La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Voyager grâce aux sons

En voyage, j’ai toujours aimé enregistrer les sons, surtout ceux de la nuit. Les coqs qui chantent à l’heure où les fêtards s’affalent sur leur lit. Ceux dont l’horloge interne semble détraquée et qui font mentir toutes les histoires évoquant leur rôle de réveil-matin à plumes. Les animaux qui s’éveillent pour la chasse. Les insectes qui se lancent dans une symphonie avant que les oiseaux prennent le relais… Mes cartes postales sonores occupent une place particulière dans mes souvenirs.



Mon amie Catherine Lefebvre a la même passion. Elle pousse l’expérience plus loin et partage sa collection de sons des quatre coins du monde dans un balado baptisé Sounds Like. Elle crée des montages qui nous permettent d’explorer différentes villes ou pays sans narration. Chaque épisode dure entre quatre et huit minutes. «On est bombardés d’images, mais le son est aussi intéressant», dit-elle.

En Martinique, elle nous entraîne au carnaval. À Zanzibar, on se laisse envoûter par l’agitation des rues. À New York, où elle dit trouver «l’harmonie parfaite entre l’extra et l’ordinaire», la frénésie de la ville est bien palpable. À Marrakech, la journée débute par l’appel à la prière. On se balade dans un souk et dans les rues, entre le bruit des scooters, le pas des chevaux et les musiciens de rue. Il suffit de fermer les yeux pour y être.

Les souks offrent un merveilleux condensé de la vie locale à Marrakech. Photo: Marie-Julie Gagnon

«Au départ, je me suis demandé ce qu’il manquait pour raconter une histoire de voyage, explique la créatrice du blogue, aussi nutritionniste et coanimatrice du balado On s’appelle et on déjeune, sur Radio-Canada OHdio. Il y a beaucoup de chroniques, de blogues, d’émissions de télé, de livres… J’ai réalisé que le son était toujours en arrière-plan. On ne lui accorde pas toujours d’importance. On habille les émissions avec de la musique, alors qu’il y a déjà une trame sonore. Certaines villes ont des sons plus singuliers.» Parmi celles aux atmosphères sonores les plus distinctives, elle mentionne Istanbul. «Le but est que quelqu’un qui ne s’est jamais rendu dans une ville puisse y trouver les sons qui composent sa trame sonore particulière. Ceux qui y sont déjà allés vont la reconnaître.»

Instanbul a une atmosphère sonore distinctive. Photo: Marie-Julie Gagnon

L’atmosphère sonore des forêts du monde

Au Royaume-Uni, le Timber Festival explore chaque année l’impact transformatif des forêts. Bien que l’édition 2020 ait dû être annulée, les organisateurs ont décidé de lancer la première carte sonore des forêts du monde. Accessible gratuitement, Sounds of the Forest invite les amoureux de la nature à s’évader dans les bois des quatre coins de la planète, mais aussi à faire parvenir leurs enregistrements de forêts, de rivières ou d’oiseaux pour enrichir la collection.

En un clic, on se retrouve ainsi propulsé à Ormiston Hall, en Écosse, ou dans la réserve de la biosphère Río Plátano, au Honduras, où l’on entend un paresseux à trois doigts. Au Canada, les sons de la forêt Assiniboine à Winnipeg, du refuge faunique Marguerite-D’Youville de Châteauguay et de la rivière Bow, dans le parc national Banff, peuvent notamment être entendus.

En plus de constituer une merveilleuse bibliothèque sonore accessible à tous, le site se veut une base de données open source pour les artistes qui souhaitent intégrer des sons à leurs créations.

Pour faire de bons rêves

Bien des applications mobiles promettent par ailleurs de nous aider à relaxer grâce aux sons du monde. Calm, Sleep, White Noise et autres Breethe nous endorment grâce au bruit des criquets, d’une chute d’eau, d’une plage, d’un feu de camp ou même de la rumeur d’une ville (dans un tout autre style, je suis aussi tombée sur des bruits d’aspirateurs…).

Pour ma part, il m’arrive de m’emplir les oreilles du roulis d’un train, d’une pluie tropicale, ou de sons sous-marins, qui ont le pouvoir de me transporter illico à des années-lumière de la pandémie. Calm propose même de me raconter les paysages sauvages de la Suède, les perles noires de Tahiti ou l’Australie, qu’on traverse à bord du Ghan. Parfait pour m’aider à glisser tout doucement vers le sommeil.

The Ghan, train mythique qui traverse l'Australie. Photo: Marie-Julie Gagnon

Le hic? Une fois la période d’essai passée, le «billet» pour ces destinations sonores s’élève à 76$ par année. Je préfère malgré tout ces voyages immobiles aux avions qui ne vont nulle part, remarquez…

Merci à Catherine Vidal, qui m’a fait découvrir Sounds of the Forest!