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10 septembre 2019Auteur : Maxime Johnson

Un avenir prometteur pour les batteries lithium-ion au Québec

Les voitures électriques de demain pourraient être propulsées par des batteries lithium-ion entièrement produites au Québec. Tour d’horizon du potentiel de la province à toutes les étapes de la vie de ces batteries.

Avant la fabrication: une matière première abondante

De la Coalition avenir Québec (CAQ) à Québec solidaire, les partis politiques québécois s’intéressent de plus en plus ouvertement aux batteries lithium-ion qui équipent les voitures électriques. Ce n’est pas un hasard. La province possède en effet le troisième plus important gisement de lithium au monde. Et la demande pour ce métal devrait carrément exploser au cours des prochaines décennies.

Les batteries lithium-ion sont utilisées dans une multitude d’appareils électroniques à l’heure actuelle, des ordinateurs portatifs aux téléphones intelligents. Ce sont toutefois les véhicules électriques qui devraient stimuler le plus leur croissance au cours des prochaines années. Selon une étude publiée la semaine dernière par l’organisme Propulsion Québec et la firme KPMG, le nombre de véhicules électriques vendus en 2030 pourrait en effet être jusqu’à 26 fois plus important qu’à l’heure actuelle.

En plus du lithium, le Québec compte aussi sur son territoire du graphite, du nickel, du cobalt, de l’aluminium, du fer, du phosphate, du manganèse et du cuivre, d’autres métaux intéressants pour la production de batteries lithium-ion.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne, la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a d’ailleurs plaidé non seulement pour que le Québec poursuive le développement de cette industrie minière, mais aussi pour qu’il prenne un contrôle majoritaire dans les mines actuelles et dans les projets futurs.

Une fabrication locale possible (mais complexe)

Le Québec n’a pas seulement le potentiel pour extraire le lithium. La province possède aussi un écosystème pour assurer la conception et la fabrication des batteries elles-mêmes.

Ici aussi, le Québec a quelques cartes dans son jeu. Sa proximité géographique avec les constructeurs automobiles américains, son énergie propre et abordable et ses coûts d’exploitation peu élevés pour l’Amérique du Nord jouent notamment en sa faveur.

Et comme le rappelle la firme KPMG dans son étude, «tant les États-Unis que l’Union européenne ont identifié le risque stratégique majeur d’une dépendance totale de leurs industries automobiles à l’Asie, et principalement la Chine, en matière d’approvisionnement de cellules» (NDLR, les éléments qui composent les batteries).

Les défis à relever sont toutefois nombreux. La concurrence est féroce, avec la construction de plusieurs usines du genre prévue aux États-Unis. Les acteurs québécois sont aussi à la fois peu nombreux, relativement petits, ne possèdent pas l’expérience industrielle de la production de cellules lithium-ion et sont peu intégrés aux chaînes d’approvisionnement et logistique mondiales existantes.

Le développement d’une telle filiale demanderait aussi des investissements gouvernementaux significatifs. La construction d’une usine à elle seule pourrait d’ailleurs coûter entre 1,8 et 2,9 milliards de dollars, selon les premières estimations de KPMG.

Des technologies prometteuses pour le recyclage

Une industrie lithium-ion au Québec pourrait aussi comprendre le traitement des batteries en fin de vie.

S’il est difficile de recycler les batteries du genre à l’heure actuelle, plusieurs technologies de production à venir pourraient faciliter ce processus. Combiné à un prétraitement manuel des batteries, ce qui serait facilité si le Québec produisait ses propres cellules, le recyclage hydrométallurgique pourrait ainsi permettre de récupérer la plupart des métaux et composantes non métalliques d’une batterie, et de les réutiliser dans des piles neuves.

Ici aussi, le secteur québécois du recyclage de batteries devra subir des transformations importantes, mais les efforts pourraient en valoir la peine. Au Québec seulement, le nombre de batteries en fin de vie pourrait atteindre 88 000 en 2030. Les usines québécoises auraient aussi accès au marché nord-américain, qui devrait pour sa part s’élever jusqu’à 756 000 batteries, selon l’analyse de KPMG.

L’intérêt du gouvernement québécois pour les batteries lithium-ion est clair. Reste maintenant à voir à quel point les investissements et les efforts seront fournis pour développer l’ensemble de la filière des batteries lithium-ion, ou si seulement certains aspects seront mis de l’avant.

Comme le fait remarquer KPMG, tous ces éléments pourraient être développés individuellement, «mais une action intégrée et simultanée présenterait plus de bénéfices». Le Québec pourrait maximiser ses richesses en transformant le minerai de lithium ici même plutôt qu’en l’exportant simplement, et tant les ressources naturelles que le développement des activités de recyclage viendraient renforcer la production de cellules lithium-ion.

C’est le plan que Québec semble vouloir privilégier pour l’instant. Reste à voir si des actions concrètes seront mises de l’avant avant qu’il ne soit trop tard pour pénétrer ce marché, et si le secteur privé sera au rendez-vous lui aussi.