La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Vintage 69 de Gregory Charles, un anesthésiant contre les blues de 2018

On a beau ne pas vouloir être nostalgique, les occasions de se faire rattraper par ce sentiment sont nombreuses. Juste ces jours-ci, il y a eu la mort du légendaire Charles Aznavour, le passage à Montréal de la tournée d’adieu d’Elton John, le documentaire sur l’inoubliable Pauline Julien et, c’est mon sujet d’aujourd’hui, un spectacle de Gregory Charles entièrement consacré aux chansons de l’année 1969.



Vous le connaissez, Gregory, c’est un jukebox ambulant doté d’une mémoire d’éléphant. Eh bien dans son nouveau spectacle, Vintage 69,  il joue la carte de la nostalgie à fond. Pendant plus de deux heures, il enchaîne des chansons qui ont en commun d’avoir vu le jour en 1969. Ça pourrait être un concept anodin, mais les titres qu’il interprète avec ses formidables choristes Kim Richarson et Lulu Hugues ont été de tels succès qu’on en conclût que la dernière année de la décennie 1960 a été un grand cru. On a bien le droit d’être nostalgique à les réentendre!

Voici la preuve par quelques titres qui vont vous inciter à fredonner, j’en suis convaincu:

Proud Mary (Rolling on the River) de Creedance Clearwater Revival

You Can’t Always Get What You Want des Rolling Stones

I Heard It Through the Grapevine de Marvin Gaye, celle où il chante Honey Honey

Na Na Hey Hey Kiss Him Goodbye de Steam

Peace of My Heart que Janis Joplin a chantée à Woodstock

Get Back et Let It Be des Beatles, deux chansons enregistrées en 1969

Babe, I’m Gonna Leave You de Led Zeppelin, groupe qui a vu le jour en 1969

Suspicious Mind d’Elvis Presley

Sweet Caroline de Neil Diamond

Give Peace a Chance enregistrée lors du bed in de John Lennon et Yoko Ono à Montréal

C’est à se demander ce qu’il y a eu dans l’eau cette année-là pour que les créateurs soient aussi inspirés et produisent des vers d’oreille aussi durables.

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La chanson française et québécoise n’est pas en reste dans le tour de chant de Gregory Charles. En 1969, il y a eu Éloïse de Donald Lautrec, Un peu plus haut, un peu plus loin de Jean-Pierre Ferland, Les Champs-Élysées de Joe Dassin, Laisse-moi t’aimer de Mike Brant, Que je t’aime de Johnny Hallyday, Je t’aime… moi non plus de Gainsbourg, La quête de Jacques Brel.

J’aurais voulu entendre davantage de chansons en français de cette année-là. Comme Désormais de Charles Aznavour, Les ailes d’un ange de Charlebois, Le métèque de Moustaki, et, pourquoi pas, 69 année érotique du prolifique Serge Gainsbourg.

Elles ressortiront peut-être dans les prochaines prestations de Gregory, car il nous a bien fait comprendre que son spectacle n’est pas formaté. Les chansons viennent au gré de son inspiration et les musiciens doivent le suivre dans les méandres de ses improvisations. D’ailleurs, chapeau à ses accompagnateurs qui se trouvent constamment sur la corde raide. En guise de récompense, ils ont devant eux un public qui dodeline de la tête, se déhanche sur sa chaise et tape du pied.

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Ce que j’aime de Gregory, c’est qu’il tire profit de son érudition pour nous mettre constamment dans le contexte de cette année riche en moments historiques. Il évoque le premier homme qui a marché sur la Lune et le Concorde et le Boeing 747 qui ont commencé à voler. Il raconte l’impact du festival de Woodstock. Il souligne que c’est en 1969 qu’Aretha Franklin a enfin été reconnue comme une artiste majeure par les Blancs. Faisant écho à l’actualité du jour, il nous rappelle également que le Parti libéral du Québec se cherchait un nouveau chef en 1969.

Voilà qui est bien de se rappeler qu’on peut rêver, abolir les frontières, accepter la différence, reconstruire ce qui a déjà été grand et, par-dessus ça, chanter avec gravité ou insouciance.

Bref, Vintage 69 est un excellent anesthésiant.  Je vous le recommande si vous avez les blues de 2018.