La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Jean-Paul Riopelle, Paul Piché, Réjean Ducharme, Viviane Audet et Jean-Sébastien Bach s’invitent chez vous

Cette fin d’année 2020 est généreuse pour les amateurs de culture, l’offre de choses à voir en ligne est abondante. Voici mes suggestions de la semaine.


Une grande exposition Riopelle au Musée des beaux-arts de Montréal

En attendant la réouverture du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), il est possible de visiter l’exposition Riopelle: à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones en version virtuelle à compter du 1er décembre, jusqu’au 11 janvier.

De ce que j’ai pu voir et entendre lors de la conférence de presse en mode Zoom, c’est un événement majeur que le MBAM propose, à la hauteur de l’artiste légendaire que Riopelle a été et continue d’être 18 ans après sa mort.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Cap au nord, 1977, huile sur toile, 200 x 301 cm. Collection Huguette Vachon. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo archives Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle

On dépasse ici le concept de rétrospective pour explorer un angle particulier et très riche, soit le rapport que l’artiste a entretenu avec la nordicité et l’autochtonie.

L’exposition nous montre que dès la fin des années 1940, installé à Paris, Riopelle s’intéresse déjà à l’art autochtone en fréquentant des collectionneurs de cet art, notamment le surréaliste André Breton.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Inuit, 1977, huile sur toile, 82 x 101 cm. Collection de Charles Dutoit, Montréal. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo archives Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle

Dans les années 1970, les nombreux voyages qu’il effectue avec son ami le docteur Champlain Charest, dans le Grand Nord canadien, inspirent sa démarche.

Photographie de Claude Duthuit montrant Paul Rebeyrolle, Riopelle, Jacques Lamy et Champlain Charest lors d’un voyage de pêche, vers 1975, tirage 2020, photographie noir et blanc. Archives Yseult Riopelle. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo Claude Duthuit – Archives Yseult Riopelle

Les œuvres retenues pour l’exposition, plus d’une centaine (peintures, sculptures, œuvres sur papier), témoignent de sa fascination pour les grands espaces, qu’on pense à sa série sur les icebergs, et son intérêt pour la culture de ceux qui habitent ces territoires, mentionnons entre autres les jeux de ficelle que pratiquent les Inuits.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), L’esprit de la ficelle (triptyque), 1971, acrylique sur lithographie marouflée sur toile, 160 x 360 cm. Collection particulière. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo archives Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle

Certaines œuvres exposées n’ont jamais été vues à Montréal. C’est le cas de Point de rencontre-Quintette, le plus grand tableau jamais réalisé par Riopelle, à l’origine une commande pour l’aéroport de Toronto, qu’on retrouve aujourd’hui à l’Opéra Bastille de Paris. Pour l’anecdote, il est stupéfiant d’apprendre que cette huile sur toile, qui fait 428 X 564 cm, a été réalisée sur une période de 24 heures. Tel était Riopelle.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Point de rencontre – Quintette (polyptyque), 1963, huile sur toile, 428 x 564 cm (5 panneaux). Paris, Centre national des arts plastiques. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo CNAP

Parmi les œuvres inédites, il y a également Fontaine, sculpture en plâtre peint et cordage, qui sort pour la première fois de l’Estérel, l’atelier des Laurentides où le peintre a longtemps travaillé.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Fontaine, vers 1964-1977, plâtre peint, cordage, 400 x 300 x 300 cm. Collection particulière. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo MBAM, Jean-François Brière

Le visiteur pourra également admirer une trentaine d’œuvres d’artistes autochtones qui ont inspiré Riopelle, ainsi que des réalisations d’artistes autochtones d’aujourd’hui.

La visite immersive en 3D de l’exposition est offerte gratuitement.

Basil Zarov (1905(?)-1998), Jean Paul Riopelle à l’atelier de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Au loin, l’œuvre « La Défaite », vers 1976, photographie noir et blanc. Ottawa, Bibliothèque et Archives Canada. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo © Bibliothèque et Archives Canada. Reproduction autorisée par Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Basil Zarov/e011205146

Sur le chemin des incendies avec Paul Piché

Vous souvenez-vous du remarquable disque Sur le chemin des incendies de Paul Piché? C’était en 1988, il y a 32 ans. Je me pince pour y croire, c’était hier!

