La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Quand le cirque vient d’ailleurs

On est plutôt gâté au Québec en matière de cirque. On compte un bon nombre de compagnies qui ont chacune leur personnalité et qui font notre fierté à l’étranger où elles sont régulièrement invitées.



Avec le nombre de troupes qui existent ici, on pourrait se contenter d’aller voir que du made in Québec. Mais la politesse dans le domaine des arts, c’est de recevoir aussi ceux qui nous invitent. Le festival Montréal complètement cirque a établi une réciprocité qui nous a longtemps fait défaut. Avec sa programmation annuelle, la Tohu fait aussi très bien son boulot d’hôte, ce qui permet au public montréalais de se frotter à des pratiques différentes des nôtres.

Photo: Francesca Torracchi
Photo: Francesca Torracchi

Une tradition hongroise réinventée

C’est le cas du spectacle actuellement à l’affiche de la Tohu, Night Circus (jusqu’au 22 octobre), qui nous fait découvrir en primeur une jeune compagnie de Budapest, en Hongrie. Comme son nom le suggère, Recirquel Company Budapest réinvente le cirque hongrois depuis 2012.

Il y a dans ce show de 85 minutes les disciplines classiques de l’art circassien comme le trapèze, la roue allemande, l’équilibre sur cannes, le main à main, le mât chinois, le fil de fer, les sangles et le tissu aériens. Mais la manière de nous les offrir diffère de ce à quoi nous sommes habitués.

On est plutôt dans la lenteur. Un rythme qui nous permet d’apprécier la complexité des mouvements puisqu’ils sont découpés plus qu’enchaînés à la va-vite pour créer un effet wow.

Photo: Francesca Torracchi
Photo: Francesca Torracchi

Les figures que nous proposent la dizaine d’acrobates du spectacle surprennent par leur originalité. C’est particulièrement le cas dans la manière que les deux trapézistes ont trouvée pour se retenir dans le vide, dans la désinvolture affichée par l’acrobate au mât chinois ou dans la folle utilisation que le clown fait du fil de fer.

De plus, il se dégage de l’ensemble une grâce amplifiée par le côté très danse classique qu’on dénote dans les mouvements et la posture des artistes. Il faut savoir que le metteur en scène et directeur artistique, Bence Vagi, est issu de la danse. Il a commencé sa carrière avec un maître hongrois, le chorégraphe Endre Jeszenszky.

Le spectacle est fortement imprégné de la culture magyare, qu’on pourrait qualifier de mélancolique et disciplinée. Les corps et les faciès rappellent aussi les athlètes de l’Europe de l’Est. On n’est pas du tout devant une troupe style «nations unies» comme au Cirque du Soleil. Tout ça pour dire que Night Circus nous offre un véritable dépaysement par rapport à ce que nous produisons ici.

Ça fonctionne pour les numéros, mais pour la dramaturgie qui tourne autour du désir de l’homme de voler, c’est un peu plus lourd et appuyé. Beaucoup de gens autour de moi ont trouvé ça poétique. Pour ma part, j’ai trouvé que le rythme, déjà lent, s’appesantissait avec le pseudo cabaret berlinois qu’on a créé pour donner de la hauteur au mythe d’Icare que le spectacle revisite. Pour cette raison, je suggère de ne pas y amener d’enfants qui risqueraient de trouver le temps long. Mais pour les grands, heureusement, il y a un couple de clowns et la musique qui passe de l’électro au piano solo pour nous garder dans le oumf des numéros.

Mon petit doigt me dit que c’est le genre de spectacle qui va se bonifier soir après soir. Après tout, il faut bien que Hongrois et Québécois s’apprivoisent, c’est si rare qu’on se fréquente! 

Photo: Francesca Torracchi
Photo: Francesca Torracchi

Coup de cœur… pour une exposition de photos

J’habite dans le Quartier des spectacles et depuis un mois, mes déambulations m’offrent le luxe de traverser la plus belle galerie à ciel ouvert qui soit.

Dans le parc qui fait face à la Maison symphonique et le long de la Promenade des artistes (boulevard de Maisonneuve entre Saint-Urbain et Jeanne-Mance), les structures qui accueillent le projet 21 Balançoires au printemps sont utilisées à l’automne pour accrocher des photos.

Celles de l’exposition Fixer l’instant sont fantastiques et on se perd dans les multiples détails qu’elles offrent à notre vue. Il s’agit du travail d’Yves Renaud, photographe du Théâtre du Nouveau Monde, qui a vraiment un œil fabuleux. Il y a, dans ces moments volés à la magie du théâtre, toute la panoplie des émotions humaines incarnées par des acteurs adorés du public. Dans ces arrêts sur image, les décors, les éclairages, les costumes et les maquillages conçus par les artisans du TNM ont droit à leur moment de gloire. Il faut que vous alliez voir ça avant le 13 novembre, c’est gratuit. Sinon, mettez la main sur le livre qui est paru aux éditions du passage.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes