René Richard Cyr, l’entremetteur en scène d’André Ducharme

De Dépêche-toé j’ai envie, spectacle qu’il a écrit et joué en 1981, aux Trois sœurs de Tchekhov, présenté au Théâtre du Nouveau Monde le printemps dernier, René Richard Cyr a mis en scène 76 pièces de théâtre, 9 spectacles musicaux, 3 opéras, une trentaine de spectacles de variétés, en plus de tenir une cinquantaine de rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision.



Plutôt que de lui consacrer une biographie, le journaliste André Ducharme a choisi la forme de l’entretien. Avec plus de 240 questions et relances (je les ai comptées), cet interrogatoire a quelque chose de la tomographie.

Bombardé de questions, le personnage se révèle à travers sa passion et sa dévotion au théâtre, mais surtout, c’est tout le mystère de cette discipline qui touche à la fois à l’humain, au fragile, à l’éphémère, à la subversion qui s’incarne dans les mots de René Richard Cyr, qui se «tridimensionne», pour reprendre son mot. On réalise à quel point la pièce qu’on va voir au théâtre n’est pas une simple messe, mais une cathédrale au complet.

À André Ducharme, il explique dans le menu détail toutes les étapes de la création d’un spectacle de théâtre. Pourquoi il choisit de travailler un texte. Comment il le lit, le relit, et le re-relit, pour en extraire toutes les subtilités, tous les secrets. Comment il choisit les collaborateurs qui donneront forme à sa vision. Comment il guide ses comédiens jusqu’à faire parler leurs silences. Comment il garde toujours le spectateur dans sa mire («Il faut que l’art soit communication, qu’il donne la clé qui tourne dans la serrure»). Comment, dans cet exercice de pouvoir qu’est la mise en scène, il fait pour rester humble, comme ses origines («L’auteur a le premier mot, le spectateur, le dernier»). Comment il accueille la critique, cet œil extérieur qui forcément n’aura jamais une connaissance aussi intime de l’œuvre qu’il a lui-même disséquée pendant des centaines d’heures, seul et en équipe. Comment il compose, lui qui a aujourd’hui 62 ans, avec les nouvelles exigences d’une société plus métissée et moins genrée, plus aux aguets des dérives de la séduction, moins encline à accepter l’autorité.

Le coloré RRC, en bon conteur qu’il est, pimente ses réponses de noms et d’anecdotes qui accréditent ses thèses.

Ses confidences sont entrecoupées d’impromptus, de courts textes signés par des camarades de travail (Michel Tremblay, Anne Dorval, Marie-Thérèse Fortin, Maude Guérin, etc.), qui confirment sa méthode, soulignent sa contribution, chantent ses louanges.

Le livre se termine par un texte de René Richard Cyr. Au centre d’un triangle amoureux est une synthèse de tout ce qu’on a lu précédemment. Il y résume ce que c’est, pour lui, un metteur en scène. Au centre du triangle formé par l’auteur, les comédiens et le public, il dit «écrire du silence, du temps, de l’espace et du sens». La description qu’il fait de son métier est exhaustive et remplie de points d’interrogation (52, je les ai comptés). «Il n’y a pas de recette, tout est à réinventer à chaque fois», conclut-il.

En fin de compte, ce document nous apparaît autant comme un précis de théâtre qu’une ode à cette pratique qui n’a pas son pareil pour faire vivre de grandes émotions. Une fois le livre déposé, on a juste une envie: retourner au théâtre pour revivre cette expérience humaine unique.