Il y avait sur cet enregistrement neuf chansons qui n’ont pas pris une ride: J’appelle, Sur ma peau, Étrange, Je lègue à la mer, Car je t’aime, Un château de sable, L’école des trois boutons, Le temps d’aimer et La haine. Eh bien, savez-vous quoi? On pourra réentendre ces trésors, car Paul Piché reprendra les chansons de cet album dans un spectacle diffusé sur le web le 27 novembre, en direct du Palais Montcalm de Québec. Et pour ceux qui manqueraient la version live, le spectacle sera disponible en rattrapage jusqu’au 5 décembre.

Ce qui rend ce rendez-vous encore plus attirant, c’est que Paul Piché sera accompagné du guitariste Rick Hayworth et du bassiste Mario Légaré, deux musiciens qui étaient de l’enregistrement du disque Sur le chemin des incendies. On achète son billet, au coût de 25$, sur le site du Palais Montcalm.

L’avalée des avalés de Réjean Ducharme au Théâtre du Nouveau Monde

Le Théâtre du Nouveau Monde continue de faire la nique à la COVID-19 en offrant une nouvelle production en version web: L’avalée des avalés, une adaptation pour la scène du premier roman de Réjean Ducharme signée Lorraine Pintal.

Ce spectacle, capté par le réalisateur Charles Binamé, met en vedette Sarah Laurendeau, Louise Marleau et Benoît Landry, le même trio de comédiens qui a fait de cette production un succès lors de sa présentation à Avignon et à Paris en 2018.

Vous pouvez visionner L’avalée des avalés quand bon vous semble sur le site web du TNM entre le 27 novembre et le 17 décembre au coût de 17 $.

Le Studio de musique ancienne interprète les six Motets de Bach

Mon goût pour la musique ancienne ne se dément pas. Cette semaine, je vous suggère le premier concert de la 47e saison du Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM).

L’ensemble a présenté le jeudi 26 novembre un concert en direct de la salle Bourgie, lequel peut être vu en ligne pour 10$ jusqu’à mercredi prochain. Au programme, les six Motets de Jean-Sébastien Bach, œuvre pour huit voix en deux chœurs, accompagnés d’un orgue et d’un violoncelle, le tout sous la direction d’Andrew McAnerney.

Les filles montagnes, un hommage aux victimes de la tuerie de l’École polytechnique

La musicienne Viviane Audet fait paraître cette semaine son premier disque de musique instrumentale. Les filles montagnes évoque en 11 pièces interprétées au piano l’horrible tuerie de l’École polytechnique à Montréal.

L’idée de cet album est venue à Viviane Audet après avoir composé la musique du documentaire Polytechnique: ce qu’il reste du 6 décembre produit l’an dernier à l’occasion de 30e anniversaire de ce funeste événement qui a fauché la vie de 14 femmes. La compositrice livre ici une œuvre lyrique qui explore l’ombre (avec des pièces intitulées Le piège, Chandail rouge, Les ruines) et la lumière (avec des titres comme Par où entre la lumière, Tu n’as pas tout pris, Elles).

Pour souligner le lancement de cet enregistrement, une version concert de ces pièces sera présentée à 20h le 3 décembre dans le cadre du Festival Numérique LE QG. Billet: 15$

Parmi les autres spectacles du Festival Numérique LE QG, mentionnons celui de Catherine Durand qui célèbrera, en formule duo, ses 20 ans de carrière le 5 décembre à 20h.

Viviane Audet fait aussi de la musique de film. Elle a composé la bande sonore de Lafortune en papier, documentaire que la journaliste Tanya Lapointe a fait sur Claude Lafortune qui sera présenté en première mondiale le 10 décembre au Festival du film de Whistler en Colombie-Britannique. Je vous en reparle.