La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

La musique, mon amour de musique

Pour le titre de cette chronique, j’emprunte à Jean-Pierre Ferland les mots d’une chanson d’il y a 25 ans qui décrit si bien ce lien puissant qu’on peut avoir avec la musique. Je ne suis pas doué avec elle, mais je sais accueillir celle qui me fait du bien, et je ne résiste jamais à l’envie de la partager avec autrui. Voici trois suggestions qui devraient vous plaire aussi.


Je n’veux pas dormir ce soir de Jean-Pierre Ferland

À 86 ans, Jean-Pierre Ferland nous offre un nouveau disque: Je n’veux pas dormir ce soir, impeccablement réalisé par André Leclair.

Des 450 chansons qu’il a écrites dans sa vie, il a choisi d’en refaire dix avec des amis. Pas en duo vocal, en complicité musicale. Ainsi, on retrouve les guitares des 2Frères sur Je reviens chez nous, le violoncelle de Jorane sur Si je savais parler aux femmes, le violon d’Angèle Dubeau sur T’es belle.

Ce n’est pas tout. Bruno Pelletier joue de la batterie sur Maman, ton fils passe un mauvais moment, il y a la guitare de Luc De Larochellière sur Les Noces d’or, celle de Lynda Lemay sur Je ne veux pas dormir ce soir. Mélissa Bédard fait des voix sur Le petit roi et Julie Anne Saumur sur Une chance qu’on s’a. Le mythique bassiste Tony Levin, qui avait participé au disque Jaune il y a 50 ans, passe par là aussi.

Le disque s’ouvre sur une somptueuse version instrumentale de Un peu plus haut, un peu plus loin. L’interprétation au piano que Florence K fait de cette chanson épique est tout en nuance, d’une grande beauté. Une réinvention.

Et que dire de la pièce qui clôt cet album! Jean-Pierre Ferland partage avec son grand ami Gilles Vigneault les mots de Avant de m’assagir, un texte fougueux écrit il y a 55 ans, et qui a une tout autre portée lorsque dit par un octogénaire et un nonagénaire.

On connait chacune des chansons de ce disque. Elles ont fait partie de nos vies. Ferland, c’est notre Aznavour. Il sait parler aux femmes, mais il sait aussi parler de la vie avec des mots qui nous rejoignent. On aurait pu craindre un banal disque de reprises. Ce n’est pas du tout le cas. Avec le grain qu’il a désormais dans la voix, cette fragilité de l’âge qu’on ressent et cette façon si originale de revisiter son répertoire, on ne peut faire autrement qu’être touché… encore une fois.

Album numérique disponible maintenant. En magasin le 16 avril.

Incarnat d’Ariane Moffatt

Pour ses 20 ans de carrière (déjà!), Ariane Moffatt devait faire comme Jean-Pierre Ferland, c’est-à-dire un disque de reprises. L’auteure-compositeure-interprète aurait eu le choix, elle a été tellement prolifique depuis ses débuts sur disque avec le mémorable Aquanaute! Cela s’est passé autrement en studio. L’inspiration l’a happée, l’amenant à explorer les pistes que sa petite voix intérieure lui suggérait d’emprunter.

Son nouveau disque, Incarnat, est donc entièrement composé de nouvelles chansons, avec un son à l’opposé de son précédent, SOMMM, fait dans le style électropop avec Étienne Dupuis-Cloutier.

Incarnat a une couleur. Dans le nuancier, ce catalogue qui définit les gammes de couleur, l’incarnat est un mélange de rouge-rose, une teinte qu’on retrouve lorsque l’heure du coucher du soleil est venue.

Tout ça pour dire qu’il y a dans le disque d’Ariane Moffatt quelque chose de chaud, d’enveloppant, d’apaisant. Douze chansons, 40 minutes de musique, dans un tout cohérent qu’on pourrait comparer à un fil d’Ariane.

