La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Quelles destinations privilégier pour nos prochains voyages?

Êtes-vous prêt à voyager malgré l’avertissement du gouvernement canadien toujours en vigueur? Sentez-vous l’urgence de voir le monde après la pause forcée par la pandémie? Comment prendre une décision alors que la COVID-19 rôde toujours et que les règles continuent de changer constamment?



«Évitez tout voyage non essentiel à l’extérieur du Canada jusqu’à nouvel ordre.» Depuis le printemps 2020, cet avis coiffe la page des avertissements émis par le gouvernement du Canada. Les globe-trotters ont pris leur mal en patience, mais plusieurs commencent à trouver le temps long. Certains retraités ont l’impression de s’être fait voler 19 précieux mois de voyages longuement planifiés, rêvés, espérés. Pour d’autres, cela signifie de devoir renoncer à certains projets.

On a beau être conscient de sa chance d’avoir la santé, des proches aimants et un coin de pays fabuleux, il devient de plus en plus difficile de rester en place. Or, est-ce une bonne idée de partir maintenant? Est-il trop tôt pour mettre le cap sur ces ailleurs qui nous appellent? Après tout, même si les déplacements ne sont pas encouragés, ils ne sont pas formellement interdits et plus de 80% des 12 ans et plus sont entièrement vaccinés au Canada…

Des perceptions différentes à l’étranger

Bien que le vaccin rende moins contagieux, la décision de voyager ne se prend pas à la légère. D’autant plus que son effet sur la contagiosité du variant Delta, qui représente environ 85% des nouvelles infections dans la province, semble moins important.

À Paris, à la mi-septembre, j’ai été frappée par le tableau des départs bien garni de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Depuis juin, la reprise est bien réelle en France, me confirme Tiphaine Paucot-Landelle, responsable, Relations Presse Paris-CDG. Il suffit de jeter un coup d’œil aux comptes Instagram des blogueurs et autres voyageurs ou professionnels du voyage européens pour constater que les déplacements sont de plus en plus nombreux.

De notre côté de l’océan, même si les visiteurs internationaux pleinement vaccinés sont les bienvenus au Canada depuis le 7 septembre 2021, il nous est toujours impossible de traverser la frontière américaine par voie terrestre. Les avions décollent toutefois en plus grand nombre du sol canadien. En plus d’augmenter son offre vers certaines destinations du Mexique et de la République dominicaine en octobre et novembre, Air Transat vient de reprendre son service vers Cuba. Austrian Airlines propose de nouveau ses vols Montréal-Vienne et Porter Airlines, ses services vers Boston, Chicago, New York, Washington, Moncton et St. John’s depuis Toronto.

Quiconque a voyagé hors du pays depuis cet été a constaté que les règles varient beaucoup d’un endroit à l’autre et peuvent changer à tout moment. Même à l’intérieur du Canada, les exigences ne sont pas les mêmes pour chacune des provinces! Sans parler du fait qu’elles sont constamment adaptées selon l’actualité.

Air Transat vient de reprendre son service vers Cuba. Photo: Alexander Kunze, Unsplash

Quels critères prioriser?

Plusieurs éléments sont à considérer avant de prendre la décision de partir. D’abord, la fameuse question des assurances, qui a convaincu plusieurs vacanciers de rester sagement à la maison au cours des derniers mois. Mieux vaut passer un coup de fil à sa compagnie d’assurance pour vérifier les scénarios possibles en cas de diagnostic de COVID-19 à l’étranger. Car si le vaccin est un bon allié pour vivre plus librement, il ne constitue pas une garantie que le coronavirus se tiendra loin de nous.

Il faut aussi rester conscient que la situation peut encore changer à tout moment. On l’a bien vu avec les vols directs en provenance du Maroc en août dernier: devant la flambée des cas de COVID-19, du jour au lendemain, Transport Canada a interdit les vols de passagers commerciaux et privés jusqu’au 29 septembre, puis jusqu’au 29 octobre. «Quelle que soit votre destination, vous devriez consulter la page Conseil aux voyageurs et avertissements propre à votre destination à deux reprises: au moment de planifier votre voyage, puis juste avant de partir, car les conditions de sécurité ont pu changer entre le moment de vos préparatifs et la date de votre départ», recommande le gouvernement du Canada.

Les raisons qui nous poussent à choisir une destination plutôt qu’une autre sont bien personnelles. Pour ma part, l’exigence d’une preuve de vaccination ou d’un test PCR me rassure non seulement pour ma santé et celle de mes proches, mais aussi pour celle des populations locales. Les démarches administratives exigent une plus grande planification (et peuvent donner quelques maux de tête, je l’admets), mais je fais partie de ceux qui préfèrent nettement cette option à l’absence d’exigences, qui me donne l’impression que le virus aussi est le bienvenu.

