La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)
Photo: Mélanie Crête

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Découvrir l’Ouest canadien en petit groupe

Je vous écris le jour de mon anniversaire. Je suis à Campbell River, sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique. Le soleil matinal me fait oublier les neuf petits degrés. Je suis sur une terrasse devant la rivière. Les chants d’oiseaux que je ne saurais identifier se fondent à la musique diffuse du restaurant. Des odeurs de bacon viennent me titiller les narines. Un petit navire me donne envie de fredonner des chansons enfantines.



Depuis dix jours, j’explore l’Alberta et la Colombie-Britannique avec neuf autres voyageurs canadiens, australiens et américains. Après avoir revu les classiques des Rocheuses, j’ai pu emprunter l’Inside Passage, traversée de 16 heures entre Prince Rupert et Port Hardy qu’ont effectuée les explorateurs russes, britanniques, français et espagnols au 18e siècle. Entre les fjords et les rares villages, Morphée m’a bercée pendant de longues heures. Sans WiFi ni réseau cellulaire, je suis restée lovée dans ses bras sans me poser de questions.

L’Inside Passage, traversée de 16 heures entre Prince Rupert et Port Hardy. Photo: Marie-Julie Gagnon

Si les paysages de l’Ouest canadien continuent de me ravir, cette fois, ce sont les voyageurs avec qui j’ai partagé les longs trajets d’autobus, des bouts de randonnées, des réflexions, des repas au bord de la route et de nombreux éclats de rire qui ont rendu mon séjour exceptionnel. Pas de doute: j’ai gagné à la loterie des séjours de groupe.

Pas de doute: j’ai gagné à la loterie des séjours de groupe! Photo: Marie-Julie Gagnon

Il y a ce couple de trentenaires libanais en voie d’obtenir la citoyenneté canadienne, celui de Californie, un peu plus en retrait, qui célébrait son anniversaire de mariage, ce duo d’origine hongroise qui vit au pays depuis plusieurs décennies, les Australiens de Canberra qui m’ont fait passer du rire aux larmes (White wine in the sun de Tom Chichin, vous connaissez? Ne mettez pas de mascara avant de l’écouter) et Élyse, Québécoise exilée à Vancouver depuis plus de deux décennies, qui s’est jointe à nous pendant quelques jours.

Il y a aussi notre guide-chauffeuse, Meghan, qui aura été au volant de notre minibus pendant plus de 3200 kilomètres à la fin du voyage. Impossible d’oublier le wapiti qui l’a bruyamment draguée à Jasper, ses mille et une anecdotes et le délicieux gâteau au fromage et au chocolat qu’elle a déniché pour mon anniversaire. On ne soupçonne pas le travail de coulisses des guides, surtout à un moment où les feux de forêt risquent à tout moment de faire dévier l’itinéraire.

Notre guide-chauffeuse Meghan et les cadeaux offerts par les voyageurs. Photo: Marie-Julie Gagnon

Marcher comme Penny

Dès les premières heures, la lumière qui émane de Penny m’a réchauffé le cœur. Seule autre voyageuse en solo du groupe, nous avons spontanément échangé à propos de tout et de rien. De voyage, d’architecture, d’art, de littérature, de marche. De musique québécoise, aussi.

Née à Montréal, elle a entre autres vécu à Calgary, à Toronto et en Indonésie avant de s’installer à Vancouver. Avec ses cheveux coupés au carré, son sourire généreux et ses bâtons de marche, elle est de celles qui peuvent se fondre à n’importe quel décor.

Entre deux conversations en anglais avec le reste du groupe, elle me glisse des expressions typiquement québécoises: «Câline de bine», «chialer», «tabarouette»… Elle a la grâce juvénile et l’éclat au fond des yeux de celles qui ont toujours vécu en suivant leurs convictions. Son français impeccable fait mentir bien des clichés à propos des Anglo-canadiens.

