La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Arion Orchestre Baroque: et si on se laissait surprendre?

Il y a un peu plus de deux semaines, le 13 avril, on apprenait la mort du réalisateur Milos Forman. Son décès a été l’occasion de se souvenir de son formidable film Amadeus, qui a rendu tellement concret l’univers du compositeur Wolfgang Amadeus Mozart. Cette semaine, j’ai revécu une expérience semblable en allant entendre l’orchestre baroque Arion.



Sur scène, le chef invité Lorenzo Coppola, un Romain passionné, m’a littéralement fait voir les personnages de la commedia dell’arte qui habitent certaines compositions de Mozart et de Haydn. Le programme est repris jusqu’à dimanche à la salle Bourgie, rue Sherbrooke Ouest. C’est un vrai ravissement.

La musique classique a souvent quelque chose de sérieux. Ses codes peuvent nous apparaître impénétrables quand on n’est pas spécialiste, ce qui est mon cas. Rien de tout cela au concert d’Arion, qui s’intitule Du sérieux et du comique chez Mozart et Haydn.

Écouter pour voir

La rigueur et la qualité d’exécution sont au rendez-vous, mais rarement ai-je vu des musiciens aussi souriants, s’échanger autant de regards complices, et afficher autant d’expression. En duo avec l’exquise soprano Andréanne Brisson Paquin, le hautboïste Daniel Lanthier roule des yeux charmeurs et dodeline de la tête comme un amoureux sur un nuage dans l’air Vorrei spiegarvi o Dio de Mozart. Dans la Symphonie no 76 de Haydn, les cordes passent de la dentelle à la furie avec la gestuelle idoine. Les bassonistes tiennent leur instrument comme s’il s’agissait d’une guitare électrique. Dans ses présentations, Lorenzo Coppola n’hésite pas à faire de la pantomime pour qu’on comprenne bien la nature des personnages qu’il nous donnera ensuite à entendre.

On a même eu droit à une présentation hypersympathique d’un instrument qui n’a pas l’habitude d’être sur la sellette, le cor. Pierre-Antoine Tremblay, qui en est un virtuose, nous a montré tout ce qui peut sortir de son cor dans le Concerto pour cor en mi bémol majeur, un des quatre que Mozart a composé pour cet instrument durant sa courte vie. Impossible de ne pas être surpris des notes produites par cet instrument dépourvu de pistons. Et bravo à Pierre-Antoine pour l’exercice de vulgarisation.

On me dit que le chef invité a beaucoup travaillé avec ses musiciens pour arriver à casser cette rigidité qu’on associe souvent aux concerts classiques. On pourrait reprendre la phrase de César pour témoigner du résultat: veni, vici, vidi. Il est venu, a vu et il a vaincu. C’était tout sauf coincé.

Bref, ce concert m’a autant diverti qu’instruit. Et la salle Bourgie, avec ses magnifiques vitraux Tiffany, est un lieu extraordinaire pour aller entendre un concert. L’acoustique est parfaite pour un orchestre comme Arion qui, pour ce programme, fait appel à une vingtaine de musiciens.

La salle Bourgie, avec ses magnifiques vitraux Tiffany, est un lieu extraordinaire pour aller entendre un concert. Photo: Claude Deschênes
La salle Bourgie, avec ses magnifiques vitraux Tiffany, est un lieu extraordinaire pour aller entendre un concert. Photo: Claude Deschênes

Un trésor nommé Arion

Ça faisait longtemps que j’avais envie de vous parler d’Arion, parce que c’est un orchestre de haut calibre dans le monde de la musique ancienne sur instruments d’époque. C’est fou le talent qu’il y a chez nous et dont on ne parle pas assez.

Fondée en 1981 par la flûtiste Claire Guimond, cette formation n’a jamais cessé d’explorer le riche créneau de la musique baroque et de s’ouvrir aux meilleurs musiciens du genre, où qu’ils soient dans le monde. La programmation de la 38e saison dévoilée cette semaine en témoigne. Le premier concert de la saison 2018-2019 sera dirigé par le claveciniste Luca Guglielmi, collaborateur de longue date de Jordi Savall.

Parmi les rendez-vous prometteurs à venir, mentionnons une soirée consacrée à l’un des plus grands compositeurs anglais, Henry Purcell, avec les chanteurs du Studio de musique ancienne de Montréal.

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L’essayer c’est l’adopter

On ne peut pas dire que le milieu de la musique classique ne fait pas d’efforts pour attirer le public. Arion propose différents forfaits pour favoriser l’accessibilité à ses concerts. Entre autres, la série des Premières est parfaite pour les parents qui veulent initier les enfants à la musique, les travailleurs qui sortent des bureaux ou ceux qui veulent se faire prendre un peu par la main. Les concerts sont présentés en semaine à 19 h et durent seulement une heure. Un verre de vin est offert avant la représentation. J’ai bien aimé le concept. Ça donne le goût de refaire l’expérience.

Une autre façon de découvrir Arion, c’est par le disque. L’orchestre compte une trentaine d’enregistrements, dont plusieurs ont été récompensés par des prix. Une confidence, ce sont ceux de ma collection de disques classiques que j’écoute le plus.

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