La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Numéro Une, quand le cinéma se met au féminin

Des sujets de femmes. Des rôles forts pour des actrices. Des films réalisés par des femmes. Au cinéma, l’heure est à revoir la place faite aux femmes. Ça tombe bien, cette semaine nous arrive une nouveauté qui répond à tous ces critères. Numéro Une traite de la place des femmes dans les emplois de haut niveau. Emmanuelle Devos et Suzanne Clément en sont les vedettes et c’est signé Tonie Marshall, la seule femme dans l’histoire des César à avoir obtenu le prix du «meilleur réalisateur». C’était pour Vénus Beauté (Institut) en 2000.



L’histoire de Numéro Une a des airs de thriller. Le patron d’une grande société française cotée en bourse se meurt d’un cancer. Le successeur pressenti est évidemment un homme, mais un réseau de femmes d’influence veut qu’il en soit autrement et met en branle une campagne pour favoriser l’ingénieure Emmanuelle Blachey, une haute dirigeante intègre, compétente et humaine. Mais le prétendant au poste prendra tous les moyens pour barrer la route à cette candidature féminine venant de l’extérieur de l’entreprise.

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Des actrices qui brillent

C’est Emmanuelle Devos qui incarne le personnage principal. On la voit tour à tour sûre d’elle-même dans son milieu de travail, respectueuse de son équipe, habile à créer des liens avec ses clients chinois, mais aussi fragile pour des raisons qui appartiennent à son passé. En fait, on sent très bien qu’elle n’aurait jamais aspiré à ce poste de PDG si ce n’avait été de la détermination du bataillon de femmes qui milite pour sa nomination.

Le film offre d’ailleurs l’occasion à plusieurs actrices de briller. C’est le cas de Francine Bergé, qui joue la cheffe de bande prête à tout pour faire changer les mentalités, et de Suzanne Clément, qui prend le relais à la mort de cette dernière. L’actrice québécoise a droit à la plus belle scène lorsque son personnage fait l’oraison funèbre de sa collègue. Rarement entend-on un tel plaidoyer pour les femmes au cinéma. Devant un parterre de femmes émues et d’hommes remués, elle lance: «Notre amie voulait voir les femmes au sommet parce que le progrès de toutes les sociétés est à ce prix.»

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Faire voir un autre modèle de gestion

Dans une entrevue à France Info, Tonie Marshall, qui est la fille de l’actrice Micheline Presle, s’est expliqué sur ses intentions. «Dans Numéro Une, je voulais défendre l’idée que s’il y avait entre 40% et 50% de femmes à la tête des entreprises, le type de gouvernance changerait. On accéderait à un capitalisme plus dialoguant, où entreprendre, lutter et gagner ne serait plus synonyme de guerre de tranchées. Les femmes sont fortes pour le dialogue. Un dialogue plus souple souvent que celui des hommes. Et discuter, c’est l’essence même de l’entreprise, du désir de s’associer, de faire des partenariats. Et au final d’être utile. La vie n’a pas de sens autrement. Le film met en scène des patrons, mais le sujet concerne tout le monde, car il envisage des changements qui rejailliraient sur toute la société.»

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Un film nuancé

On le sait, les relations hommes-femmes en France sont assez différentes de celles au Québec. Le côté macho des hommes est bien mis en évidence dans le film, mais la caricature a été évitée. Richard Berry n’apparaît jamais comme un goujat fini. Le chanteur Benjamin Biolay, qui fait aussi partie de la distribution, a la gueule parfaite pour s’acquitter du rôle de celui qui joue double jeu.

Le film est plus nuancé que militant. «Je voulais un film positif et éviter le côté victimaire», a déclaré la réalisatrice. À l’évidence, Tonie Marshall ne voulait effaroucher personne, mais son approche fonctionne. Hormis la chanson du générique, interprétée par Oxmo Puccino et Benjamin Biolay, qui détonne, Numéro Une fait le travail et atteint son but.