Et Ariane ne serait pas Moffatt si cet exercice d’introspection n’avait pas donné lieu à quelques collaborations. L’auteure Fanny Britt a écrit un texte, Antoine Gratton a composé des arrangements de cordes, la chorale de l’école Face a été réquisitionnée pour la chanson qui clôt admirablement l’album, et la chanteuse Lou Doillon a participé à un duo sur Jamais trop tard, une adaptation déchirante d’une chanson de Beck (Everyboby’s Got to Learn Sometime). Alors, un mot pour résumer Incarnat? Beauté.

Vivo en panama de Mathieu Des Longchamps

J’aime bien faire découvrir de nouveaux venus. En voici un dont vous entendrez sans doute parler bientôt, en fait lorsqu’il viendra faire un tour en nos terres, ce qui ne saurait tarder. Avant de dire un mot sur la musique de Mathieu Des Longchamps, l’histoire de ce résident français est déjà intéressante à raconter.

Mathieu Des Longchamps est né à Montréal. On ne sait pas quand, il entretient le flou par rapport à son âge. Sa mère, la chanteuse et guitariste Claudette Lagacé, d’origine québécoise, et son père, harpiste franco-espagnol, Hugo Pamcos, forment le duo Pamcos. Vous les avez peut-être déjà entendus chanter dans le Vieux-Montréal ou au Festival d’été de Québec. Ils font une musique qui oscille entre folk, musique latino et chanson française. On pourrait dire que leur rejeton est un enfant de la balle.

Il a suivi ses parents saltimbanques partout où ils sont allés. Il a grandi entre Paris et Panama. En spectacle, il les a même accompagnés au bongo. Pas surprenant que Mathieu Des Longchamps navigue dans des eaux semblables à celles de ses parents. Il chante d’ailleurs en français et en espagnol. Sa voix est très chaleureuse. Fan de Paco de Lucia et Jimmy Hendrix, la guitare est son instrument. Un instrument qui l’a accompagné dans ses nombreuses pérégrinations en Argentine, en Uruguay et en Espagne. Il y a quelque chose des voyages qu’on ne peut pas faire présentement dans sa musique, et ça fait beaucoup de bien entre les deux oreilles.

VU: Comme une vague de Marie-Julie Dallaire

Pour revenir à mon préambule, la musique joue vraiment un rôle dans nos vies. Pour vous en convaincre, voyez le documentaire Comme une vague. Après une présence remarquée au Festival international du film sur l’art, le film prend l’affiche cette semaine en salle.

La réalisatrice Marie-Julie Dallaire, qu’on a connue en 1993-1994 à la Course destination monde, nous plonge littéralement dans ce qui fait que la musique est si bénéfique à nos vies.

On y rencontre entre autres une musicologue qui réussit, par la musique, à diminuer la détresse des enfants prématurés, un chef d’orchestre vénézuélien formé par El Sistema redonner confiance à de jeunes réfugiés afghan et iranien en Suède, un DJ offrant à son public la possibilité de s’abandonner, un musicien de la rue raconter l’effet que son violon fait sur les passants. Vous verrez comment la musique agit sur le cerveau. Comment la nature produit sa propre trame sonore.

Quand il est question de la musique et des instruments, on parle du Stradivarius de Stéphane Tétreault, et le musicien de nous faire entendre la richesse de son violoncelle. Avec Patrick Watson, il est question de création musicale, à mille lieues d’une science exacte.

Ce qui est fabuleux avec ce film, c’est que les intervenants rencontrés sont des spécialistes dans leur domaine, et on peut s’enorgueillir de savoir qu’ils sont, pour la majorité, des Montréalais. Cela dit, le film est surtout en anglais, avec sous-titres français.

Une dernière chose, Comme une vague a été tourné en noir et blanc, ce qui confère à ce document une esthétique indéniable. Marie-Julie Dallaire, qui est la fille du renommé designer Michel Dallaire, a de qui retenir.