La chronique Culture avec Claude Deschênes

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

2016 revue et corrigée: pas que du bon

Décembre. C’est le moment de rembobiner et de se rejouer l’année écoulée. Au Théâtre du Rideau Vert, ça fait 12 ans que Revue et corrigée lance le bal des bilans humoristiques.



Qu’est-ce qui a retenu l’attention en 2016? Rien pour se réjouir. L’arrivée de Donald Trump. L’austérité des libéraux. La méchanceté de Mike Ward. La pugnacité des pitbulls. P. K. Subban échangé. Et toutes ces vedettes décédées.

Pas facile de construire une revue humoristique sur de telles bases. Alors, qu’est-ce qu’on fait? On mélange les genres, les sujets, les personnages pour créer les situations les plus absurdes qui soient et essayer d’en rire.

Ainsi, les auteurs de 2016 revue et Corrigée, menés par le script-éditeur René Brisebois, ont eu l’idée de soumettre Donald Trump, nouveau président désigné des États-Unis, à une interview menée par Marina Orsini. Après tout, elle a l’expérience des goujats: Marc Gagnon de Lance et compte et Ovila Pronovost des Filles de Caleb. L’échange est amusant, car l’imitation que François Maranda fait de l’animatrice est truculente.

François Maranda et son excellente imitation de Marina Orsini. Photo: François Laplante Delagrave
François Maranda dans son excellente imitation de Marina Orsini. Photo: François Laplante Delagrave

Pour railler la pingrerie du gouvernement libéral, les scripteurs font un clin d’œil à Mary Poppins, le succès de l’été de Juste pour rire. Lorsque le personnage de la bonne atterrit dans le bureau du premier ministre Couillard, elle lui dira, devant son air éberlué, «ce n’est pas la première fois que vous voyez quelqu’un voler». Et vlan! Ensuite, elle lui chante «super-colon-coupeur-de-fonds-effronté-et-odieux» sur l’air de «supercalifragilisticexpialidocious». Le personnage de la ministre Lise Thériault répliquera en traitant la bonne au parapluie de «Mary Pas-Fine».

Clin d’œil à Mary Poppins. Photo: François Laplante Delagrave.
Clin d’œil à Mary Poppins. Photo: François Laplante Delagrave.

Autre bon flash, la série Célibataires et nus, qui a tant fait jaser, devient Divorcés et nus, avec Brad Pitt et Julie Snyder dans leur plus simple appareil, les organes génitaux brouillés, comme à la télévision. Je vous garde le punch, il y a une grosse surprise qui sort du buisson.

Divorcés et nus, avec Brad Pitt et Julie Snyder. Photo: François Laplante Delagrave.
Divorcés et nus, avec Brad Pitt et Julie Snyder. Photo: François Laplante Delagrave.

Depuis quelques années, il y a des personnages récurrents dans la production de fin d’année du Rideau Vert. Denis Lévesque, Claude Poirier, Pierre Bruneau, Rogatien le chauffeur de taxi, associés à l’empire Québecor, sont disparus, remplacés par des têtes de Turc radio-canadiennes, comme Pénélope McQuade et Anne-Marie Dussault, qui prend les traits d’une douanière qui interroge Marine Le Pen à son arrivée à l’aéroport. L’animateur de Découverte, Charles Tisseyre, nous revient pour traiter du virus Zika. Pour mettre du piquant et faire un clin d’œil aux Dieux de la danse, l’explication scientifique se fait en dansant avec un moustique!

Charles Tisseyre et le virus Zika. Photo: François Laplante Delagrave.
Charles Tisseyre et le virus Zika. Photo: François Laplante Delagrave.

Pour traiter du phénomène du burkini, c’est à Fred Pellerin qu’on a pensé. Son conte se termine par une chute qui égratigne bien comme il faut les médias qui ont sauté sur cette histoire d’un été sans nouvelles.