Pour connaître les détails des documents et démarches nécessaires, en plus des Conseils aux voyageurs et avertissements de Voyage.gc.ca, visiter les sources officielles des pays concernés permet de s’assurer de ne rien oublier. Pour la France, j’ai parcouru à plusieurs reprises les sites du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du consulat de la France à Montréal – jusqu’au jour de mon départ, en fait, au cas où des exigences auraient changé.

D’autres critères qui peuvent nous aider à trancher: la fréquence des vols et la flexibilité offerte par la compagnie aérienne. Se rendre dans un endroit où les départs sont nombreux et réguliers m’apparaît judicieux étant donné l’incertitude des derniers mois. Si plusieurs compagnies aériennes assurent les liaisons vers la destination, c’est encore mieux. Pouvoir modifier facilement son départ ou son retour (sans y laisser sa chemise!) peut aussi faire pencher la balance pour une compagnie aérienne plutôt qu’une autre.

Détail important à ne pas négliger: pour revenir au Canada, il est encore nécessaire d’effectuer un test PCR dans les 72 heures précédant le départ prévu de notre vol vers le Canada (pas une heure de plus – des passagers ont été refoulés pour cette raison). Combien de voyageurs en panique ai-je croisés à l’aéroport Charles-de-Gaulle parce qu’ils ont réalisé seulement avant de monter dans l’avion que les tests antigéniques n’étaient pas acceptés? Sachez que de nombreux hôtels peuvent prendre un rendez-vous pour vous, mais il est important de spécifier le type de test exigé, soit PCR.

À toutes ces questions pratico-pratiques s’ajoutent également des considérations éthiques. Sommes-nous prêts, par exemple, à nous rendre dans une destination où l’accès au vaccin est plus difficile et risquer de contaminer des gens sur place à notre insu? Même en prenant toutes les précautions nécessaires, cette éventualité fait réfléchir.

Pour revenir au pays, il est encore nécessaire d’effectuer un test PCR dans les 72 heures précédant le départ prévu de notre vol vers le Canada. Photo: Mufid Majnun, Unsplash

Les agents de voyages, de bons alliés

S’il y a une chose que la pandémie a démontrée, c’est à quel point un bon conseiller en voyages peut faire la différence quand une situation inédite se présente. Plusieurs ont fait des miracles pour rapatrier leurs clients au plus fort de la crise. En plus de s’informer adéquatement et de suivre l’actualité, faire affaire avec un agent dévoué me semble plus pertinent que jamais. En plus de vous délester de la partie logistique du voyage, certains s’occupent même de la prise de rendez-vous pour le test PCR à destination.

Avons-nous un réel impact?

Sachant que l’économie de plusieurs pays repose en grande partie sur le tourisme, ne serait-ce pas le moment d’aller dépenser sur place pour démontrer notre appui? La réponse serait sans doute plus facile si les populations locales touchaient la plus grosse part du gâteau, ce qui est rarement le cas. Selon les Nations unies, seulement 30% des dépenses touristiques en Thaïlande vont dans les poches des Thaïlandais, 20% dans celles des habitants des Caraïbes et 15% en Afrique subsaharienne. Voilà de quoi calmer les ardeurs des voyageurs qui souffrent du syndrome du sauveur blanc, y compris certains vacanciers qui se dédouanent de tous leurs comportements en brandissant les photos des serveurs souriants à qui ils ont donné de généreux pourboires pendant leur séjour.

Et si on cherchait plutôt comment faire en sorte que notre passage laisse plus de traces sur l’économie des contrées visitées… et moins sur l’environnement? Privilégier des hébergements appartenant à des entreprises locales (non, il n’y a pas que les grandes chaînes espagnoles ou allemandes dans les Caraïbes!) et dépenser dans les commerces de proximité pourrait être un bon début.

Directrice de la nouvelle organisation Tourisme durable Québec, Sandra Gauthier suggère de se questionner un peu plus. «Qui est propriétaire d’un hôtel où l’on pense à réserver? Est-ce quelqu’un du coin ou une compagnie internationale qui a son siège social dans un autre pays, ce qui pourra nous indiquer où vont ensuite les profits?»

Même si plusieurs experts ont profité de la pandémie pour rappeler qu’une économie diversifiée permet d’éviter les drames vécus ces derniers mois par de nombreux acteurs de l’industrie touristique, je continue de croire aux vertus d’un tourisme pratiqué de la manière la plus responsable possible, ici comme ailleurs. Cela nous demande peut-être un peu plus de recherche et de vigilance, mais en fin de compte, nos vacances auront encore plus de valeur.