Photo: Facebook Dumpster Diving Montréal
Photo: Facebook Dumpster Diving Montréal
16 août 2018Auteure : Véronique Leduc

Déchétarisme: des repas tirés des poubelles

Si, au départ, le déchétarisme était réservé aux initiés, l’idée de concocter ses repas à partir de ce qu’on a trouvé dans les conteneurs à déchets des commerces semble aujourd’hui séduire une plus grande part de la population. Coup d’œil sur une tendance qui pourrait changer le regard que vous portez sur les poubelles.

Dans les derniers mois seulement, de nombreux médias ont consacré des reportages à cette idée de faire les poubelles afin de trouver des denrées encore consommables à rapporter à la maison.

Au printemps, on parlait par exemple d’une exposition de photos sur le sujet à la Galerie d’art du centre culturel de l’Université de Sherbrooke mettant en vedette des adeptes de l’activité. Puis, en juillet, on évoquait le déchétarisme comme une action qui ne rime désormais plus toujours avec nécessité, mais qui est plutôt devenue un mode de vie pour des groupes partout dans le monde. Et le Québec ne fait pas exception.

Déchétariens québécois

À Sherbrooke, par exemple, les groupes qui pratiquent le déchétarisme, fort bien organisés, grossissent sans arrêt. Selon une adepte, les poubelles de plusieurs endroits où l’on vend de la nourriture, comme les dépanneurs et les restaurants, regorgent de produits consommables qui n’ont jamais rendu personne malade. D’après plusieurs, les commerces jettent même tellement leurs choux gras que «les poubelles, en fait, ne sont pas vraiment des poubelles».

À Montréal, des groupes Facebook, qui s’échangent les bons endroits où fouiller ainsi que les calendriers de rejet des épiceries, ont des milliers d’abonnés.

Et nul besoin de se retrouver dans les grandes villes pour pratiquer l’activité: au Québec, la tendance se rend aussi dans les régions, comme en Abitibi-Témiscamingue.

Grâce à leurs récoltes, les déchétariens ne manquent de rien: pains, grains, conserves, lait, œufs, huile d’olive, vin, beurre d’arachide, viande surgelée, fruits, légumes, fromages, et même vêtements.

Photo: Facebook Dumpster Diving Montréal
Photo: Facebook Dumpster Diving Montréal

Du militantisme alimentaire

Si les déchétariens ou «glaneurs urbains» font leur épicerie dans les poubelles, c’est, oui, pour sauver sur la facture d’épicerie, mais ils ont aussi d’autres motivations. Pour plusieurs, le geste est «environnemental, politique, économique, sociologique…». En effet, la récupération d’aliments voués aux dépotoirs aide à contrer le gaspillage alimentaire et fait un pied de nez à notre société de consommation. Une sorte de militantisme, quoi.

Pour plusieurs aussi, l’occasion est belle pour partager, et certains déchétariens dévoilent leurs bons plans sur Internet ou offrent aux autres de passer prendre des denrées fraîchement récupérées à la maison.

Photo: Facebook Dumpster Diving Montréal
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Repas 5 étoiles

La preuve a été faite dans les médias d’ici: les récoltes des déchétariens peuvent être fort inspirantes. En 2016, une équipe menée par le chef Guillaume Cantin a tiré d’une tournée de deux heures dans les poubelles des commerces un repas digne d’un resto: punch épicé aux fruits, soupe à la tomate avec brunoise de poivron garnie de croûtons houmous au sriracha, quinoa rouge et crème de laitue, demi-laitue braisée et arilles de pomme grenade, puis pouding au pain avec yogourt au café… Tout ça en grande partie avec des denrées sauvées d’une mort certaine.

L’expérience a d’ailleurs inspiré au chef et à son collègue, Thibault Renouf, l’entreprise La Transformerie, qui vise à préparer des conserves en récupérant, avant qu’ils ne se retrouvent aux poubelles, les invendus des commerçants de Montréal.

Quand on sait que l’ONU estime à 870 millions le nombre de personnes qui pourraient être nourries avec le quart de toute la nourriture jetée et qu’au sein du système alimentaire canadien 40% de la nourriture se retrouve aux poubelles, on ne peut que saluer l’initiative, ainsi que celle de tous les déchétariens qui font le tour des arrières de commerces, jour après jour.

Et vous, seriez-vous ouvert à tenter l’expérience?


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