La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

2021 Revue et corrigée au Rideau Vert: c’est bon pour le moral

Après avoir fait l’impasse sur la version 2020 à cause de la COVID-19, le théâtre du Rideau Vert renoue avec la tradition d’une revue humoristique de fin d’année, la 16e de son histoire. Et qu’on se le dise, l’équipe n’a pas perdu la main.



Passons d’abord en revue les troupes. Cette année, Suzanne Champagne, qu’on a tant aimée, n’est pas de la distribution, mais Marc St-Martin, véritable pilier de cette institution, répond présent avec toujours la même fougue. Véronique Claveau et Benoit Paquette, qu’on avait regretté de voir partir par le passé, sont de retour, toujours aussi en feu quand vient le temps d’imiter une vedette de l’actualité. Joëlle Lanctôt, qui avait fait très bonne figure en 2018, réintègre aussi la troupe, avec encore plus de panache que sa première fois. Et le nouveau venu qui nous étonne cette année s’appelle Tommy Joubert, aussi bon en gars qu’en fille. Avec ses rondeurs, il récupère habilement le type de personnages qu’on donnait autrefois à Suzanne Champagne. Sa personnification de la drag queen Rita Baga et celle de maman Dion sont parmi les moments forts de la soirée. À la mise en scène, Nathalie Lecompte reprend les rênes, alors qu’aux textes, à part Dominic Quarré et Luc Michaud (script-éditeur), présents en 2019, on compte quatre nouveaux auteurs (Caroline Allard, Nicolas Forget, Simon Forget, Annie-Claude St-Pierre).

La personnification de la drag queen Rita Baga par Tommy Joubert figure parmi les moments forts de la soirée. © François Laplante Delagrave

De tout ce qui s’est passé en 2021, qu’est-ce qui a retenu leur attention? En vrac, mentionnons notamment le succès des athlètes féminines canadiennes aux Jeux olympiques, la campagne de vaccination, la résistance des complotistes, la victoire de Mike Ward en Cour suprême, la production compulsive de vidéos du chanteur Damien Robitaille sur le web, l’inflation galopante, le manque flagrant de main-d’œuvre, le départ de Régis Labeaume de la mairie de Québec et celui de Julie Payette de son poste de gouverneure générale du Canada, le paternalisme du premier ministre François Legault, le wokisme institué en dogme, et la tendance à s’excuser de tout pour ne pas froisser les épidermes sensibles. Le spectacle est même assez d’actualité pour traiter du plus récent schisme québécois, celui créé par le film Aline de l’humoriste française Valérie Lemercier.

Parmi les sujets qui ont retenu l'attention en 2021: le départ de Régis Labeaume © François Laplante Delagrave

 

Bien sûr, il y a des numéros qui touchent plus la cible que d’autres. C’est le cas justement de la guerre que se livrent Céline et Aline. C’est absolument hilarant de voir Véronique Claveau et Joëlle Lanctôt se mesurer pour être la Céline la plus authentique. Un duel auquel maman Dion vient mettre un terme en poussant elle aussi la note de manière surprenante.

Le spectacle est même assez d’actualité pour traiter du plus récent schisme québécois, celui créé par le film Aline de l’humoriste française Valérie Lemercier .© François Laplante Delagrave

Dans un numéro mettant en vedette le petit Astérix, le gros Obélix et une espèce de shaman ontarienne, j’ai aimé qu’on se moque de ce travers récent de remettre en question les œuvres d’autrefois au nom d’un nouveau moralisme, au point parfois de les brûler!

Dans un numéro avec Obélix, on se moque de ce travers récent de remettre en question les œuvres d’autrefois au nom d’un nouveau moralisme © François Laplante Delagrave

Pour souligner une autre tendance détestable, celle de demander des excuses pour tout et rien, on a fait appel au chef d’antenne de TVA. Un Pierre Bruneau contrit, imité parfaitement par Benoit Paquette, s’excuse entre autres d’avoir osé dire à sa météorologue Colette qu’elle ne prévoyait pas du beau temps.

