La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

Angèle Dubeau: jouer la bande sonore de nos vies

Angèle Dubeau célèbre 40 ans de carrière et c’est elle qui offre les cadeaux. Son nouvel album Silence on joue, prise 2 (deux CD et un total de 100 minutes de musique) est offert au prix d’un disque! Et pour être certain de faire plaisir, le contenu répond à une demande fréquemment formulée par son public, qui voulait un autre disque de musique de film.

Quatre ans après Silence on joue, vendu à 70 000 exemplaires, la violoniste-chouchou des Québécois a donc de nouveau puisé dans le vaste répertoire des bandes sonores un florilège de musiques qui se prêtaient à des arrangements de cordes. Avec son ensemble La Pietà, elle nous replonge donc dans des films marquants pour leur histoire, mais aussi pour les airs qu’ils nous ont laissés. Qu’on pense à Out Of Africa, The Exorcist, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ou Fiddler on the Roof.

Angèle Dubeau aime à dire que les James Horner (Legends of the Fall), John Williams (Star Wars), Alexandre Desplats (Harry Potter) sont les compositeurs classiques d’aujourd’hui. Plutôt que de répondre aux commandes des princes de Florence et Venise comme Vivaldi et Haendel, ils sont au service des nababs du cinéma et la musicienne prend beaucoup de plaisir à explorer ce répertoire contemporain.

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La recette d’Angèle



C’est captivant d’entendre Angèle Dubeau raconter comment elle a concocté ce nouvel opus, le 40e de sa carrière. D’abord, pas nécessaire pour elle d’avoir vu le film pour sélectionner une pièce. C’est la musique qui importe, et à ce chapitre, la dame a fait preuve d’un grand appétit. Que faire devant l’abondance des titres retenus? Pas de tergiversation. Avec son mari Mario Labbé, patron de la maison de disque Analekta, la décision de faire un disque double n’a pas été longue à prendre. On y a ajouté une pincée de marketing: le premier disque répond au qualificatif sucré à cause du romantisme des compositions et le second est salé parce qu’il s’agit de pièces plus virtuoses.

Une fois le choix fait, Angèle Dubeau se consacre à une écoute en solitaire des musiques choisies et à une analyse des partitions, histoire d’esquisser les textures et les couleurs qu’elle veut donner à chaque pièce. «Je veux apporter quelque chose de nouveau. L’idée n’est pas de faire de la redite», explique-t-elle.

Lorsque son cahier de charges est prêt, elle distribue le travail d’arrangements à différents collaborateurs en fonction de leurs personnalités. Son vieux compagnon de route, Gilles Ouellet, et la vedette montante de l’arrangement au Québec, François Vallières, se sont partagé l’essentiel du boulot, mais on retrouve aussi des pointures comme Helmut Lipsky, Claude «Mégo» Lemay, Antoine Bareil, Andy Keenan et François Dompierre.

Quand le moment est venu de lier les ingrédients dans les studios de l’École de musique Schulich de l’Université McGill, Angèle Dubeau a mis la toque, agissant à fois comme chef et soliste. C’est alors que la pâte lève. «Avec La Pietà, que j’aime appeler mon petit bolide de course, nous arrivons à quelque chose d’organique. On sonne beaucoup plus nombreuses que nous sommes.»

Cette chimie entre Angèle et La Pietà repose sur 20 ans de collaboration. On n’en sort pas, 2016 est l’année des anniversaires. (On peut même ajouter que cela fait 50 ans que notre musicienne joue du violon, elle a commencé à 4 ans.)

Au final, ça donne un disque exceptionnel sur lequel Angèle Dubeau apparaît au sommet de son art et en osmose complète avec son ensemble. Ce produit, qu’on peut qualifier d’unique en son genre dans l’industrie de la musique classique, a tout pour séduire la planète entière.

Chacun aura ses titres préférés. Quant à moi, j’ai été subjugué par Le thème de Yumeji, composé par Shigeru Umebayashi pour In The Mood for Love, transporté par Windmills of your Mind (Les moulins de mon cœur), de Michel Legrand, vivifié par le thème principal de Beverly Hills Cops et le Misirlou de Pulp Fiction.

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La millionnaire du streaming

Rencontrer Angèle Dubeau et Mario Labbé au lendemain du Gala de l’ADISQ nous a forcément amenés sur le terrain de la santé de l’industrie de la musique, mise à mal par les services de musique en continu qui paient chichement les contenus qu’ils diffusent.

Pour Mario Labbé, le nouveau modèle d’affaires est là pour rester, mais il faut impérativement le rendre équitable. Quant à Angèle Dubeau, elle frissonne à l’idée de compter 33 millions de streams en carrière, un rayonnement de son travail qu’elle n’aurait jamais cru pensable. En contrepartie, elle se désole des faibles revenus que ça représente actuellement. Elle a cependant foi que le système va se rééquilibrer en faveur des artistes. Elle admet qu’avoir 40 ans de carrière rend philosophe, ce qui lui permet de trouver que l’essentiel est ailleurs.

«Ce qui me rend le plus fière, c’est de savoir que ma musique accompagne les gens dans leur vie. Dans les petits moments comme dans les grands. Dans la joie et la douleur.»

Et on peut la croire, car Angèle Dubeau est le genre de personne qui passe de la parole aux actes. En novembre, elle donnera, avec la Pietà, une série de concerts gratuits dans différentes résidences pour aînés et centre médicaux pour enfants. Pour que sa musique accompagne les gens, pour que sa musique soit la bande sonore de nos vies.

Mon coup de cœur

Notman, un photographe visionnaire

Décidément la photographie ne cesse de me faire de l’œil. J’ai succombé cette semaine à une expo consacrée au photographe William Notman (1826-1891). Il y a 60 ans, le Musée McCord se voyait confier les Archives photographiques de Notman, soit 450 000 photos dont 200 000 négatifs.

William Notman, La place d’Armes et l’église Notre-Dame, Montréal, 1876 ©Musée McCord Négatif sur verre inversé
William Notman, La place d’Armes et l’église Notre-Dame, Montréal, 1876. ©Musée McCord. Négatif sur verre inversé.

Pour le 375e anniversaire de Montréal, le musée ravive le souvenir de cet illustre Montréalais avec une exposition aussi fabuleuse par son contenu que sa présentation. Oui il y a de vieilles photos jaunies, mais il y a aussi tout un travail de mise en scène qui nous permet d’apprécier l’immense contribution de Notman à la photo, ses techniques innovantes pour l’époque, son sens du portrait, son souci de nommer le territoire en montrant aux citoyens des paysages du pays qu’ils habitent et sa détermination à démocratiser ce qui était un art nouveau. C’est un voyage à la fois dans le temps, dans un Montréal prospère, un Canada en construction et au cœur d’une modernité qui a 100 ans

aujourd’hui. Ça ne nuit jamais de savoir d’où l'on vient.

Wm Notman & Son Mlle Evans et des amies, 1887 Négatif sur verre inversé © Musée Mccord
Wm Notman & Son. Mlle Evans et des amies, 1887. Négatif sur verre inversé. © Musée Mccord.

L’exposition Notman, Photographe visionnaire est à l’affiche du Musée McCord jusqu’au 26 mars et elle sera ensuite présentée au Musée d’Histoire de Gatineau.