La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)
Photo: Mélanie Crête

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@mariejuliega sur X et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Carte postale de Palomino

Je vous écris de Palomino, village de la côte caraïbe, en Colombie. Devant moi, une dizaine d’apprentis surfeurs tentent d’attraper les vagues. Une douce brise m’empêche de sentir les 28 degrés ambiants.



J’ai trouvé un coin secret au deuxième étage de l’hébergement où j’ai jeté l’ancre pour quelques jours. Rien de luxueux: une auberge de jeunesse comme on en trouve des milliers aujourd’hui, avec des chambres privées et un réseau sans fil rapide. Ma chambre est modeste et un peu en retrait de l’agitation. Le hic, c’est qu’elle se trouve devant l’escalier où tout le monde doit passer pour rejoindre sa chambre. Pour une couche-tôt comme moi, le pire n’est pas la musique qui retentit au loin, mais les pas traînants des vacanciers et leurs discussions impromptues. Même avec des bouchons bien vissés aux oreilles, dormir s’apparente à un sport extrême.

Mon coin tranquille se trouve à l'étage supérieur. Photo: Marie-Julie Gagnon

Étendue sur le sol, une femme médite à environ un mètre de mon perchoir depuis mon arrivée. À moins qu’elle se soit endormie après s’être entraînée? Derrière, une autre, comme moi, pianote sur son clavier.

Installée face à la mer, je suis des yeux une fillette en pleine leçon de surf. Je la vois attaquer inlassablement les vagues sous les encouragements de son prof. Parviendra-t-elle à se tenir debout sur la planche?

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Je ne suis pas en vacances. Depuis la fin des années 1990, je travaille régulièrement de l’étranger. Le nomadisme numérique n’est pas né avec les millénariaux: nous étions déjà nombreux, de la génération X, à écumer les cybercafés au tournant du millénaire. Combien de fois, alors que mon ordinosaure portable refusait de coopérer, me suis-je retrouvée dans des cafés asiatiques enfumés et bruyants à copier-coller cédilles et accents sur des claviers où ils étaient inexistants? Combien de textes ai-je perdus à coups de bogues et de mauvaises manœuvres? Combien de versions me suis-je autoenvoyées pour être certaine de ne pas tout perdre en cas de déconnexion inopinée? J’ai déjà dû poster disquettes et cassettes vidéo pour le montage de reportages télé… J’ai soudainement l’impression d’avoir 128 ans.

Je me rappelle encore à quel point faire parvenir mes articles d’un modem de première génération du Burkina Faso était fastidieux en 1999. Le temps que la connexion se fasse (vous vous rappelez le son?), j’avais le temps de manger mon déjeuner. À l’époque, je signais pour un magazine pour ados une chronique baptisée… «Internet». J’imagine ma fille rigoler dans vingt ans en se rappelant sa mère qui s’affublait du surnom de «technomade» dans les années 2010. Comme Internet aujourd’hui, pouvoir travailler de partout n’a plus rien d’exceptionnel. Tout le monde (ou presque) y a accès. Pas de quoi en faire le titre d’une chronique!

Pendant que j'écrivais ma chronique. Photo: Marie-Julie Gagnon

Ce mode de vie, je l’ai embrassé dès qu’il fût possible parce qu’il m’offre la latitude nécessaire pour combiner mes deux passions: le voyage et l’écriture. En me baladant avec mon MacBook Air, j’ai parfois des flashbacks de ce voyage sac au dos au Mali avec un vieux portable hyper lourd en 2003. Ce même ordinateur, je l’ai aussi trimballé dans différents coins du monde en plus d’une caméra vidéo qui aurait l’air aujourd’hui d’une antiquité. Oui, ma vie est beaucoup plus légère aujourd’hui.

Oh! La surfeuse en herbe vient d’atterrir sur la plage, bien cambrée sur sa planche! Je vois son instructeur les deux pouces en l’air. Le temps d’écrire cette phrase et la voilà repartie vers l’océan, poussée par ce dernier.

La femme étendue près de moi a levé les bras et semble sur le point de se lever. Un coup d’œil derrière me permet de voir que l’autre est maintenant affalée sur des coussins, cellulaire à la main.

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La première partie de mon voyage en Colombie a confirmé mes atomes crochus avec Carthagène. À peine arrivée, je savais que j’allais aimer son atmosphère, son métissage, son architecture et sa température. Certains la trouvent trop caliente. Moi, je la trouve parfaite, à condition d’avoir accès à un ventilo, un air climatisé pour prendre des pauses.

Camellon de los Martires, point de départ des visites gratuites de Beyond Colombie. Photo: Marie-Julie Gagnon

Pour me familiariser avec la ville, j’ai pris part à deux visites guidées gratuites à pied offertes par Beyond Colombia, comme on en trouve un peu partout dans les grandes villes du monde. La première, de la ville fortifiée, m’a captivée. Keyla, la guide ce jour-là, alliait dynamisme et érudition. J’ai ainsi appris l’histoire de Catalina, autochtone kidnappée par Alonso de Ojeda alors qu’elle était âgée de quatre ans grâce à son récit personnalisé.

