Photo: Facebook Parc olympique de Montréal
8 octobre 2019Auteure : Emilie Laperrière

Roger Taillibert: mort de l’architecte qui aura marqué le Québec

Le 3 octobre dernier à Paris, à l’âge de 93 ans, Roger Taillibert s’est éteint. L’architecte français, surtout connu ici pour la conception du Stade olympique de Montréal, aura eu une prolifique carrière. Nous lui rendons hommage en présentant quelques-unes de ses œuvres les plus marquantes.

Difficile de parler de Roger Taillibert au Québec en omettant sa réalisation qui a le plus marqué les esprits, le Stade olympique de Montréal. Jean Drapeau le voyait comme un grand artiste, qualifiant ses designs de «poèmes de béton», et lui avait confié sans restrictions la conception du Stade. C’était la première fois dans l’histoire des Jeux modernes qu’un pays hôte demandait les services d’un architecte étranger, et ce choix n’est pas passé inaperçu.

La controverse ne s’est malheureusement pas arrêtée là, puisque les travaux de construction ont également été entachés par des dépassements de coûts, des grèves et des débrayages. Après les Jeux, l’immense structure a aussi nécessité des réparations diverses au fil des ans. Malgré tout, le Stade demeure une icône dans le paysage montréalais. Quarante-trois ans plus tard, la plus haute tour inclinée du monde veille encore sur la métropole.

L’architecte sportif semblait de toute façon prendre la désapprobation avec un grain de sel, puisqu’il a souvent répété qu’«il y a toujours des critiques; seuls ceux qui ne font rien n’en ont pas». Impossible de dire que Taillibert, qui a réalisé plus de 500 projets en 70 ans de carrière, n’a rien accompli.

Photo: Facebook Parc olympique de Montréal

Piscine de Deauville (France)

La piscine est l’un des premiers projets de Roger Taillibert en France. Même si elle est située dans la petite ville de Deauville, la réalisation est singulière et marque un jalon dans la carrière de l’architecte.

Cinquante ans après sa réalisation, en 2016, il était revenu sur les lieux et avait expliqué ainsi pourquoi ce projet était connu dans le monde entier: «À l’origine, c’était une des révélations du changement de forme de l’architecture. Pour la première fois, j’ai utilisé l’ordinateur et prouvé que l’on pouvait bâtir autrement. Que comme sur l’être humain, les courbes pouvaient exister dans l’architecture.»

La conception fait penser à une vague grâce à l’utilisation de voiles minces en béton précontraint. À l’intérieur, les ombres amènent une lumière changeante à l’ensemble. Ce projet (et sa technique) a propulsé l’architecte au plan mondial.

Photo: Facebook Travelife

Parc des Princes (Paris, France)

Le stade a été construit en 1897 dans le sud-ouest de Paris, mais Roger Taillibert l’a complètement remis à neuf entre 1967 et 1972. L’enceinte, qui sert de résidence au célèbre club de soccer Paris Saint-Germain, a été la première d’Europe à être dotée d’un éclairage intégré au toit. Elle peut accueillir jusqu’à 45 000 personnes sur deux niveaux de tribunes continues. Le stade de forme elliptique, encerclé par 50 grandes nervures en béton qui soutiennent le toit, est imposant.

Avec la piscine de Deauville, cet ouvrage a fait la renommée de Taillibert comme spécialiste de l’utilisation des voiles de béton. Ceux-ci ont aussi scellé son titre d’architecte d’installations sportives. Ce sont également les œuvres qui ont séduit Jean Drapeau et l’ont convaincu de recourir à ses services pour le Stade olympique de Montréal.

Photo: PSGMAG.NET, Flickr

Stade Khalifa (Doha, Qatar)

Inauguré en 1976 pour accueillir la Coupe du Golfe des Nations de football, ce stade d’aujourd’hui 40 000 places est le plus grand du Qatar. Les spectateurs des récents championnats du monde d’athlétisme ont pu admirer les prouesses techniques de l’architecte amoureux des courbes, même si l’arène a été rénovée à quelques reprises au fil des ans.

Les deux arches emblématiques du stade ont notamment été démantelées, puis réinstallées pendant les travaux de 2014 et un toit recouvre désormais 70% de la structure. Malgré son allure indéniablement moderne, le stade ne renie pas son passé et la signature de Roger Taillibert reste visible.

Photo: Facebook dott.com

Le grand architecte espérait que les courbes de ses bâtiments déclencheraient une réaction émotionnelle. «Si un monument suscite des émotions, il y a immédiatement une présence permanente du monument parmi les hommes», a-t-il déjà déclaré. Chose certaine, son œuvre, mal-aimée par les uns et admirée par les autres, ne laissait personne indifférent.

Le président du Parc olympique, Michel Labrecque, qui considérait Roger Taillibert plus comme un artiste que comme un architecte, a peut-être le mieux résumé son empreinte sur terre. «Son travail architectural, qui s’étend à travers cinquante ans d’histoire et trois continents, est le témoin d’une intelligence et d’une maîtrise peu communes. La force de son œuvre est telle, que son passage dans le milieu de l’architecture s’inscrira dans les annales de l’histoire.»