La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Le retour des trains

Je le dis souvent: je ne me lasserai jamais de prendre le train. J’y ai toujours vu beaucoup plus qu’un moyen de transport. C’est l’occasion de découvrir des coins de pays autrement, souvent loin des routes. De savourer le moment présent. De voyager len-te-ment.



La bonne nouvelle? Je me sens de moins en moins seule à vivre cette passion. Le train connaît un regain de popularité sans précédent depuis quelques mois. Des jeunes, comme Elias Bohun, qui a traversé deux continents en train, choisissent de carrément bannir l’avion et de ne voyager que par les rails. Même la famille royale britannique – particulièrement le prince Harry, très sensible à la cause environnementale – le privilégie pour ses déplacements au Royaume-Uni!

La prise de conscience écolo et les déplacements de Greta Thunberg ont amené plusieurs voyageurs à revoir leur manière de parcourir le monde. Si les vols ultra low cost, bien souvent moins chers en Europe, ont damé le pion aux longs voyages sur rails au cours des deux dernières décennies, la jeune militante suédoise et ses émules semblent avoir contribué à renverser la vapeur. D’ailleurs, de plus en plus de voyagistes jouent la carte verte pour convaincre les voyageurs de revenir vers le train. C’est le cas notamment du voyagiste breton Salaün Holidays.

Selon Aurélien Bigo, doctorant en transition énergétique dans les transports à l’École polytechnique et collaborateur de Slate.fr, un trajet en TGV émet 45 fois moins de CO2 par personne qu’un trajet en avion. «Alors que les émissions d’un kilomètre en avion équivalent à peu près à un kilomètre effectué seul en voiture, une heure en avion est 13 fois plus émettrice qu’une heure en voiture, écrit-il. Monter à bord d’un avion rendra votre trajet 125 fois plus émetteur en moyenne que de monter dans une voiture; et plus de 1 500 fois plus émetteur que de monter dans un train…»

En Suisse, sans doute l’un des pays où il est le plus agréable de se déplacer sur rails, les Chemins de fer fédéraux (CFF) ont annoncé avoir enregistré une hausse de 6% de l’achalandage en 2019 par rapport à l’année précédente. En Suède, le gouvernement a commandé l’étude de nouvelles liaisons ferroviaires en 2018 à Trafikverket, l’administration nationale suédoise des transports. Bien que les résultats finaux ne seront connus qu’en avril 2020, on sait déjà que Malmö-Cologne risque d’être le premier trajet réalisable en train de nuit. La ligne Stockholm-Hambourg est aussi à l’étude et Bruxelles, Berlin, Francfort et Bâle font partie des autres villes évoquées.

Photo: Denis Chick, Unsplash

Plus de trains de nuit!

Les trains de nuit effectuent un retour fulgurant depuis quelques mois en Europe. L’Allemagne fait partie des pays où la relance est la plus significative. La compagnie ferroviaire autrichienne ÖBB a repris plusieurs liaisons de nuit. Son service Nightjet, lancé en 2016, relie notamment Vienne à Bruxelles. Une liaison Vienne-Amsterdam est prévue pour 2021.

En France, Le Figaro parle carrément de «résurrection des trains de nuit». Le printemps prochain, il sera par exemple de nouveau possible d’effectuer le trajet Paris-Nice en se laissant bercer par le roulis. La Suisse étudie aussi différentes possibilités, a rapporté Business Traveler. «Les nouveaux trains suisses devraient être opérés vers Copenhague, Rome et Barcelone, selon le média français. Ils devraient permettre également de voyager vers Amsterdam, Dresde et Florence. Un train de nuit de Zurich vers Paris et Londres serait également envisagé.»

Début mars, Le Figaro a sélectionné 15 destinations européennes où il est possible de se rendre à partir de Paris en train de jour ou de nuit. Pour avoir effectué une veille serrée sur le sujet depuis plusieurs années, je dois dire que je n’ai jamais vu autant de reportages sur les trains qu’au cours des derniers mois.

Photo: Michal Parzuchow, Unsplash

Les avantages du train

Pour me rendre à Toronto ou New York, je préfère le train à l’avion quand les horaires coïncident avec les miens (malgré l’antipathie qui semble être la norme chez les agents de bord américains – êtes-vous déjà tombé sur un employé aimable, vous?). Je ne suis pas la seule, d’ailleurs: la journaliste Lise Giguère a récemment évoqué son plaisir à prendre le train vers la Grosse Pomme dans le Journal de Montréal. Non seulement je pars et j’arrive directement des centres-villes, mais j’évite aussi tous les irritants des aéroports, à commencer par l’accessibilité à celui de Dorval. M’y rendre depuis la Rive-Sud de Montréal se transforme souvent en cauchemar à cause de la circulation et des travaux. Sans oublier que je dois en moyenne débourser 65$ par trajet en taxi!

Même si le trajet est long, je profite pleinement du temps passé à bord pour travailler, lire ou simplement regarder par la fenêtre. Ce sont des moments un peu hors du temps, où je deviens maîtresse de mon horaire et me permets de me débrancher complètement. Pas de point de contrôle où je dois chaque fois sortir mon ordinateur. Pas de fourmis dans les jambes parce que l’espace est trop restreint. Pas de stress non plus quand les conditions météo sont incertaines. II ne faut cependant pas avoir de rendez-vous peu après l’heure d’arrivée prévue, car les trains ont souvent du retard!

Dans La Presse, un article intitulé «La planète économique: la revanche du train» évoque la possibilité d’un retour sur rail d’un vieux projet de train à grande fréquence chez VIA Rail, dont la popularité est en augmentation. Un souhait: qu’on ramène aussi les trains de nuit au Québec! J’ai beau adorer contempler le paysage quand je me rends à Jonquière, même si le voyage dure toujours plus longtemps que les neuf heures prévues, j’aimerais bien parfois pouvoir partir en soirée et arriver au petit matin. Suis-je donc la seule à en rêver?

Photo: Gemma Evans, Unsplash

Simple, voyager en train?

Au Canada, la fréquence des départs nous oblige souvent à opter pour un plan B, à moins de voyager sur les lignes les plus populaires comme Montréal-Québec ou Montréal-Toronto. En Europe, les options sont beaucoup plus nombreuses. Mais est-ce toujours simple? Si je me fie à ma propre expérience, ça dépend. Le fait que chaque pays ait son propre mode de fonctionnement peut parfois dérouter. Les délais de transfert peuvent aussi parfois causer quelques maux de tête. Et non, on ne peut pas aller partout comme on le souhaite. Je l’ai vite réalisé quand j’ai voulu me rendre à l’aéroport de Nantes après un séjour en Occitanie il y a quelques années!

Ouest-France a posé la question en février dernier: pour se passer de l’avion, peut-on facilement voyager en train en Europe? On constate rapidement que la situation n’est pas parfaite. On y rapporte notamment le cas d’un voyageur qui souhaitait se rendre à Berlin à partir de Paris, mais qui a dû se rabattre sur l’avion puisqu’il n’y avait qu’un seul départ par semaine et que les autres possibilités impliquaient toutes de nombreuses heures de voyage et de transferts.

Bref, oui, l’herbe est un peu plus verte de l’autre côté de l’Atlantique… mais pas partout!

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