La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

27 avril 2017

Bloguer sur les voyages en 2017: mythes et réalités

Bloguer en 2017 n’a plus rien à voir avec le début des années 2000. De retour du quatrième Salon des blogueurs de voyage, qui s’est cette année tenu à Saint-Malo, quelques observations sur l’évolution du médium.

La première chose qui saute aux yeux quand on se balade dans la salle où a lieu le «speed-dating», rendez-vous express avec différents intervenants de l’industrie touristique susceptibles de devenir des partenaires, c’est la professionnalisation des nouveaux blogueurs. Chacun arrive avec ses cartes professionnelles, son kit média (avec les chiffres les plus vendeurs possibles) et une approche qui s’apparente plus à l’entrepreneuriat qu’à la simple création de contenu. Les quelques exposants sondés de manière informelle ont rapidement confirmé mon impression : les blogueurs savent mieux se vendre que jamais.

Autre chose qui saute aux yeux : l’importance de l’image. Avant, une bonne plume suffisait à attirer les lecteurs. Maintenant, on ne jure que par la photo et la vidéo. Pas étonnant que les duos de blogueurs, qui peuvent allier leurs forces, connaissent autant de succès!

Photo: rawpixel.com, Unsplash
Photo: rawpixel.com, Unsplash

Le bon grain et l’ivraie

Plusieurs nouveaux venus sur la blogosphère débarquent avec un objectif clair, soit celui de vivre de leur blogue, chose qui ne nous traversait même pas l’esprit il y a une dizaine d’années.

Qui dit business dit chiffres: sans statistiques convaincantes, pas de partenariats. Cela a d’ailleurs entraîné des dérives sur les réseaux sociaux au cours des dernières années, comme l’achat de faux abonnés et de «likes» et le «mass follow», c’est-à-dire suivre un maximum de personnes en espérant être suivi en retour.

Pendant le salon, le sujet a même fait l’objet d’une conférence de Xavier Berthier, organisateur de l’événement et cofondateur du blogue 4 coins du monde, baptisée «Travailler avec des blogueurs : la théorie du hamburger». Clo et Kris d’Évasion gourmande en ont fait mention dans un billet intitulé Blogueur voyage : éthique, réalité, illusions et dérives. «Pour cette conférence, Xavier a créé un faux compte “Blogueur Fantome” et a acheté des milliers de fans sur Instagram et Facebook, raconte Clo. En quelques jours, il avait presque 10 000 abonnés sur Instagram, avec des photos dépassant les 1000 likes.»

Bien des gens ne sont pas conscients de ces réalités et il n’est pas toujours évident pour les lecteurs et les abonnés de détecter les fraudeurs. Voilà pourquoi certains arrivent à gagner grassement leur vie – surtout des anglophones – en jouant sur les apparences… Oui, le sujet est sensible et on n’a pas fini d’en entendre parler.

Rentabiliser un blogue

La question de la monétisation des blogues revient constamment sur le tapis. Certains arrivent à bien gagner leur vie honnêtement, mais rares sont les francophones à vivre uniquement de leur blogue de voyage. La majorité de ceux qui parviennent à en faire leur gagne-pain est généralement rémunérée par différents acteurs de l’industrie touristique, offices de tourisme, chaînes d’hôtel ou autre.

Est-ce possible d’être payé par une destination, pratique de plus en plus courante, tout en gardant son objectité? Journaliste pendant une vingtaine d’années, je me suis beaucoup questionnée à ce sujet. Mais justement: ces blogueurs ne sont pas des journalistes et n’ont pas l’intention de le devenir. Ils sont là pour faire rêver. L’objectivité les préoccupe moins que l’authenticité et le désir de créer un univers qui leur ressemble. Leurs lecteurs le savent, d’ailleurs, et ne leur en tiennent pas rigueur. À moins, bien sûr, qu’ils se mettent à louanger des produits qui n’ont plus rien à voir avec l’essence même de leur blogue! Chose certaine, la transparence est essentielle.

