de cidre de glace, de pommes de terre, de pâté chinois, de bines et de poutine. La publicité est très sympathique et bien faite, et les plats mentionnés sont excellents, mais pour attirer les touristes, dont ceux qui sont déjà venus à la cabane à sucre ou qui ont déjà goûté la poutine, il faudra proposer plus. Sans aucun doute, notre territoire est riche et le message agrotouristique peut être bonifié et raffiné.

Selon Odette Chaput, il y a d’ailleurs urgence d’agir, puisque de plus en plus de touristes voyagent pour vivre une expérience alimentaire. D'ailleurs, plusieurs destinations l’ont compris et proposent déjà une offre mieux articulée que celle du Québec.

Dans Le Devoir, elle affirme: «On ne pourra jamais faire un produit d’appel phare de la destination touristique si l’on ne structure pas l’offre. Ce produit doit être maîtrisé et circonscrit avant d’être campé et promu de telle ou telle manière. On souhaite que le Québec attire des touristes internationaux? Alors, montons dans le train, n’attendons pas qu’il passe!» La directrice estime que pour le moment, le Québec propose trop «d’offres, de publicités et de marketings différents», ce qui rend la tâche ardue pour le touriste qui souhaite venir découvrir les saveurs d’ici.

En tous les cas, un premier pas est fait grâce à ce colloque qui s’était donné comme objectif de mobiliser l’industrie. Maintenant, c’est à ses acteurs de se demander ce qu’ils souhaitent promouvoir comme identité culinaire.