Je suis moins bien tombée pour la visite du quartier Getsimani. Le guide était porté sur les blagues sexistes d’un autre siècle et a nourri les singes du Parque Centenario (Parc du centenaire). Quand j’ai constaté qu’il ne nous présentait ensuite que des bars, je suis partie. On recommande de donner un pourboire de 40 000 pesos colombiens (environ 14$) à la fin de la visite. Disons que j’ai été peu généreuse ce jour-là. Dommage: d’autres voyageurs m’ont dit avoir adoré cette visite. Tout dépend du guide… et de notre état d’esprit. Moi, je ne paie pas pour qu’on m’indique trois ou quatre endroits où faire la fête, et encore moins pour qu’on montre aux touristes que c’est une bonne idée de nourrir des animaux sauvages.

Keyla de Beyond Colombia. Photo: Marie-Julie Gagnon

Dans l’espace de coworking de l’auberge Selina, dans le très branché quartier Getsemani, j’ai pu alterner entre le travail sur la terrasse ou au frais, sur l’un des deux étages. En choisissant une place, le premier jour, j’ai souri en regardant les murales, les tables de travail de différentes tailles, les cabines téléphoniques (sans téléphone – mais pour passer des appels sans déranger tout le monde) et les fauteuils où il était possible de se poser. La «moi» des années 2000 aurait été ravie d’autant de calme – sans fumée, en plus. Exit les gros ordinateurs et les fils: tout le monde trimballe son matériel ni vu ni connu. Elle a du bon, cette époque.

Espace de coworking du Selina Cartagena. Photo: Marie-Julie Gagnon

J’ai eu envie de passer quelques jours à la plage avant de revenir m’installer à Carthagène dans un hôtel un peu plus confortable. Je me trouve dans une autre auberge de la même chaîne, beaucoup plus petite. Le restaurant-bar du Selina Palomino fait face à la mer. Quelques pas et on a les pieds trempés! C’est seulement le lendemain de mon arrivée que j’ai aperçu l’escalier menant au second étage, où je me trouve en ce moment.

Ma chambre du Selina Palomino. Photo: Marie-Julie Gagnon

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La fillette est toujours dans l’eau, mais elle a laissé sa planche sur la plage. Ma voisine est maintenant assise en tailleur et a les yeux rivés sur son téléphone. Une backpackeuse vient de prendre place entre elle et moi, marchant et s’affalant sur les coussins comme si elle pesait 457 livres.

Vous savez ce que j’aime le plus de mon perchoir au bord de la mer? Il n’y a pas de haut-parleurs. J’entends bien de la musique, au loin, mais le ressac couvre presque tout.

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La méditante vient de partir. J’imagine qu’elle s’est sentie envahie elle aussi. Pourquoi l’intruse s’est-elle installée entre elle et moi alors qu’il y a tant d’espace inoccupé sur cet étage?

Oups! Ce n’est pas UNE, mais UN backpacker. Il vient de retirer sa camisole et utilise maintenant son téléphone pour mettre de l’ambiance à sa manière. Moi qui pensais avoir échappé à la musique bruyante… Chacun de ses mouvements fait trembler la pièce. Le charme est rompu. Mon coin secret ne l’est peut-être pas autant que je le crois. Peut-être est-il temps d’aller manger?

Alors que je songe à partir, l’intrus se met à enchaîner des vidéos TikTok à tue-tête.

Je disais quoi, déjà? Oui, elle a du bon, cette époque. Mais là, maintenant, j’ai besoin d’un cocktail!

Pratico-pratique:

  • Le prix d’une chambre privée au Selina Cartagena varie beaucoup selon la période où l’on s’y rend et le moment de la réservation. En avril, on peut s’en tirer pour environ 150$ la nuit. Il ne faut pas s’attendre au grand luxe (traits de peinture ici et là, lunette de toilette mal vissée…), mais c’est propre et très bien situé, dans le quartier Getsemani. On trouve aussi une piscine et un restaurant sur le toit.
  • Voyager en Colombie sans parler espagnol n’est pas toujours facile. Bien des gens ne parlent ni anglais, ni français.
  • Pour se rendre à Palomino, différentes options sont possibles. À l’aller, j’ai pris un minibus de la compagnie Berlinas jusqu’à Santa Marta, puis j’ai partagé un taxi avec un autre touriste jusqu’à Palomino. MarSol propose un service similaire. Prix du billet d’autobus: 70 000 pesos colombiens (24$). Prix du taxi, que nous n’avons pas négocié parce que fatigués et que nous ne parlons pas espagnol: 190 000 pesos colombiens (65$). Sur le groupe Facebook Québécois en Colombie, des voyageurs disent avoir trouvé un chauffeur pour faire le même trajet à 70 000 pesos colombiens avec l’application inDrive. L’idéal reste de trouver d’autres voyageurs avec qui partager les frais.
  • Air Transat est la seule compagnie aérienne qui propose des vols directs entre Montréal et Carthagène pendant l’hiver (trois vols par semaine, de décembre à avril).
  • Pour les infos de base à propos de la Colombie, visitez le site voyage.gc.ca.

J’étais l’invitée de Selina Cartagena et Selina Palomino. Air Transat m’a offert des billets pour Carthagène. Toutes les opinions émises dans ce texte sont 100% les miennes.