La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Trois générations à Val-Jalbert

Enfant, le village fantôme de Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean, me fascinait. Était-il réellement peuplé de spectres, comme son surnom le laissait croire? Chaque fois que je m’y rendais lors des sorties scolaires, j’imaginais que d’étranges créatures pouvaient surgir à tout moment.



Village prospère entre 1901 et 1927 à cause du moulin à pâte, c’est aujourd’hui l’un des sites touristiques phares du Saguenay-Lac-Saint-Jean. D’abord appelé Ouiatchouan, comme la chute qui alimentait le moulin, Val-Jalbert, était un village de compagnie, créé pour accueillir les travailleurs de l’usine et leur famille. L’électricité et l’eau courante faisaient partie du quotidien des habitants, chose rare à l’époque ailleurs dans la région. Pendant sa période la plus florissante, le village fondé par Damase Jalbert comptait 180 travailleurs et 80 maisons, dont une quarantaine ont été rénovées.

Quand j’ai su, il y a quelques années, qu’il était maintenant possible de dormir sur place, je me suis dit que c’était l’occasion idéale d’aller constater par moi-même si mes peurs d’enfant étaient fondées. Après tout, les fantômes sortent surtout la nuit, non?

C’est ainsi que je me suis retrouvée au pied de la chute – plus haute de 20 mètres que celles du Niagara ! - avec ma mère, ma fille et une amie de cette dernière par une belle journée d’été. Il a bien changé, le village de mon enfance! Seule la chute et quelques maisons en ruine semblent identiques. Il est maintenant possible d’aller contempler la merveille naturelle de plus près en prenant un téléphérique, qui nous amène à 72 mètres, et d’aller jeter un coup d’œil aux chutes Maligne, qu’on appelle «la deuxième chute», en empruntant un petit sentier une fois en haut.

Photo: Marie-Julie Gagnon
La chute Maligne. Photo: Marie-Julie Gagnon

Pour être tout à fait honnête, j’ai regretté de ne pas avoir fait comme dans le bon vieux temps: grimper les 1764 marches qui nous mènent au sommet! L’attente près du téléphérique, en cette journée achalandée, m’a paru interminable. Nous sommes redescendues à pied, ce qui nous a permis de contempler le paysage sous différents angles. De là-haut, la vue sur le lac Saint-Jean est imprenable. Il est si beau, notre lac!

Photo: Marie-Julie Gagnon
Vue sur le lac Saint-Jean. Photo: Marie-Julie Gagnon

Un repas de reine

Après avoir fait un tour de ville en tramway et assisté à un bout de pièce de théâtre, il est temps d’aller nous sustenter. Direction le Restaurant du Moulin, considéré comme l’une des meilleures tables de la région.

Il y a longtemps que j’ai envie de goûter la cuisine du chef Carl Murray, dont j’ai entendu tant de bien. Ma mère, fière ambassadrice des produits régionaux, est tout aussi fébrile que moi – sinon plus! Le chef, réputé pour mettre en valeur l’industrie agroalimentaire locale, utilise notamment le cheddar Perron, les légumes du jardin de chez Lévesque et le porc Boréal de Saint-Prime.

L’amie de ma fille et moi optons pour une version réinventée de mon plat régional favori: la tourtière. Dans celle du chef, la viande est remplacée par de la truite. Un délice! Ma mère savoure pour sa part un mignon de porc de Saint-Prime farci au cheddar et bacon, et ma fille, un pavé de saumon et des pétoncles boucanés à la façon amérindienne. J’ai du mal à dire laquelle de nous quatre se régale davantage. Même ma fille, grande verbomotrice devant l’Éternel, en est bouche bée!

«Mon grand-père travaillait ici», nous confie le chef que nous croisons le lendemain au déjeuner. Une photo accrochée près de la réception permet de voir son aïeul à l’époque, prenant la pose avec d’autres travailleurs du moulin de pâte à papier, alors qu’il était âgé de... 12 ans. Un beau retour aux sources pour ce chef natif de Roberval qui s’est fait connaître à la fin des années 1990, alors qu’il avait ouvert avec deux associés le Voodoo Grill, à Québec, et qui a publié un livre de recettes en 2007.

Le chef! Photo: Marie-Julie Gagnon
Le chef! Photo: Marie-Julie Gagnon

Dormir au-dessus du magasin général

Après ce copieux souper, nous marchons tranquillement vers notre nid pour la nuit: l’une des chambres qui se trouvent au-dessus du magasin général, en plein cœur du village. Très moderne, l’espace contraste avec les maisons abandonnées sans pour autant choquer par son caractère anachronique. Après tout, le village était jadis considéré comme avant-gardiste! Les lieux sont immaculés et la déco minimaliste. Franchement réussie, cette reconversion!

Nos lits douillets. Photo: Marie-Julie Gagnon
Nos lits douillets. Photo: Marie-Julie Gagnon

Je partage mon lit avec ma mère, et ma fille, avec son amie. À quelques pas du magasin général, d’autres vacanciers roupillent dans des maisons d’époque, toutes de catégorie 3 étoiles. Des minichalets conçus pour quatre personnes sont aussi offerts en location et un camping de 190 emplacements se trouve à proximité.

Les chalets offerts en location. Photo: Marie-Julie Gagnon
Maisons du village. Photo: Marie-Julie Gagnon

Alors, ces fantômes? Très franchement, ils tiennent plus de Casper que des revenants de Poltergeist, si vous voulez mon avis. Pas le moindre petit «Hou!» pour troubler notre sommeil. Non, pas de quoi faire venir l’équipe de Ghostbusters!


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