La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Leonard Cohen de retour au Musée d’art contemporain en version virtuelle

Il s’en est fallu de peu pour qu’il n’y ait pas de chronique cette semaine. Je me suis perdu dans l’exposition virtuelle Leonard Cohen: Une brèche en toute chose que le Musée d’art contemporain (MAC) a mise en ligne cette semaine. J’ai perdu la notion du temps en naviguant sur ce site d’une richesse inouïe. Vous pouvez faire de même, c’est gratuit et disponible d’où que l’on soit au Canada jusqu’au 12 février 2024.



En 2017, l’exposition Leonard Cohen: Une brèche en toute chose a attiré une foule record de 315 000 personnes au MAC. Elle a ensuite été présentée à New York, Copenhague et San Francisco. La version qu’on nous propose aujourd’hui est virtuelle, légèrement retouchée, pour ne pas dire enrichie.

Il n’y a pas de marche à suivre pour s’immerger dans cette exposition. On y va intuitivement, selon notre intérêt.

Si on choisit d’entrer dans le monde de Cohen par la section Explorer, on découvrira l’artiste via quatre grands thèmes qui ont teinté sa vie et son œuvre: la poésie, la spiritualité, l’amour et le désir. Des extraits d’entrevues, de chansons, de poèmes, combinés à des œuvres de la collection du MAC (Rita Letendre, David Altmejd, Geneviève Cadieux, Nicolas Baier, etc.) participent à nous faire pénétrer dans l’univers singulier de cet artiste de confession juive né à Montréal et reconnu à travers le monde.

© George Fok • Photo : avec l’aimable permission de l’artiste Passin Through

La section Galerie, elle, nous mène directement au travail des artistes auxquels les commissaires John Zeppetelli et Victor Schiffman ont fait appel pour cette exposition. On peut réécouter les versions qu’Ariane Moffatt, Feist ou Chilly Gonzalès ont faites des chansons de Cohen. Entendre Clara Furey nous parler de la chorégraphie que le poème When Even The lui a inspirée. Revivre l’émotion générée par l’expérience interactive sensorielle créée par Daily tous les jours (Melissa Mongiat et Mouna Andraos) à partir de la chanson Hallelujah.

© Clara Furey • Photo : Maxence Bilodeau When Even The

Il faut le dire, en raison des droits, ce ne sont pas toutes les œuvres qui sont présentées en version intégrale, qu’on pense à Passing Through, fabuleux montage d’extraits de spectacles de George Fok, ou à The Offering, magnifique courtepointe que Kara Blake avait réussi à faire à partir d’entrevues accordées par Leonard Cohen au fil des ans. Mais bon, l’exposition ne manque pas de matériel à se mettre sous la dent.

© Kara Blake • Photo : Guy L’Heureux The Offering

La proposition du musée comprend aussi un espace où la parole est donnée au public. Je vous encourage vivement à écouter les témoignages de gens ordinaires consignés dans la section Écho, certains m’ont tiré les larmes.

Cette exposition virtuelle est vraiment une grande réussite, autant que la version originale. On y retrouve le même perfectionnisme dans la présentation. Tous les textes de Cohen sont impeccablement traduits, et il y a une version française pour chaque contenu publié en anglais. De plus, la navigation est facile. Vraiment, c’est un beau cadeau que nous fait le Musée d’art contemporain.

© Daily tous les jours • Photo : Guy L’Heureux I Heard there was

Body and Soul par les danseurs de l’Opéra de Paris

À défaut de nous présenter des spectacles live à la Place des Arts, Danse Danse nous offre des productions virtuelles à regarder à la maison. Jusqu’au 23 février, on peut voir en première canadienne la captation de Body and Soul de la chorégraphe de Vancouver Crystal Pite, interprété par les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris.

Ils sont 36 sur scène. Ça fait tout un effet, d’autant plus qu’il y a un esprit de corps exceptionnel dans cette compagnie. Les premières images, à cause des mouvements de groupe, des costumes et de la façon de se déplacer, on pense à Joe de Jean-Pierre Perreault. Mais cela s’estompe assez rapidement, car Crystal Pite a vraiment sa signature accentuée par le fait d’une bande-son dans laquelle la voix de la comédienne Marina Hands nomme les mouvements que les danseurs exécutent. Ce procédé permet vraiment d’apprécier la gestuelle de la chorégraphe.