On nous ramène aussi Ron Fournier, chez le psy cette fois-ci, parce qu’il ne se remet pas de l’échange de P. K. Subban. Moi qui n’en pouvais plus de ce personnage l’an dernier, j’ai juste envie de dire : «Enfermez-le une fois pour toutes!»

Quant à Céline Dion, qui est de chaque édition de Revue et corrigée, le numéro qu’on a construit autour de ses déclarations ésotériques sur les beautés du Québec manque franchement d’inspiration.

Pour rester dans les bémols, la parodie de Mike Ward au Téléthon Opération Enfant Soleil a quelque chose de déplaisant, comme le personnage dont on se moque. Même problème avec le numéro sur Louis Morissette et celui sur La voix junior. Les auteurs peinent à donner un ton humoristique et subtil à leurs vignettes. Ça finit par ressembler à un règlement de compte.

La Voix Junior. Photo: François Laplante Delagrave.
La Voix Junior. Photo: François Laplante Delagrave.

L’année 2016 a été marquée par le décès de nombreuses personnalités aimées du public. L’hommage qu’on leur rend prend la forme d’un medley musical dans lequel les cinq comédiens chantent en canon des airs connus des disparus. Bien fait.

Pour la première fois depuis des années, Suzanne Champagne n’est pas de la distribution. Je me suis ennuyé de sa présence joviale et de son grand sens du comique. Mais je lève mon chapeau à Amélie Grenier (elle fait un retour après neuf ans d’absence), Martin Héroux, François Maranda, France Parent (hilarante en Pénélope McQuade), Julie Ringuette et Marc St-Martin. Ce qu’on leur demande tient de l’exploit. Chaque soir, tous jouent, chantent, dansent, imitent et se changent à la vitesse de l’éclair. Si j’avais à choisir parmi eux l’employé de l’année, je donnerais le titre à Marc St-Martin. Pour moi, il est plus que jamais l’image de marque de cette revue humoristique. Cette année, il ajoute Denise Filiatrault à sa galerie d’imitations et il la réussit parfaitement.

En somme, cette version 2016 de Revue et corrigée a beau compter plusieurs bons moments, force est de constater que la proposition a perdu en effervescence pour ce qui est du contenu. La production semble aussi avoir souffert de l’austérité. Moins de musique, de projections. Plus pauvre en costumes et décors. On peut espérer que ce sera mieux l’an prochain, car la troupe clôt le spectacle en chantant la promesse que 2017 sera parfaite.

Mon coup de cœur

La 7e édition de Luminothérapie

C’est un remède qui combat la déprime d’hiver urbaine pour la septième année consécutive. L’événement Luminothérapie du Partenariat du Quartier des spectacles est de retour à la place des Festivals. Cette année, l’installation lumineuse, ludique et interactive s’appelle Loop. Olivier Girouard et Jonathan Villeneuve ont créé une machine qui permet d’activer un film d’animation en ramant. Jamais Luminothérapie ne s’est aventurée dans une mécanique aussi complexe. La machine est constituée d’un cylindre de deux mètres de diamètre dans lequel deux personnes peuvent prendre place face à face. En activant le mécanisme, on fait dérouler une série de dessins qui s’animent sous les yeux des rameurs et de ceux qui les observent. Et croyez-moi, il faut ramer vite pour obtenir l’illusion parfaite du mouvement! Ça réchauffe!

Photo: Ulysse Lemerise.
Photo: Ulysse Lemerise.

Il y a 13 zootropes géants sur la place et chacun raconte son histoire inspirée de contes pour enfants bien connus. Le visuel, signé par l’entreprise Ottoblix, est aussi repris dans les projections qui sont faites sur le mur de l’édifice Wilder, qu’on utilise pour la première fois. Loop anime le cœur du Quartier des spectacles jusqu’au 29 janvier.

Photo: Ulysse Lemerise.
Photo: Ulysse Lemerise.