La chronique Culture avec Claude Deschênes

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Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Tsunami de spectacles sur Montréal

Le saviez-vous? En juillet, une cinquantaine de troupes de théâtre de rue (une vingtaine du Québec et une trentaine internationales) vont envahir Montréal et offrir, sous le vocable À nous la rue, 800 prestations extérieures. 800!



Ce déferlement de spectacles gratuits sur la rue Saint-Denis s’inscrit dans le cadre du 375e anniversaire de la ville. Par-dessus ça, les programmateurs du 375e, qui ne craignent pas de noyer le marché, ont ajouté À nous la scène, une dizaine de spectacles payant en salle parmi lesquels Lucrèce Borgia de Victor Hugo par la Comédie-Française.

La vague parfaite

Mardi dernier, au Théâtre d’Aujourd’hui, La vague parfaite a ouvert le bal. Il s’agit d’une reprise du Théâtre du futur, qui surfe sur ce succès depuis sa création à l’Espace Libre en janvier 2015. De quoi s’agit-il? Pour rester dans l’esprit des créateurs, je dirais que c’est un spectacle octopode. Oui, tentaculaire, dans le sens qu’il se développe dans plusieurs directions. C’est à la fois une satire corrosive, une farce bouffonne et absurde, une caricature de téléréalité et un spectacle lyrique.

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Le personnage central est un champion de surf autour duquel gravite une panoplie d’individus, des dudes, des chicks, des wannabes, qui s’abreuvent de la gloire de leur héros jusqu’au jour où celui-ci est emporté par un tsunami que sa superbe et son inconscience associaient à la vague parfaite. Leur paradis du surf englouti, nos joyeux naufragés, orphelins d’un guide à vénérer, partent à la dérive sur un radeau que même la présidente Michelle Obama n’arrive pas à secourir… parce qu’elle n’a pas l’appui du Congrès! Il faudra donc sacrifier des membres de l’équipée pour survivre. On n’est pas loin d’Occupation Double!

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Beaucoup de talent à bord

Comme vous le constatez, l’imagination des auteurs Guillaume Tremblay et Olivier Morin n’a pas de limites. L’univers qu’ils ont créé est complètement déjanté, et ce qui élève leur délire, c’est le choix d’avoir monté ça comme un opéra, un genre qui ne craint pas les excès. Tous les codes sont respectés. Il y a des airs, des récitatifs, des chœurs, un intermède et même des surtitres qui sont très drôles.

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Les rôles principaux sont tenus par de vrais chanteurs lyriques. Les sopranos Hiather Darnel et Cécile Muhire, la mezzo-soprano Anne Julien, les ténors Mathieu Grégoire et Sylvain Paré, et le baryton Antoine Gervais offrent une performance vocale digne de l’Opéra de Montréal, où plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs déjà chanté.

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Toute cette entreprise n’aurait pu être qu’une fanfaronnade, mais la musique, composée avec le plus grand sérieux par Philippe Prud’homme, maintient le spectacle à flot du début à la fin. Philippe Prud’homme, 26 ans, lauréat de deux premiers prix au Concours de musique du Canada, en 2009 et en 2013, interprète lui-même son excellente partition au piano.

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Si vous avez envie de désamorcer le futur, de déboulonner vos certitudes ou de taquiner la planète, osez l’opéra surf La vague parfaite, c’est aussi rafraîchissant qu’éclaboussant! 

Photo: Toma Iczkovits
Photo: Toma Iczkovits

Expo 67, revue et corrigée

Pendant qu’on a l’esprit bien ouvert, on file au Musée d’art contemporain pour une exposition sur Expo 67 qui n’a rien de passéiste ou de nostalgique.

Pour À la recherche d’Expo 67, les commissaires Lesley Johnstone et Monika Kin Gagnon ont demandé à 19 artistes du Québec et du Canada, trop jeunes pour avoir mis les pieds à Terre des Hommes, d’élaborer des œuvres en s’inspirant d’archives de cette grande rencontre internationale.

Le résultat est à la fois détonnant et déroutant, tout autant que l’ont été nombre de propositions faites à cette époque marquée par la recherche, la nouveauté, le dépassement.

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16 visions d’Expo 67

Plusieurs projets portent sur les pavillons. Presque une thèse, l’œuvre de Charles Stankievech illustre avec force détails comment la mythique biosphère de l’architecte Buckminster Fuller découle de son travail pour l’armée américaine. Sa démonstration se termine par la spectaculaire photo de l’incendie du pavillon des États-Unis qui impressionne toujours autant.

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Le pavillon Kaléidoscope a inspiré à Jean-Pierre Aubé une installation vidéographique aux accents psychédéliques, alors que Simon Boudvin a photographié dans les rues de Montréal des décors plutôt anonymes sur lesquels il a plaqué les descriptions qu’on faisait des pavillons dans les publications officielles.

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Dans un style plus critique, Marie-Claire Blais et Pascal Grandmaison remettent en question le bilan environnemental de cette manifestation remplie de bonnes intentions, mais qui s’est quand même tenu sur des îles faites de déchets de construction.

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Sur des textes extraits du livre Terre des Hommes de Saint-Exupéry, David K. Ross nous propose sur écran géant un tour de l’île Sainte-Hélène dans un Minirail imaginaire. Ses images ont été tournées par un drone qui emprunte le même trajet que le célèbre petit train bleu qui sillonnait le site de l’Expo.

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Cheryl Sim utilise aussi la vidéo. On la voit au parc Jean-Drapeau chanter la chanson thème d’Expo 67, Un jour, un jour de Stéphane Venne, pour rappeler le souvenir de ses parents, qui ont fréquenté assidûment les lieux en 1967. En passant, j’aimerais bien cette version lounge dans mon iPod.

La jeune génération sera peut-être surprise par l’installation sonore de Kathleen et David Ritter. Dans une salle aux murs multicolores, une table tournante fait entendre des musiques qui datent des années 60, mais qu’on croirait issues des platines d’un DJ d’aujourd’hui.

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Les 16 œuvres présentées ne sont pas toutes d’un égal intérêt. Plusieurs nous désarçonnent. Mais bon, on est dans un musée d’art contemporain qui joue son rôle.

Olafur Eliasson, de la grande visite

D’ailleurs, le MAC frappe un grand coup en accueillant en parallèle à cette exposition sur Expo 67 un artiste très sollicité partout sur la planète, l’islando-danois Olafur Eliasson. C’est lui qui a frappé l’imaginaire des participants à la Conférence de Paris sur les changements climatiques en les exposant à des fragments d’iceberg. Pour sa première visite au MAC, il propose aux visiteurs de s’abandonner à son œuvre Maison des ombres multiples. Vous connaissez le principe de l’égoportrait; ici, c’est l’égo-ombre. Le dispositif qu’Olafur Eliasson a mis en place nous oblige à voir comment on regarde. L’expérience est à la fois ludique et élégante, et je vous garantis que vous ne résisterez pas à la tentation de prendre la pose.

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