La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

27 février 2019

36 heures à Istanbul

Je suis tombée amoureuse d’Istanbul au premier regard lors d’un voyage en Turquie il y a quelques années. Comme je devais y transiter en revenant d’Asie, il m’apparaissait inconcevable de ne pas m’y arrêter quelques heures avant de retrouver l’hiver québécois.

Cette fois-ci, pas question de pousser la porte de la basilique Sainte-Sophie, qui m’a pourtant émue aux larmes la première fois. J’admirerai sa silhouette au hasard de mes pas, tout comme celle de la Mosquée bleue et des autres lieux emblématiques de la ville. Cette fois-ci, j’ai envie de flâner, de me perdre et de casser la croûte parmi les Stambouliotes. J’ai envie d’oublier d’où je viens et de me fondre dans le décor. De n’avoir rien à raconter. Aujourd’hui, c’est moi la badaude.

Pour y parvenir, j’ai tout de même fait mes devoirs. En plus de lire quelques articles récents, dont celui de la copine Véronique Leduc, j’ai demandé à Charles Mordret, un Québécois qui a vécu plusieurs années sur place, de me donner quelques conseils. Au The House Hotel Karakoy, où je loge, j’ai aussi bombardé de questions la gentille concierge. Tout le monde a pointé la même direction: Kadıköy, côté asiatique.

Vue sur Instanbul. Photo: Marie-Julie Gagnon

Couleur loukoums

La météo étant incertaine, je glisse parapluie et imperméable dans mon sac. La première chose qui retient mon attention en quittant l’hôtel? Une boutique de loukoums, ces confiseries multicolores qu’on trouve dans les pays liés à l’Empire ottoman. J’ai encore en mémoire ceux goûtés au Marché aux épices lors de ma première visite. Je ne résiste pas et teste tous les parfums que les sympathiques vendeurs me font déguster. Mon favori: pistaches. Je demande mon chemin et sors avec une petite boîte payée le gros prix, mais qui m’accroche au visage un sourire aussi grand que le Bosphore. «Kadıköy, c’est génial, me lance le vendeur en me saluant de la main. Il y a plein de cafés et de restos vraiment chouettes!» Le temps est peut-être gris, mais moi, je vois la vie couleur loukoums.

Premier arrêt: une boutique de loukoums! Photo: Marie-Julie Gagnon

En allant prendre le traversier, je ne peux m’empêcher de reluquer les simits, autant parce qu’ils semblent savoureux que pour le brouhaha autour du stand. Le vendeur qui crie à travers les bruits du port. Les passants qui pressent le pas pour ne pas manquer le bateau. Un touriste qui mitraille la scène avec un appareil photo surdimensionné. J’aime ces lieux de passage animés.

Pendant la traversée d’une quinzaine de minutes, je scrute le paysage autant que les passants. L’un de mes plus grands plaisirs quand je voyage seule est de m’imaginer invisible. Je suis cette fille un peu en retrait du cadre qui capte tout, mais qu’on ne voit pas...

Bienvenue en Asie!

Il suffit de quelques minutes pour changer de continent. Une fois sur la terre ferme, je déambule tranquillement près du port. J’emprunte les allées piétonnières et tente de me repérer. J’abandonne rapidement, étant particulièrement douée en désorientation.

Je me retrouve dans les allées du marché. Je hume les étals de fruits. Des gens portent des parkas, alors que d’autres se promènent en simple pull. Un vendeur de poissons m’interpelle en turc. Je lui souris et poursuis mon chemin.

«Il faut absolument que tu ailles manger à Çiya, m’a écrit Charles. Des étudiants étrangers viennent y étudier la cuisine ottomane. Le proprio a ressuscité des recettes qui avaient disparu.»

Je finis par trouver le resto, qui correspond parfaitement à mon état d’esprit. À l’entrée, les cuisiniers sont penchés au-dessus de chaudrons fumants. Je n’ai aucune idée du contenu exact de l’assiette que je pointe au moment de commander – il y a de la viande et de la sauce… le reste se perd dans les traductions approximatives des serveuses –, mais je me régale.

Je file ensuite du côté de Yeldeğirmeni, partie de Kadıköy que Charles m’a décrite comme le nouveau quartier underground. La façade colorée d’un café pique ma curiosité. Je choisis de m’attabler près d’une superbe bibliothèque, dans le bâtiment d’en face, qui fait partie du même commerce. Je me laisse bercer un moment par les conversations qui m’entourent en buvant un latte. Le timing est parfait: la pluie se met à tomber.

