La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes collabore à Avenues.ca depuis 2016. Journaliste depuis 1976, il a fait la majeure partie de sa carrière (1980-2013) à l’emploi de la Société Radio-Canada, où il a couvert la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). De 2014 à 2020, il a été le correspondant de l’émission Télématin de la chaîne de télévision publique française France 2.On lui doit également le livre Tous pour un Quartier des spectacles publié en 2018 aux Éditions La Presse.

Bruno Pelletier, aussi entier sur scène que dans son livre

L’an dernier, à pareille date, alors qu’il triomphait à Paris dans le rôle-titre de la comédie musicale Al Capone, Bruno Pelletier apprenait la fin brutale de ce qui était un projet de rêve pour lui. À toute chose malheur est bon, comme le dit l’expression, ça nous l’a ramené à la maison pour un autre projet qui lui tenait à cœur: célébrer sur scène les 25 ans de Miserere, l’album qui l’a propulsé au firmament des stars. La tournée Miserere est à peine commencée que le spectacle est déjà récompensé d’un Billet d’argent pour 25 000 billets vendus aux quatre coins du Québec.



J’ai vu Bruno Pelletier le 2 mars au Théâtre Maisonneuve. Ce soir-là, il a tout donné. Je me permets de le penser, car depuis que j’ai lu sa biographie, Il est venu le temps…, écrite par Samuel Larochelle, j’ai l’impression de mieux connaître cet artiste si humble et discret en dépit de sa grande notoriété ici et à travers le monde.

D’abord, la voix. Dans son livre, Bruno Pelletier raconte son rapport avec ce don qu’il a eu de pouvoir chanter dans un grand registre bien qu’il ne sache pas lire la musique. Voici comment il analyse son évolution:

«[…] à 25 ans […] j’avais un talent brut, une voix large, forte, beaucoup plus puissante qu’aujourd’hui. À 60 ans, mon registre vocal n’est plus le même parce que j’ai vieilli. Malgré tout, après plusieurs décennies à chanter et à faire des tournées, après des blessures et des épreuves de la vie, je perçois une richesse dans ma voix qui n’existait pas durant ma vingtaine.»

On en est que plus épaté de l’entendre interpréter la costaude Miserere en ouverture de spectacle, à froid, et avant le rappel, après un bloc «métal».

J’ai vu Bruno Pelletier le 2 mars au Théâtre Maisonneuve. Ce soir-là, il a tout donné. Photo: Yvan Couillard

Ensuite, il y a la fragilité assumée. Quand il présente ses chansons, majoritairement extraites du disque Miserere, il les met en contexte avec une transparence qui n’était pas aussi évidente à l’époque de leur création. Maintenant qu’il est courant d’aborder les questions de maladie mentale, d’anxiété, d’abus, d’épuisement professionnel, il ose nous dire que Coriace traite de la dépression sévère de son père et qu’il y a de ses propres exaltations, démons et déveines dans J’oublie ma folie, Aime, Pardonne, ou S’en aller. Cela donne une consistance nouvelle à des titres que j’ai toujours vus comme de simples «power ballads» faites pour cartonner à la radio.

Quand il présente ses chansons, majoritairement extraites du disque Miserere, il les met en contexte avec une transparence qui n’était pas aussi évidente à l’époque de leur création. Photo: Yvan Couillard

Dans sa biographie, Bruno Pelletier déclare qu’il est conscient que son public s’attend à ce qu’il fasse La Manic et Le temps des cathédrales, et concède volontiers à les faire tout en se permettant de modifier les arrangements. Dans le cas de ces deux titres, on n’est pas déçu par la relecture qu’il en fait.

Le livre Il est venu le temps… nous révèle aussi la passion que Bruno Pelletier a toujours eue pour le sport, le karaté, le vélo. À plus de 60 ans, notre homme garde une forme resplendissante. Ceci explique cela. Il bouge sur scène avec aisance. Je ne l’ai jamais vu être aussi dansant.

À plus de 60 ans, notre homme garde une forme resplendissante. Photo: Yvan Couillard

Pour se permettre ça, il doit sortir de son répertoire. Les amateurs de heavy metal (Metallica, Journey, Judas Priest, Led Zeppelin, Black Sabbath) et de disco-funk-soul (Gino Vanelli, Daft Punk, Earth, Wind and Fire, Stevie Wonder, Martin Stevens) «capotent» quand il tombe en mode medley pour rendre hommage à ceux qui l’ont influencé.

Personnellement, j’ai trouvé qu’il faisait trop de place à la musique anglo-saxonne dans son spectacle, mais je dois avouer que j’étais pas mal le seul à résister à ces airs largement éprouvés.

ême le quatuor à corde s’en donne à cœur joie. Photo: Yvan Couillard

Marc Bonneau à la batterie, Jacques Roy à la basse, Martin Bachand à la guitare et Marco Tessier aux claviers, tous des collaborateurs de la première heure, semblaient avoir autant de plaisir que leur chanteur à jouer dans ces platebandes-là. Même le quatuor à corde s’en donne à cœur joie.

L’ensemble Esca, formé de quatre jeunes musiciennes douées et prêtes à tout pour donner du punch au spectacle, opère une petite révolution dans ce genre de contribution.

La présence physique et vocale de Kim Richardson aux côtés de Bruno Pelletier ajoute des étincelles à ce spectacle. Photo: Yvan Couillard

J’ai gardé Kim Richardson pour la fin. Sa présence physique et vocale aux côtés de Bruno Pelletier ajoute des étincelles à ce spectacle. Les deux se connaissent depuis un quart de siècle. La choriste avait participé au disque Miserere sur la chanson Paix & Guerre. Sur scène en 2024, elle met sa voix puissante au service de son ami pour lui permettre d’atteindre, soir après soir, les sommets qu’on attend de lui, une grande exigence à combler quand on n’a plus 25 ans et que la tournée compte plus d’une quarantaine de dates.

Une dernière citation de la biographie Il est venu le temps… à l’intention de ceux qui iront voir Bruno Pelletier aux quatre coins du Québec dans l’année qui vient:

«Le public s’en fiche un peu si tu chantes en si bémol ou en la… Il m’arrive de changer quelques notes de ce type quand je suis fatigué ou enrhumé, mais 90% du temps, je suis en mesure de bien les chanter et d’offrir le même niveau de modulation vocale.»

Entier, dans son livre et sur scène!