Photo: David Marcu, Unsplash
Photo: David Marcu, Unsplash

De bons exemples

La blogueuse Alexandra Besson d’Itinera Magica a bien résumé la situation des blogueurs en 2017 dans son billet «Peut-on vivre de son blog de voyage?». Elle constate qu’on trouve aujourd’hui trois catégories de blogueurs : les professionnels, dont le blogue est un travail à temps plein, les blogueurs invités, mais pas payés, et ceux qui paient leurs voyages eux-mêmes.

Ceux qui parviennent le mieux à tirer leur épingle du jeu – c’est-à-dire de gagner leur vie tout en gardant à la fois le respect des lecteurs et des membres de l’industrie touristique – sont généralement ceux qui ont une ligne éditoriale bien définie et qui restent en accord avec leurs valeurs. C’est le cas notamment d’Elisa Detrez et Maxime Coquard, qui ont créé Bestjobers, à la fois un blogue et une boîte spécialisée en marketing de contenu, après avoir remporté le concours «Best job in the world» en Australie en 2013.

Régulièrement suivi par des équipes de télévision, le couple a cru bon de donner l’heure juste il y a quelques mois en rédigeant un billet intitulé «Comment on arrive à être payé pour voyager?».

Ils publient bien sûr régulièrement sur différents réseaux sociaux en plus de leur blogue, mais ce n’est pas tout «Quand on part en voyage, très souvent on délivre un reportage photo de qualité aux partenaires du séjour, on est envoyé pour ça, pas seulement pour quelques photos partagées sur les réseaux sociaux et un article dans le blog. C’est des photos qu’ils pourront utiliser pour leur communication. Parfois, nous partons pour des commandes très précises pour un hôtel, un office de tourisme, ou une marque, et c’est beaucoup ce travail photographique qui nous rémunère aujourd’hui, plus que le blog à proprement parler. Comme pour les photos, il nous arrive aussi de réaliser des vidéos pour des projets totalement indépendants à notre blog, c’est des commandes et un vrai job.»

Et les autres?

Le succès d’Elisa et Max, tout comme celui de Franck et Richard de One Day One Travel, qui gagnent aujourd’hui leur vie grâce à leur blogue, fait rêver. Lors de la table ronde qui a clôturé les conférences du Salon des blogueurs, à laquelle j’ai participé avec eux, j’ai cependant cru bon de rappeler qu’on n’est pas OBLIGÉS de vouloir transformer son blogue en gagne-pain.

N’ayant pas la bosse des affaires et aucune passion pour tout ce qui touche les aspects plus techniques, je préfère de loin continuer à écrire des livres et à collaborer à des médias et autres blogues de marques plutôt que me transformer en femme d’affaires. J’ai beau aimer la photo et la vidéo, moi, ma passion, c’est l’écriture. Pour garder le plaisir intact, il me semble nécessaire de miser sur nos forces et ce qui nous rend vraiment heureux plutôt que de tenter de vouloir tout faire approximativement.

Ce qui me réjouit en 2017? Constater une plus grande diversité. Qui dit plus de blogues dit forcément plus de variété. Par exemple, j’ai remarqué que de plus en plus de voyageurs un peu plus âgés osent se lancer dans l’aventure du blogage. C’est le cas de la journaliste Anne Pélouas avec Grouille pour pas qu’ça rouille, de Johanne et Charles de Boomers en liberté, d’En route avec Jo et Dany et des Seniors en vadrouille.

Peu importe l’âge ou l’angle du blogue, l’important reste de sentir la flamme derrière. Alexandra, d’Itinera Magica, comme tous les conférenciers du Salon des blogueurs, d’ailleurs, en est aussi persuadée. «J’en suis convaincue: l’avenir des blogs de voyage réside dans la sincérité et l’individualité. Nous ne résisterions pas à l’uniformisation, au formatage et à la course aux chiffres. À trop vouloir transformer une passion en métier lucratif, nous risquons de dénaturer et d’abîmer ce qui nous a rendus uniques. N’oublions pas de voyager par amour.»

Merci au Salon des blogueurs de voyage, à Air France et à Rogers pour «Partout chez vous».


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