La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Le nouveau show de Daniel Bélanger: du solide

Yé! J’ai retrouvé mon Daniel Bélanger. Après une passe rockabilly (Chic de ville) qui l’a sorti de lui et que je n’ai pas suivie, Bélanger est rentré en lui-même pour redevenir le chansonnier tant aimé. Un chansonnier musclé, car son nouveau spectacle est construit sur des bases rock: guitares électriques, basse, percussions, synthés. Mais même coulé dans le rock, il n’y a pas un succès qu’il reprend qu’on ne reconnaît pas.



Sortez-moi de moi, Les temps fous, Intouchable et immortel, Rêver mieux, Opium, Cruel, elles sont toutes là. Et d’autres encore: Tu peux partir (empreinte de beaucoup d’émotion), Dans un Spoutnik, Te quitter, Le parapluie. Comme Julien Clerc, Daniel Bélanger sait faire plaisir à ceux qui viennent le voir en chantant ce qu’ils veulent entendre.

Et là, dans cet échange entre la scène et la salle, il y a une communion. Rare. C’est aussi beau d’entendre le chanteur que le public qui chante à plein poumon ces mots si joliment tournés.

Évidemment, ce retour sur scène fait suite à la sortie d’un nouveau disque, Paloma, dont il fait quand même six chansons, ce qui représente le quart de son tour de chant. Les nouvelles Il y a tant à faire, Ère de glace et Perdre sont des futurs classiques. On ne peut pas résister à l’envie de chanter avec lui ces nouveaux mots tellement d’actualité: «Il y a tant à faire et ce n’est pas ridicule. C’est comme si c’était facile, s’immiscer dans la lumière d’une longue nuit de l’hiver

Parce qu’il l’a fait seul, l’enregistrement de Paloma a amené Daniel Bélanger à explorer les nouvelles techniques d’enregistrement de la voix. J’ai eu l’impression qu’avec la complicité du sonorisateur Stéphane Grimm, il a amené certaines de ses trouvailles sur scène. Sa voix est plus belle et en forme que jamais et on ne perd rien des mots qu’il chante.

Photo: JF Galipeau
Photo: JF Galipeau

Le casting de cette tournée est aussi une réussite. Bélanger nous ramène un vieux pote de ses débuts, le toujours efficace Jean-François Lemieux à la basse. J’ai découvert Guillaume Doiron, habile guitariste qu’on dirait branché sur le 220. Intrigant à voir aller. À la batterie, on retrouve un prince parmi les musiciens, Alex Mc Mahon. Quelle précision! Et pour compléter le quatuor d’accompagnateurs, Alain Quirion, qui seconde Mc Mahon aux percussions, mais qui officie aussi aux synthés, ce qui inclut un thérémine. Sans oublier une contribution remarquable aux voix, comme il l’a souvent fait pour Marc Déry.

Je ne peux passer sous silence l’habillage visuel de ce show. La conception visuelle de Mathieu Pontbriand, les éclairages de Pascal Fortin et les créations vidéo de June Barry nous donnent l’impression d’être dans une galerie d’art. Un ravissement pour l’œil, comme la dernière fois que j’ai vu Daniel Bélanger au Métropolis – c’était il y a sept ans, nous a-t-il dit au début du spectacle, histoire de mettre les statistiques des scribes à jour.

La beauté avec Daniel Bélanger, c’est qu’il ne se répand pas sur toutes les tribunes. Si on veut le voir, c’est quand il donne un show, et cette rareté décuple le bonheur de le retrouver. À une époque où on dit que les disques ne se vendent plus et que les salles sont difficiles à remplir, l’unique Daniel Bélanger a déjà plus d’une quarantaine de spectacles à son agenda. S’il passe par chez vous, ne le ratez pas; Paloma c’est du solide.

