La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Lafortune en papier: un bel hommage à un artiste unique

Dans ma première chronique de 2020, je vous parlais de l’artiste Claude Lafortune. En forme, à 83 ans, il exposait ses magnifiques sculptures de papier au musée Marguerite-Bourgeoys, dernière étape d’une exposition qui a fait le tour du Québec, vue par 100 000 personnes. Trois mois plus tard, la COVID-19 l’emportait. Le destin est cruel. Nous avons été nombreux à pleurer sa disparition subite. Permettez-moi de vous reparler de cet homme admirable, car il est au cœur d’un film qui est le plus bel hommage posthume qu’on pouvait lui rendre, un film de Tanya Lapointe, Lafortune en papier.



Je connais un petit peu Tanya Lapointe pour avoir travaillé avec elle pendant des années. Je sais que cette femme est sensible aux gens vrais, qu’elle a un faible pour les personnes âgées, un flair pour les bonnes histoires et la détermination pour les faire aboutir. Quand j’ai su qu’elle voulait faire un documentaire sur Claude Lafortune, j’ai été à la fois heureux qu’elle s’intéresse à cet homme qui méritait qu’on souligne enfin son immense contribution, et persuadé qu’ensemble ils feraient une bonne paire. Je ne me suis pas trompé.

Le film de Tanya Lapointe est le plus bel hommage posthume qu’on pouvait rendre à Claude Lafortune.

Claude Lafortune, c’est un personnage, mais tout en discrétion. On connait surtout ce magicien de la colle, du papier et des ciseaux pour L’Évangile en papier (1975-1976) et Parcelles de soleil (1988-2000). Le documentaire va au-delà de ces deux productions jeunesse de Radio-Canada qui ont marqué l’histoire de la télévision.

On remonte à ses débuts alors qu’il collabore à des émissions mythiques comme La Ribouldingue, Sol et Gobelet, La souris verte ou au film IXE-13 de Jacques Godbout, dont il signe les décors. On évoque, images à l’appui, les multiples programmes auxquels il est associé, y compris Du soleil à cinq cents avec entre autres Serge Thériault, Es-tu d’accord?, Nicole et Pierre, Québékio. On nous rappelle qu’il a créé tous les chars allégoriques du défilé de la fête nationale en 1981. On nous amène dans les voûtes du musée des Cultures du monde de Nicolet, qui possède plusieurs de ses œuvres. On le retrouve parmi les employés du musée Marguerite-Bourgeoys, racontant l’histoire de chacun des personnages de son exposition Colle, papier, ciseaux. On l’accompagne lorsque l’UQAM lui remet un diplôme honoris causa, lorsque le lieutenant-gouverneur du Québec lui remet sa médaille d’or. Le film nous le montre même dans ce qui sera sa dernière apparition publique, un atelier de création avec des enfants lourdement handicapés.

Tout du long, la documentariste fait ressortir l’humilité de cet homme, sa bonté chrétienne, sa générosité humaine. Ce n’est pas chez lui une posture ou de l’angélisme, simplement de la sincérité. Retrouver à l’écran cette authenticité désarmante qu’il affichait chaque fois que je le rencontrais m’a tiré les larmes à plusieurs occasions durant les 78 minutes du film.

Celui qui, dans ses émissions, accueillait avec empathie et simplicité, jamais de pathos, ses jeunes invités souvent éprouvés par la vie n’a pas changé. Que ce soit dans les images d’archives ou dans les séquences récentes tournées pour le film, il dégage toujours la même chaleur, la même curiosité de l’autre. Vous constaterez aussi l’effet qu’il fait, à son insu, sur les gens qu’il rencontre, entre magnétisme et fascination.

Le documentaire Lafortune en papier a également le mérite de célébrer un talent rare. Voir en gros plans ses œuvres minutieuses, pleines de couleurs et de détails, est un ravissement pour l’œil.

Sans doute le propre des grands inquiets, Claude Lafortune a beaucoup minimisé le mérite qu’il avait. «Je ne travaille que le papier. Je m’amuse à faire des choses qui ne dureront pas», se plaît-il à répéter. Ce à quoi Antonine Maillet lui répond dans le film: «Moi aussi je travaille le papier. Toi tu es inimitable, personne d’autre ne peut faire ce que tu fais.»

Yannick Nézet-Séguin, qui a un jour reçu en cadeau une sculpture en papier de Brahms, son compositeur préféré, apporte un témoignage émouvant sur la contribution de Claude Lafortune à la culture québécoise. «Je te remercie pour la beauté que tu nous amènes», lui dit-il, les yeux dans les yeux, en guise de conclusion.

On voit également Marie Eykel forcer son ami Claude à dire haut et fort: «Je suis un artiste!»