Le chef d'antenne de TVA Pierre Bruneau est utilisé pour aborder la tendance détestable de toujours demander des excuses pour rien. © François Laplante Delagrave

Côté imitation, on est bien servi. On connait le talent de Marc St-Martin à faire Julie Snyder, mais quel plaisir de lui opposer une Anne Dorval plus vraie que nature faite par une Véronique Claveau capable d’être aussi confondante en Pénélope McQuade.

Marc St-Martin incarne Julie Snyder à merveille. © François Laplante Delagrave

Joëlle Lanctôt n’est pas en reste. Sa personnification de Katherine Levac, c’est du bonbon. Si je me fie à la réaction du public, sa Louise Sigouin, sexologue de l’émission Si on s’aimait, serait très proche de la vraie.

La Louise Sigouin, sexologue de l’émission Si on s’aimait, de Joëlle Lanctôt est très proche de la vraie. © François Laplante Delagrave

Il faut, comme toujours, être un adepte de la télévision pour apprécier la revue de l’année du Rideau Vert, les émissions du petit écran étant une grande source d’inspiration des auteurs. Si on ne connait pas le tandem de l’émission L’épicerie, Johane Despins et Denis Gagné, on passe à côté de l’humour de ce numéro fait avec l’approche «qui aime bien châtie bien».

Si on ne connait pas le tandem de l’émission L’épicerie, Johane Despins et Denis Gagné, on passe à côté de l’humour de ce numéro fait avec l’approche «qui aime bien châtie bien». © François Laplante Delagrave

Cependant, pas besoin d’être un habitué de l’émission Chanteurs masqués pour être surpris par la personnalité qui se cache dans la mascotte du lapin. Je vous laisse le plaisir de la découverte, mais je vous jure que l’imitation de la personnalité mystère est bonne en titi.

Pas besoin d’être un habitué de l’émission Chanteurs masqués pour être surpris par la personnalité qui se cache dans la mascotte du lapin. © François Laplante Delagrave

Une revue de l’année, on aime ça quand ça grince un peu. Parmi ceux qui passent au cash, il y a Guillaume Lemay-Thivierge, à qui on fait frapper un mur… de plexiglas comme dans la publicité, le microbiologiste français Didier Raoult, qu’on roule dans l’hydroxychloroquine plutôt que dans la farine, les serres Demers, qu’on cloue au pilori pour les mauvaises conditions sanitaires offertes à ses travailleurs saisonniers, et Denis Coderre, qu’on démultiplie sous nos yeux. L’ancien Denis joufflu (Tommy Joubert) et le nouveau Coderre 2.0 (Marc St-Martin) forment un duo burlesque qui, au total, est très ressemblant à l’original. Les propos de Denis-Déni, agrémentés d’une caisse claire et d’une cymbale qui font ba dum tish, sont comme ce qu’on a entendu de la part de l’ancien maire aux dernières élections municipales.

L'ancien maire Denis Coderre est démultiplié sous nos yeux.© François Laplante Delagrave

Mais par-dessus tout, ceux qu’on écorche sans gêne, ce sont les complotistes et ceux qui ont refusé le vaccin. Vous me direz que ce sont des cibles faciles (ça prend un passeport vaccinal pour assister au spectacle, donc il n’y en a pas dans la salle), mais comme on dit, les absents ont tort. Cette minorité de non-vaccinés qui retarde le groupe vaut bien qu’on se paye sa tête.

On sent que cette revue a été préparée dans le bonheur. © François Laplante Delagrave

D’ailleurs, on sent que cette revue a été préparée dans le bonheur et l’espoir de savoir qu’on s’en allait vers une embellie. Souhaitons que l’arrivée du nouveau variant Omicron ne fasse pas dérailler cette production déjà promise à un grand succès. Devant la grande demande, le Rideau Vert vient d’ajouter des supplémentaires entre Noël et le jour l’An. Ce serait trop dommage qu’à cause d’un sursaut de la COVID, on doive remballer nos rires encore cette année.

Précipitez-vous pendant que le champ est libre, car rire, c’est bon pour le moral, et une tradition de fin d’année que le Rideau Vert honore encore cette année.