Photo: JF Galipeau
Photo: JF Galipeau

Le jardinier: quand le jardinage devient un art

Avril se pointe le bout du nez, mais les arbres en fleurs ce n’est pas pour tout de suite. À moins que vous alliez au cinéma voir Le jardinier, un magnifique documentaire sur un des plus beaux jardins privés au monde, Les Quatre-Vents, situé dans Charlevoix.

Francis Cabot, l’homme d’un jardin

Qu’a-t-il de spécial ce jardin? Il est la vision d’un seul homme, Francis Cabot, qui en a fait une œuvre d’art, un lieu de toutes les émotions. Il y a d’abord les vues que le jardin offre sur le fleuve, l’Isle-aux-Coudres ou les montagnes avoisinantes; ces vues nous laissent pantois. Il y a aussi la griserie que procurent ces platebandes fleuries qui explosent de couleurs. Le respect qu’imposent les allées d’arbres. Le sentiment de paix que dégagent les plans d’eau ou le pavillon japonais. La surprise qui surgit au détour d’une haie de cèdres lorsque le visiteur découvre le pigeonnier géant, une splendeur. Le sourire que décroche une sculpture représentant un orchestre de grenouilles en cuivre.

Bref, ce documentaire, d’une grande richesse visuelle, nous fait bien ressentir la montagne russe d’émotions que le créateur des Quatre Vents voulait faire ressentir à ses visiteurs lorsqu’il a imaginé les différents tableaux de son jardin.

Ce film a mis du temps à se rendre jusqu’à nous. Le réalisateur Sébastien Chabot a eu beaucoup de difficulté à financer son projet. Peu de gens ont cru que l’histoire de ce jardinier pouvait intéresser un large public. Et pourtant.

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Qui est Francis Cabot?

Le parcours de Francis Cabot est fascinant. En 1965, ce riche homme d’affaires américain hérite d’un manoir à Cap-à-l’Aigle, dans la région de Charlevoix. Le bâtiment historique, et le domaine de 20 acres qui vient avec, est la propriété de sa famille depuis la fin du 19e siècle. Pendant longtemps, Charlevoix est un lieu de villégiature prisé des Américains fortunés, parmi lesquels le président américain William Howard Taft. Francis Cabot y passe ses étés et s’attache à ce pays qu’on dit parfait pour l’horticulture (pas trop chaud en été, épaisse couche de neige qui protège les plants en hiver).

Alors quand il devient le nouveau propriétaire des lieux, Francis Cabot décide de se consacrer, tel un artiste, à la création d’un jardin à l’anglaise autour de sa résidence perchée sur le mont Murray. L’homme y mettra le temps, la patience, et juste à voir la qualité des infrastructures qu’il fait construire, l’argent. Ses moyens semblent sans limites. Pour le pavillon japonais, il fait appel à un ouvrier japonais qui importe tous ses matériaux. Pour aménager l’intérieur du pigeonnier, c’est de la tradition suédoise qu’il s’inspire. Et que dire de l’entretien! Le jardin compte 1000 espèces végétales différentes, certaines qu’il a rapportées de ses voyages à travers le monde. L’une d’elles porte même le nom du québécois qui l’épaule dans sa tâche de jardinier.

Épilogue

Tout ce que je vous raconte, je le tiens de Francis Cabot, dont les confidences sont le terreau de ce documentaire. Sentant qu’il lui restait peu de temps à vivre, l’homme a accordé quatre heures d’entrevue au réalisateur Sébastien Chabot. C’était en 2009, et il est mort en 2011. Quand je vous dis que le film a mis du temps à éclore... Mais je vous rassure, son œuvre lui a survécu.

Le fils Cabot, qu’on voit dans le film, a pris la relève et les visites privées du jardin, initiées par son père, se poursuivent à raison de quatre journées par année. Malheureusement, tous les billets pour 2017 sont déjà vendus. Il reste le film, un bouquet en ce début de printemps timide.

En version originale anglaise au cinéma du Parc, avec sous-titres français au Beaubien.