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Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

28 mars 2018

Les voyages de la dernière chance

«Vite, il faut y aller avant qu’il ne soit trop tard!» Qui, parmi nous, n’a jamais eu cette pensée en voyant l’impact des changements climatiques ou politiques sur une destination? Qui n’a pas flanché en constatant la popularité grandissante d’un coin de pays qui risquait d’être pris d’assaut et transformé par le nombre accru de touristes?

Même sans en prendre conscience, nombreux sont les globe-trotters à prioriser la découverte de contrées menacées de disparaître ou de vivre de grands bouleversements. Les agents de voyages le savent et n’hésitent pas à utiliser ces arguments pour convaincre les clients hésitants. Les médias comme les blogues contribuent également à attiser le désir à grands coups de listes de destinations à découvrir avant qu’il ne soit trop tard.

Plusieurs contrées prisées par les adeptes du «tourisme de la dernière chance» se retrouvent sur les listes de destinations tendance concoctées chaque année par les experts. Par exemple, en 2016, des vacanciers des quatre coins du monde se sont rués à Cuba par peur que l’île soit bientôt envahie par les Américains. Le Bhoutan, la Colombie, la Birmanie et l’Islande font aussi partie des pays régulièrement cités dans ces listes.

Havane, Cuba. Photo: Pedro Szekely, Flickr
Havane, Cuba. Photo: Pedro Szekely, Flickr

L’impact des changements climatiques

La fonte des glaciers n’est sans doute pas étrangère à l’engouement pour les destinations nordiques et les amateurs de safaris souhaitent plus que jamais voir des espèces menacées d’extinction, comme les rhinocéros. Au Kenya, la mort de Sudan, dernier rhinocéros blanc mâle du nord du continent, a d’ailleurs ému la Toile il y a quelques jours.

Sur la côte australienne, près de 70% des visiteurs interrogés en 2016 ont affirmé avoir fait le voyage pour voir la Grande Barrière de corail avant qu’elle disparaisse. Le bon côté? Ces voyageurs, comme plusieurs adeptes de tourisme de «dernière chance», sont plus soucieux de l’environnement et privilégient l’écotourisme, a révélé l’étude.

Plus conscientisés, les touristes posent aussi plus de questions qu’auparavant. Le New York Times a récemment rapporté l’exemple de ce propriétaire d’agence de voyages d’aventure qui doit répondre régulièrement aux interrogations à propos de l’état des glaciers en Alaska, dans les Rocheuses canadiennes et du Glacier National Park, aux États-Unis. «Le nombre de glaciers du parc national de Glacier est passé à 26, rapporte l’article, alors qu’il était d’environ 150 en 1910, quand le parc a été créé.» En se rendant sur le site du parc, on réalise que les répercussions des changements climatiques y sont très concrètes. Les glaciers étudiés pourraient même complètement disparaître entre 2030 et 2080.

Glacier Bay National Park. Photo: Christopher Rosenberger, Flickr
Glacier National Park. Photo: Christopher Rosenberger, Flickr

Lame de fond?

À la fin de 2017, Forbes a déclaré les voyages de dernière chance la plus importante tendance de 2018. Selon Tiffany Harrison, directrice du marketing de STA Travel interrogée par le média, «l’intérêt des voyages de dernière chance va mener à un intérêt grandissant envers l’écotourisme et les expériences hôtelières durables».

Et si ce sentiment d’urgence contribuait à ouvrir les yeux d’un plus grand nombre de voyageurs? On le souhaite, parce que l’impact du tourisme de masse risque de ne pas avoir que du bon au cours des prochaines années.


Pour en savoir plus

10 destinations voyage tendance en 2018

Marie-Julie Gagnon

9 janvier 2018

Avenues.ca

Cuba, les Américains et nous

Marie-Julie Gagnon

19 février 2016

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