Claude Lafortune confie qu’à ses débuts il était conscient de ne pas être à la mode, d’être à contre-courant, mais qu’il a tout de même persévéré dans sa voie. Il a eu raison, au bout du compte, il a duré, une des choses les plus difficiles à accomplir pour une personnalité publique. Le documentaire Lafortune en papier vient en quelque sorte couronner la carrière unique de cet homme exceptionnel.

La première mondiale du film aura lieu le 10 décembre dans le cadre du Festival du film de Whistler, en Colombie-Britannique. Comme le festival se déroule cette année sur le web, il sera possible d’assister à cette première où que l’on soit au Canada. Le film demeurera ensuite en ligne jusqu’au 31 décembre.

La semaine dernière, je vous mentionnais que la trame sonore a été composée par Viviane Audet, avec Robin-Joël Cool et Alexis Martin. Maintenant que je l’ai entendue, je peux vous dire qu’il s’agit d’une très jolie bande-son. Elle est disponible en ligne dès cette semaine sur les différentes plateformes de musique (Spotify, Apple Music, etc.).

Danse: Ce que le jour doit à la nuit de Hervé Koubi

La saison de Danse Danse se poursuit en mode virtuel. Jusqu’au 9 décembre, on peut voir Ce que le jour doit à la nuit du chorégraphe français Hervé Koubi, un spectacle créé en 2009 qui a beaucoup tourné. Il a même été présenté au Festival des arts de Saint-Sauveur en 2017.

La version que nous propose Danse Danse a été captée devant public à Montpellier en 2018. Ça vaut la peine de le préciser, car il y a dans cette chorégraphie beaucoup de proximité et de contacts entre les douze danseurs, tous des hommes. Deux facteurs qui contribuent à la puissance de cette proposition. En ces temps de distanciation physique, on ne voit plus ça, des gens se toucher, se frôler, se prendre, s’arc-bouter, se coltiner, se porter, encore moins que cela se fasse entre hommes, qui plus est sans connotation sexuelle. On regarde ce ballet des corps qui voltigent, virevoltent, roulent, glissent, sautent, s’abattent au sol, suent à grosses gouttes, et on se dit, ah oui!, c’était possible dans l’ancien temps.

Photo: Nathalie Sternalski Didier Pphilispart

Hervé Koubi est un alchimiste. Il transforme des archétypes de mouvements en poésie du geste. D’abord vous dire qu’il a une formation de pharmacien, ce qui ne l’a pas empêché un jour de se mettre à la danse classique et contemporaine.

Pour cette chorégraphie, le créateur est allé au pays de ses ancêtres. Il a recruté ses danseurs en Algérie, dans le milieu de la danse de rue. Ce que le jour doit à la nuit emprunte beaucoup à cet univers très physique, proche de l’acrobatie et de la capoeira, cet art martial afro-brésilien. Mais il y incorpore la grâce de la danse moderne et classique et le mystère des derviches tourneurs. Chez Koubi, c’est sur la tête que les danseurs, affublés d’une jupe blanche à panneaux, tournent. Et tout ça est à la fois spectaculaire et proche du sacré.

Le spectacle est offert au prix unitaire de 16$. La vidéo est précédée d’une entrevue avec le chorégraphe et deux de ses danseurs, et suivie d’un court document sur la danse urbaine.

Photo: Nathalie Sternalski Didier Pphilispart

Suggestions en rafale

Harmonium en version symphonique

Le chef d’orchestre Simon Leclerc a revisité toute l’œuvre du groupe Harmonium pour en faire une version symphonique qu’il a enregistrée avec l’Orchestre symphonique de Montréal. 140 minutes de musique coréalisée par Simon Leclerc et Serge Fiori. Histoires sans paroles est disponible depuis jeudi, mais seulement en ligne sur le site harmoniumsymphonique.com.

Si vous voulez l’écouter avant de l’acheter, je vous informe que le dimanche 6 décembre ICI Musique Classique diffusera l’intégrale à compter de midi.

Un concert avec Yannick Nézet-Séguin

L’Orchestre métropolitain, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, donne dimanche après-midi 15h le concert de clôture du Festival Bach. Au programme, la Messe en si mineur de Bach. Il s’agit d’une prestation en direct sans possibilité de rattrapage. Prix du billet: 17$.

Un spectacle de Fred Pellerin

Vous avez envie de vous faire raconter des histoires plus grandes que nature? Le Cinéma du Parc offre en ligne le spectacle De peigne et de misère du conteur Fred Pellerin. L’enregistrement date de février 2015, mais je suis persuadé que Méo, le barbier de Saint-Elie-de-Caxton, n’a pas pris une ride.