«Soixante-dix-neuf», l’ai-je entendue répondre à un vendeur qui lui a demandé son âge dans une boutique d’Alert Bay, au nord de l’île de Vancouver, sans doute l’un des endroits qui m’ont le plus émue pendant ce voyage. Jamais je n’aurais pu soupçonner qu’elle était septuagénaire. Je me promets d’aller m’acheter un chapeau cloche comme le sien (à chacun ses influenceurs).

La boutique d’Alert Bay, au nord de l’île de Vancouver. Photo: Marie-Julie Gagnon

Passionnée de street art, Penny arpente inlassablement les villes à la recherche de trésors cachés. Elle partage d’ailleurs des bouts de ses aventures dans son blogue Walking Woman. C’est elle qui m’a fait découvrir la murale peinte en l’honneur des femmes – la plupart autochtones – retrouvées assassinées le long de la route 16, surnommée «la route des larmes» (Highway of tears), à Smithers, à mi-chemin entre le hideux Prince George et le charmant Prince Rupert. Pour moi, cette petite ville aura toujours les couleurs de cette murale et le goût des perogies d’UFO on Main, un restaurant ukrainien.

Murale peinte en l’honneur des femmes – la plupart autochtones – retrouvées assassinées le long de la route 16. Photo: Marie-Julie Gagnon

C’est ainsi que j’ai toujours préféré découvrir le Canada: à travers le regard de gens d’un peu partout, qui m’aident à le voir avec d’autres yeux. Si j’attrape des bribes de leur vie ça et là, c’est surtout le présent qui nous lie. Chacun porte mille et une histoires, mais celle qui compte en ce moment se raconte ici, entre les parenthèses de ce voyage unique, sans les étiquettes du quotidien et avec le respect de l’espace de chacun.

***

De retour dans ma banlieue montréalaise, je tente de reprendre l’écriture de ce texte que j’ai laissé mijoter entre Campbell River et Montréal. Le temps est tristounet. Les feuilles mortes commencent à joncher le sol. J’ai retrouvé le latté de mon café préféré.

Comment résumer un tel voyage marathon? Oui, nous avons beaucoup roulé et navigué, changeant d’hôtel tous les soirs, sauf à Banff et à Prince Rupert. Non, les repas engloutis sur la route n’avaient la plupart du temps rien de gastronomique (mention spéciale au resto japonais de Golden sur l’autoroute, entre Rogers Pass et Lake Louise, qui nous a permis de manger autre chose que des burgers et des frites). Mais je n’aurais rien changé. Car pour faire un bon voyage, il ne suffit pas d’avoir un bon itinéraire. La même recette n’aura jamais tout à fait le même goût selon la provenance des ingrédients, le contexte et la température. La magie naît de la bonne combinaison, au bon moment, éléments qui semblent avoir été réunis au cours des deux dernières semaines.

L’impressionnant Museum of Northern British Columbia de Prince Rupert. Photo: Marie-Julie Gagnon

Alors que mon café refroidit, je me demande si le temps est aussi moche là où se trouvent maintenant mes compagnons de route. Chose certaine, je ne suis pas la seule à rire encore en pensant au wapiti en rut et aux multiples anecdotes qui continueront de me faire sourire, peu importe le temps qu’il fait.

Quelques coups de cœur de ce voyage:

Pratico-pratique:

  • Pour tous les détails de ce nouveau circuit, par ici. Les prochains départs auront lieu au printemps 2023.
  • Le dosage entre randonnées et visites guidées convient bien aux retraités actifs.
  • Il est possible d’ajouter plusieurs activités optionnelles au circuit.
  • Air Transat propose cinq vols par semaine vers Calgary, en Alberta, jusqu’à la fin octobre, et des vols directs toute l’année vers Vancouver, en Colombie-Britannique (4 par semaine pendant l’hiver), au départ de Montréal.

Merci à Discover Canada Tours, à Air Transat et à Destination BC, grâce à qui ce voyage a été possible. Merci aussi à mes fabuleux compagnons de route: Penny, Peter, Bridget, Karl, Judit, Gabriel, Michelle, Sherry, Bryan, Élyse et Meghan!