La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Suggestions culturelles pour combattre cet air de déjà vu

La COVID-19 n’a pas dit son dernier mot. L’arrivée de la deuxième vague a conduit 75% des Québécois en zone rouge. Nous revoilà obligés de consommer la culture à la maison. Voici quelques suggestions pour les semaines à venir.


Un Festival du nouveau cinéma en ligne

Depuis mercredi, et jusqu’au 31 octobre, le 49e Festival du nouveau cinéma se décline en version virtuelle, partout au Canada. Deux cents œuvres sont offertes sur le site web du festival, dont 50 longs métrages en primeur.

Mentionnons entre autres que pour souligner les 50 ans de la crise d’Octobre, le FNC présente gratuitement Octobre de Pierre Falardeau le 10 octobre et Les ordres de Michel Brault le 16. Tous les détails de la programmation se trouvent sur le site du festival.

Chiara Margarita Cozzolani, une compositrice à découvrir

En avant-goût du festival La Cité des Dames, qui sera présenté en juin 2021, le Musée des Hospitalières propose sur sa page web l’écoute gratuite de quatre motets composés par Chiara Margarita Cozzolani, qui fut abbesse du couvent de Santa Radegonda à Milan au XVIIe siècle.

J’ai écouté ces quatre pièces de musique sacrée interprétées par Suzie Leblanc et Ariadne Lih, accompagnées du théorbiste Lucas Harris, et je vous jure que ça fait un bien immense. C’est comme un cadeau de Dieu.

Pierre et le loup au TNM

Les théâtres ne peuvent plus accueillir de spectateurs, mais rien ne les empêche d’offrir leurs productions sur le web. Du 16 au 25 octobre, le Théâtre du Nouveau Monde présente en webdiffusion Pierre et le loup de Sergueï Prokofiev, dans une mise en scène de Lorraine Pintal. L’Orchestre métropolitain sera dirigé par Nicolas Ellis, en remplacement de Yannick Nézet-Séguin, qui a dû se désister pour respecter les consignes de confinement à la suite d’un engagement aux États-Unis. Benoît Brière, Jean-François Casabonne, Sophie Desmarais, Fayolle Jean, Benoît McGinnis et Victor Andres Trelles Turgeon composent la distribution. Le prix d’entrée pour cette webdiffusion est de 17$. Le spectacle dure une heure trente et peut être visionné à tout moment.

Un Sacre du printemps africain

Cet automne, l’organisme Danse Danse devait accueillir à la Place des Arts la célèbre compagnie de danse allemande Tanztheater Wuppertal Pina Bausch. Le projet est tombé à l’eau en raison de la pandémie. Pour compenser, du 21 au 28 octobre, Danse Danse offre de visionner, à l’heure de votre choix, une captation très spéciale du plus récent projet de cette compagnie: un Sacre du printemps africain.

Tanztheater Wuppertal a regroupé 38 danseurs des quatre coins de l’Afrique autour de la musique de Stravinski et de la chorégraphie de Pina Bausch. Comme la pandémie est un phénomène mondial, le projet n’est pas allé plus loin que les répétitions. Tout de même, une captation de l’ultime répétition a été faite sur une plage de Dakar, au Sénégal, au coucher du soleil. C’est ce que Danse Danse vous propose de voir pour 16,14$ par personne ou 26,14$ pour deux et plus.

LU: René Richard Cyr, l’entremetteur en scène d’André Ducharme chez Leméac

De Dépêche-toé j’ai envie, spectacle qu’il a écrit et joué en 1981, aux Trois sœurs de Tchekhov, présenté au Théâtre du Nouveau Monde le printemps dernier, René Richard Cyr a mis en scène 76 pièces de théâtre, 9 spectacles musicaux, 3 opéras, une trentaine de spectacles de variétés, en plus de tenir une cinquantaine de rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Plutôt que de lui consacrer une biographie, le journaliste André Ducharme a choisi la forme de l’entretien. Avec plus de 240 questions et relances (je les ai comptées), cet interrogatoire a quelque chose de la tomographie.

Bombardé de questions, le personnage se révèle à travers sa passion et sa dévotion au théâtre, mais surtout, c’est tout le mystère de cette discipline qui touche à la fois à l’humain, au fragile, à l’éphémère, à la subversion qui s’incarne dans les mots de René Richard Cyr, qui se «tridimensionne», pour reprendre son mot. On réalise à quel point la pièce qu’on va voir au théâtre n’est pas une simple messe, mais une cathédrale au complet.

À André Ducharme, il explique dans le menu détail toutes les étapes de la création d’un spectacle de théâtre. Pourquoi il choisit de travailler un texte. Comment il le lit, le relit, et le re-relit, pour en extraire toutes les subtilités, tous les secrets. Comment il choisit les collaborateurs qui donneront forme à sa vision. Comment il guide ses comédiens jusqu’à faire parler leurs silences. Comment il garde toujours le spectateur dans sa mire («Il faut que l’art soit communication, qu’il donne la clé qui tourne dans la serrure»). Comment, dans cet exercice de pouvoir qu’est la mise en scène, il fait pour rester humble, comme ses origines («L’auteur a le premier mot, le spectateur, le dernier»). Comment il accueille la critique, cet œil extérieur qui forcément n’aura jamais une connaissance aussi intime de l’œuvre qu’il a lui-même disséquée pendant des centaines d’heures, seul et en équipe. Comment il compose, lui qui a aujourd’hui 62 ans, avec les nouvelles exigences d’une société plus métissée et moins genrée, plus aux aguets des dérives de la séduction, moins encline à accepter l’autorité.

Le coloré RRC, en bon conteur qu’il est, pimente ses réponses de noms et d’anecdotes qui accréditent ses thèses.

Ses confidences sont entrecoupées d’impromptus, de courts textes signés par des camarades de travail (Michel Tremblay, Anne Dorval, Marie-Thérèse Fortin, Maude Guérin, etc.), qui confirment sa méthode, soulignent sa contribution, chantent ses louanges.

Le livre se termine par un texte de René Richard Cyr. Au centre d’un triangle amoureux est une synthèse de tout ce qu’on a lu précédemment. Il y résume ce que c’est, pour lui, un metteur en scène. Au centre du triangle formé par l’auteur, les comédiens et le public, il dit «écrire du silence, du temps, de l’espace et du sens». La description qu’il fait de son métier est exhaustive et remplie de points d’interrogation (52, je les ai comptés). «Il n’y a pas de recette, tout est à réinventer à chaque fois», conclut-il.

En fin de compte, ce document nous apparaît autant comme un précis de théâtre qu’une ode à cette pratique qui n’a pas son pareil pour faire vivre de grandes émotions. Une fois le livre déposé, on a juste une envie: retourner au théâtre pour revivre cette expérience humaine unique.