Dans Body and Soul, Crystal Pite explore le vivre ensemble avec tout ce que cela comporte de conflit et de tension dans notre relation avec l’autre, ou avec les autres, quand on est en amour, en rupture, en lutte, en solidarité. Il y a un tableau sublime où les danseurs recréent sous nos yeux l’impression d’une vague qui se casse sur la grève par le seul principe de la chaîne humaine.

La deuxième partie, dansée sur des Préludes de Chopin, est plus classique et compte davantage de duos. Les motifs qui nous ont éblouis en première partie semblent se répéter. L’exécution demeure cependant parfaite. On y apprécie la discipline de ces danseurs rompus aux pointes et aux arabesques.

Malheureusement, on décroche à la troisième partie, alors que Crystal Pite recrée un monde d’insectes sans émotion (les danseurs ont le visage couvert du même latex noir que leurs costumes) qui évoluent sur un plateau très sombre, pas du meilleur effet quand on regarde ça à la télé.

Bref, Body and Soul se termine dans une sorte de confusion qui porte ombrage au départ canon du début du spectacle.

La captation est précédée de courtes entrevues expliquant le programme. La durée totale de cette webdiffusion est de 1h40.

Coût du billet: 16$.

Pour vous mettre en appétit, je vous suggère cette courte entrevue avec Crystal Pite, agrémentée d’images des répétitions (en anglais).

Cinéma en ligne: Some Kind Of Heaven/Le paradis en Floride

Il n’y a pas que les Québécois qui rêvent de passer leur retraite sous le soleil de la Floride. C’est un idéal que partagent de nombreux Américains, comme en témoigne le documentaire Some Kind Of Heaven (Le paradis en Floride en version sous-titrée) qu’on peut voir en ligne sur le site du Cinéma du Parc à compter du 19 février.

Ce film nous amène à The Villages, une des communautés qui connaît la croissance la plus rapide aux États-Unis. Cet ensemble résidentiel protégé (gated community), situé au cœur de la Floride, compte 130 000 résidents venus des quatre coins du pays. Ils ont tous plus de 55 ans, c’est le règlement, et sont à 98,3% Blancs.

Pour son premier long métrage documentaire, le réalisateur Lance Oppenheim, 25 ans, a voulu comprendre pourquoi tant d’Américains sont prêts à couper les liens avec leurs proches pour aller s’exiler dans ce Disney Land pour séniors qui, selon la légende urbaine, compterait un des plus hauts taux de MTS aux États-Unis.

En voyant la bande-annonce, je m’attendais à un autre film, plus axé sur le type de vie qu’on trouve dans cette communauté, plus divertissant. Or il s’avère qu’en cours de route, Lance Oppenheim s’est plutôt concentré sur quatre personnages qui n’ont pas trouvé en ces lieux le nirvana qu’ils souhaitaient.

Pour ma part, je n’ai pas obtenu le plaisir attendu à cheminer avec Anne et Reggie, couple marié depuis plus de 50 ans, au bord de la rupture, Barbara, veuve aussi éplorée qu’égarée dans ce faux bain de jouvence, et Dennis, cruiser impénitent mais jamais satisfait.

Fuego Latino avec le guitariste Daniel Bolshoy et l’Orchestre classique de Montréal

Semaine après semaine, l’offre variée et intéressante provenant du milieu de la musique classique ne cesse de se renouveler. Cette semaine, j’attire votre attention sur le premier concert de l’année de l’Orchestre classique de Montréal (OCM), qu’on connaissait autrefois sous le nom de l’Orchestre de chambre McGill.

C’est le chef et directeur artistique de l’OCM, Boris Brott, qui dirige ce concert intitulé Fuego Latino, parce qu’il propose des œuvres de compositeurs latins, notamment les Espagnols Joaquin Rodrigo et Joaquin Turina.

De Rodrigo, on jouera le magnifique Concierto de Aranjuez. Le soliste est le guitariste Daniel Bolshoy, qui interprétera aussi trois pièces en solo. Daniel Bolshoy est né à Moscou, mais il a déménagé au Canada à l’adolescence. Après un passage à Montréal, on le retrouve maintenant à l’école de musique Hugh Hodgson de l’Université de la Géorgie, où il dirige le programme de guitare, et sur les grandes scènes du monde, où il est très en demande.

Le concert, d’une durée de 70 minutes, a été enregistré à la salle Pierre-Mercure mardi dernier. Il est disponible en ligne sur le site orchestre.ca jusqu’au 2 mars au coût de 20$.