Avant de reprendre le bateau, je passe par Moda, résumé par mon ami comme «le cœur du Istanbul créatif, jeune, alternatif». La pluie a toutefois raison de ma motivation et je reprends le bateau.

Le café de Yeldeğirmeni. Photo: Marie-Julie Gagnon

Le Grand Bazar

Plus que quelques heures avant de partir pour l’aéroport. Je décide d’aller faire un peu de shopping au Grand Bazar, qui se trouve à environ 35 minutes à pied de mon hôtel. Même si la température frôle le point de congélation, les pêcheurs sont au rendez-vous sur le pont Galata. De l’autre côté, les vendeurs installent leurs kiosques ambulants. Je m’en veux d’avoir laissé ma tuque dans ma chambre.

Le point de contrôle du marché me rappelle les attentats des dernières années. C’est bien le seul endroit d’ailleurs. À aucun moment depuis mon arrivée je n’ai senti que ma sécurité était menacée. Au contraire, j’ai plutôt eu l’impression de me balader dans une bulle rose, malgré le temps lourd.

Je franchis le portail non sans avoir ouvert mon sac devant l’agent et m’engouffre dans le marché couvert le plus visité au monde. Érigé en 1450 sous le règne du sultan Mehmet II, il a dû en voir déambuler, des badauds! Je m’amuse à marchander avec les vendeurs et j’achète de jolis bols peints à la main.

Quand je ressors, le soleil est de retour. Je repars le cœur léger, heureuse d’avoir glané des petits bouts de vie quotidienne et d’avoir profité d’un climat intermédiaire, entre la chaleur de l’Asie du Sud-Est et le froid montréalais.

Non, je n’aurai rien à raconter. Et c’est tant mieux.

Le Grand Bazar est le marché couvert le plus visité au monde. Photo: Marie-Julie Gagnon

Pratico-pratique:

  • The House Hotel Karakoy se trouve dans un bâtiment construit en 1863, sur la «rue des banques». L’endroit a d’abord abrité le Crédit général ottoman, puis la Sümerbank. Parfaitement situé, l’hôtel cinq étoiles se trouve à distance de marche de plusieurs attractions. Il compte 63 chambres, dont cinq suites, sur neuf étages. Certaines ont une vue sur le palais Topkapı et le Marché aux épices. Prix d’une nuitée: environ 125$. Depuis le splendide restaurant Kasa Lokantasi, on peut aussi admirer la ville.
  • Les Stambouliotes sont adorables. Même s’ils ne parlent pas tous anglais, ils sont toujours prêts à donner un coup de pouce aux touristes égarés.
  • Tous les sites touristiques mentionnés au début de cette chronique valent le détour. Il ne fait aucun doute que je revisiterai certains d’entre eux si je retourne à Istanbul plus longtemps.
  • Turkish Airlines propose trois vols directs Montréal-Istanbul chaque semaine. Il est possible de faire une escale à Istanbul et de prendre part à une visite guidée gratuite ou d’obtenir une nuitée gratuite à l’hôtel (si l’on répond à toutes les conditions – les voyageurs en classe affaires peuvent quant à eux obtenir deux nuitées gratuites, dans certains cas).
  • Turkish Airlines propose 11 vols au départ de l’Amérique du Nord, 114 de l’Europe, 37 de l’Asie et de l’Extrême-Orient, 6 de l’Amérique du Sud, 55 de l’Afrique et 34 du Moyen-Orient. Dès ce printemps, les voyageurs en partance de Montréal atterriront au nouvel aéroport d’Istanbul, inauguré l’automne dernier. Le transporteur national turc a été nommé compagnie aérienne régulière préférée des voyageurs par les utilisateurs du site de réservation Edreams en 2018 et 2019 pour son rapport qualité-prix, son service à bord et ses sièges ergonomiques, a rapporté le journal Métro.
  • À voir: le court-métrage réalisé par Ridley Scott pour Turkish Airlines dévoilé pendant le Super Bowl, dans lequel on voit plusieurs lieux iconiques d’Istanbul.
  • J’ai aperçu très peu de touristes au cours de mon passage éclair.

J’étais l’invitée de Turkish Airlines et de The House Hotel Karakoy. Toutes les opinions émises sont 100% les miennes.