Photo: Lukasz Szmigiel, Unsplash
21 mai 2020Auteure : Anne Pélouas

Retour à la nature: des règles et des espoirs

Pour permettre le retour d’un accès à la nature ordonné et progressif, les règles et conseils fusent désormais de partout. Tour d’horizon pour s’y retrouver avant le grand saut dans nos bois, sur nos sommets ou nos plans d’eau…



Le 20 mai a marqué la réouverture très attendue de presque tous les parcs nationaux du Québec, marquant d’une pierre blanche le début d’une aventure inédite à la sauce COVID-19. Le déconfinement au Québec progresse lentement mais surement, espère-t-on, mais pour le réussir, chacun doit y mettre du sien, y compris dans le milieu du plein air et autant du côté des entreprises ou gestionnaires de parcs que de ceux qui trépignent de faire de la randonnée, du vélo, du canot ou du kayak. Voici quelques balises pour s’y retrouver.

Activités de plein air autorisées

Le 14 mai, le gouvernement québécois a annoncé la reprise graduelle des activités sportives et de plein air partout au Québec, sous réserve du respect de règles de santé et de sécurité.

  • Sont notamment concernés: le canot, le kayak, l’escalade de roche, le kitesurf, le surf, la planche, la plongée, la randonnée pédestre ou équestre, la natation, le patin à roulettes, la voile. Le vélo avait déjà été permis.
  • La pratique «libre non organisée» individuelle ou à deux sans contact physique est seule autorisée, sauf pour les personnes vivant sous un même toit. Pas de sorties de groupe ni guidées pour l’instant.
  • Seules les sorties à la journée sont possibles, sans hébergement ou camping sur place.
  • La circulation interrégionale et les déplacements longue distance sont à éviter.
Photo: Heberti Almeida, Unsplash

On s’occupe de vous, occupez-vous de vous (et des autres)

L’organisme Rando Québec, associé notamment à Aventure Écotourisme Québec, à Vélo Québec, aux parcs régionaux et au Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air de l’Université du Québec à Chicoutimi, a travaillé d’arrache-pied ces derniers temps à aider le milieu à adopter les meilleures règles d’adaptation à la situation, notamment pour la distanciation physique et la propreté d’installations et de matériels. L’organisme, qui fédère de nombreux clubs de marche, vient aussi d’édicter un «code de conduite des pratiquant·e·s en contexte de pandémie de COVID-19». L’idée, comme le soulignait le 18 mai Marie Tison dans La Presse, est que «cette première phase de déconfinement se passe bien pour ne pas devoir reculer en chemin». Nicholas Bergeron, directeur technique à Rando Québec, a l’espoir que cela permette de «garder les sentiers ouverts».

Dans un deuxième temps, si tout se passe bien, la distance des déplacements suggérés pourrait être augmentée, l’espoir étant de ne plus avoir de restrictions de déplacements au Québec cet été.

  • Le code, en tableau synthétique, présente aux randonneurs les différentes règles à suivre pour adapter leur conduite à la situation actuelle.
  • Les règles sanitaires de base édictées par la Santé publique s’imposent aux amateurs de plein air: lavage de mains, tousser dans son coude, distanciation physique de deux mètres, interdiction de rassemblement, par exemple.

S’y ajoutent selon le code:

  • Être autonome: en eau, nourriture, masque, gel hydroalcoolique, lunettes de soleil ou de vision pour se protéger les yeux.
  • Utiliser votre gel sur toute surface touchée par d’autres.
  • Respecter les fermetures de sites, de bâtiments et de sentiers.
  • Utiliser si possible vos propres équipements (de randonnée ou de canot-kayak).
  • Éviter de vous placer en situation dangereuse qui pourrait nécessiter une intervention d’urgence.
  • Garder vos chiens en laisse longue de 1,5 m maximum.
  • Adopter un comportement respectueux de l’éthique du plein air Sans trace.
Photo: Jon Flobrant, Unsplash

En sentier, le code de conduite suggère fortement au randonneur de:

  • Changer de plan si le site convoité est plein.
  • Respecter la signalisation, par exemple en cas de sens unique de circulation.
  • Respecter la capacité maximale de présence aux belvédères, points de vue, sites de pause, en laissant votre place aux nouveaux arrivants.
  • Conserver la distance de 2 mètres chaque fois que possible. En cas de croisement sur un sentier, la priorité va aux personnes en montée. Immobilisez-vous en leur tournant le dos ou en vous couvrant bouche et nez. En dépassement, prévenez la personne avec courtoisie, celle-ci appliquant la règle précédente.
  • Éviter si possible l’utilisation d’aides à la progression (mains-courantes, arbres, branches, roches) que d’autres peuvent toucher ou se désinfecter les mains.
  • Éviter si possible l’utilisation des toilettes sèches.

Dans un parc national pas trop loin de chez vous

Si Parcs Canada annonce la réouverture de certains de ses sites au 1er juin (sans camping avant le 21 juin), la SEPAQ a redonné accès à la plupart des parcs de son réseau depuis le 20 mai. Ceux des Monts-Valin et de la Pointe-Taillon n’ouvriront que le 29 mai, le parc de Miguasha, le 19 juin et celui d’Anticosti, le 20 juin. Le parc de la Chute-Montmorency, près de Québec, n’est ouvert depuis le 20 mai qu’en accès piétonnier. Les réserves fauniques ouvrent pour la pêche à des dates variées en juin. Consultez le site de la SEPAQ pour connaitre les dernières nouvelles de chaque parc.

  • La randonnée, le vélo et la pêche à la journée sont les seules activités possibles.
  • Les sentiers pédestres ouverts sont limités en nombre.
  • Les droits d’accès doivent être payés d’avance: 8,90$ par personne (gratuit jusqu’à 17 ans); 80,25$ pour la carte annuelle des parcs; 44,50$ pour un seul parc. Imprimez vos droits d’accès ou faites une capture d’écran sur votre téléphone cellulaire.
  • La SEPAQ prend le même type de mesures que le code de conduite de Rando Québec concernant l’entretien, la sécurité, l’accès limité aux activités ou aires communes.
  • Les bâtiments de services, y compris les toilettes, demeurent fermés.
Photo: John Sekutowski, Unsplash

Toilettes ou poubelle en plein air?

Si l’on comprend la crainte que l’utilisation des toilettes sur les sites de plein air puisse être source de propagation du virus, j’ai du mal à accepter qu’on ouvre des parcs comme ceux de la SEPAQ tout en fermant leurs toilettes aux visiteurs. On voit mal comment ils pourront passer une journée en plein air sans avoir besoin d’y aller… Les fermer, au motif qu’il est «risqué» de les fréquenter ou parce qu’on ne veut pas prendre la responsabilité de les nettoyer adéquatement plusieurs fois par jour, me semble une grossière erreur. Au lieu d’inciter les visiteurs à être encore plus vigilants pour se nettoyer et se désinfecter les mains après un passage aux toilettes, elle ouvre la porte à tous les abus par ceux qui n’appliqueront pas le principe du «Sans trace» quand ils iront dans le bois (ou à l’arrière des toilettes fermées) pour se soulager…

Curieusement, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a publié le 19 mai un guide de normes sanitaires en cette période de déconfinement, assorti d’outils spécifiques pour le secteur des activités de loisirs, de sport et plein air. On n’y trouve nullement mention d’une recommandation de fermeture de toilettes, mais plutôt celle que les toilettes et autres blocs sanitaires soient «nettoyés à chaque quart de travail et désinfectés tous les jours».

En attendant que les toilettes ouvrent dans nos parcs, le minimum que vous puissiez faire est de transporter du papier toilette avec vous ainsi qu’un petit sac en plastique qui se referme, pour y mettre vos papiers «souillés» et ne pas les laisser à la vue des autres, d’autant qu’ils mettent des années à se biodégrader! Une saine habitude à conserver pour toujours…