Photo: Anne Pélouas
29 août 2019Auteure : Anne Pélouas

Plein air en Chaudière-Appalaches avec un passionné

Dans le milieu du plein air, il y a des êtres à part, qu’on aime rencontrer parce qu’ils ont le goût du partage, une générosité sans borne et une ardente passion pour une ou plusieurs activités. C’est le cas de Christian Joncas, que j’ai rencontré en juin.

Je ne sais plus très bien qui m’avait donné son nom, que j’avais noté sur un bout de papier en me disant que, lorsque je passerais par la région de Chaudière-Appalaches, j’essaierais de le voir. En juin dernier, l’occasion s’est présentée alors que je partais de Montréal en direction du Bas-Saint-Laurent.

Me voici donc, par une belle journée ensoleillée, quittant l’autoroute 20 pour emprunter avec délice cette «route des navigateurs» que j’aime tant sur la rive sud du Saint-Laurent. Pourquoi? Parce qu’elle passe au plus près du fleuve et traverse les jolis villages qui se succèdent après Lévis: Beaumont, Saint-Michel-de-Bellechasse, Saint-Vallier, Berthier-sur-Mer, puis, après Montmagny, L’Islet, Saint-Jean-Port-Joli, Saint-Roch-des-Aulnaies. Je ne me lasse pas de retrouver leurs églises et maisons ancestrales, leurs rues ombragées, leurs petites boutiques, cafés et boulangeries artisanales. Et surtout leurs échappées visuelles sur le grand fleuve.

Cette fois-ci, pourtant, j’allais carrément lui tourner le dos pour m’enfoncer dans la campagne, en ligne droite vers le sud de Saint-Roch-des-Aulnaies. Territoire méconnu que cette «Côte-du-Sud» qui se déploie en arrière de la rive jusqu’à la frontière du Québec avec le Maine. Je n’irai pas si loin, quelques kilomètres à peine, mais je plongerai en plein monde agricole et végétal! Les champs cultivés s’étendent à perte de vue, coupés par quelques rivières et forêts, puis les montagnes (celles de la chaîne des Appalaches) reprennent vite leurs droits. C’est bucolique à souhait.

Entre deux rangs, je tourne à gauche sur le chemin de Vieux-Fronteau, là où se trouvent les imposants bâtiments d’une ferme et une maison en briques blanches. C’est là que vit Christian, qui m’accueille en bermuda, un grand sourire sous la casquette.

Photo: Anne Pélouas

Producteur de lait bio pendant 28 ans, il a vendu sa ferme fin 2017 et consacre la majeure partie de son temps à profiter d’activités de plein air et à faire du bénévolat. Cofondateur du Club de plein air Des Aulnaies, il en est l’un des membres les plus actifs. J’aime bien le slogan du club: «Tout le monde dehors!» Lui-même n’hésite jamais à faire plaisir à ceux qui viennent le voir, louant notamment ses kayaks de rivière.

En kayak sur la rivière Ferrée

Nous voilà justement ensemble à l’arrière de chez lui, mettant à l’eau les kayaks pour une balade sur la rivière Ferrée, qui serpente au milieu des champs. On ne les voit guère sans mettre pied à terre, car le cours d’eau est bien encaissé, à l’abri du vent, avec des pentes raides de deux à trois mètres par endroits.

Du printemps à l’automne, on pagaie sur 1,5 kilomètre à contre-courant (léger) sur la rivière tout en méandres, jusqu’à atteindre un petit rapide qui barre la «route», obligeant à faire demi-tour. Le cours d’eau est très ombragé parfois, avec la canopée des arbres qui se referme quasiment au-dessus de lui. Ailleurs, les rives sont envahies de fougères géantes et l’on se fraie un passage dans cet univers végétal hors du commun. C’est beau à voir et à entendre, avec les oiseaux qui chantent et le murmure de la rivière. La balade est courte, mais bien sympathique, et idéale pour les familles.

Au printemps (du 20 avril à la fin de mai), les plus aguerris descendent sur plus de 11 kilomètres une autre section de la rivière, alors nettement plus tumultueuse, de Sainte-Louise au pont de l’autoroute 20.

Photo: Anne Pélouas

En fatbike électrique dans la campagne

Au retour de ce périple tranquille, Christian ouvre la porte de sa grange et me montre (à côté de quelques belles motos) sa petite «flotte» de vélos à assistance électrique, tous plus originaux les uns que les autres, dont un aux allures de petite moto ancienne. L’occasion est trop belle de partir faire un tour. J’embarque sur l’un des fatbikes électriques et mesure déjà sa puissance hors normes sur l’allée de gravelle menant à la première route. De là, j’irai m’épivarder dans la campagne, rejoindre le Méandre, sur la route de l’église de Sainte-Louise; ce site extérieur d’interprétation du bassin de la rivière Ferrée est superbe pour piqueniquer et mettre à l’eau des kayaks.

Je grimperai sur un coteau pour admirer les champs de haut, descendant ensuite à bonne vitesse, histoire de me griser un peu, sans oublier tout de même que le vélo électrique, pour un sportif ou simple amateur de plein air, n’est pas un moyen de transport sans effort à fournir, mais plutôt une façon de moduler cet effort pour faire plus de distance tout en profitant du paysage.

La prochaine fois, promis, je me lance à l’assaut des monts du Pinguet et du sommet des Aulnaies, au sud-est de la rivière Ferrée, et je m’en vais voir les vestiges des moulins à farine qui se trouvaient autrefois au bord du cours d’eau jusqu’à son embouchure dans le Saint-Laurent. Je voudrais bien aussi prendre rendez-vous pour une sortie sur le voilier de Christian. Car il adore (aussi) emmener du monde sur son «DesÔnaies», un Benetto de 32,5 pieds, y compris pour un «baptême à la voile» sur cette belle portion du fleuve à l’est de l’archipel de Montmagny.

Photo: Anne Pélouas

Bon à savoir

  • Il n’en coûte que 5 $ pour la mise à l’eau de votre propre kayak et 30 $ par demi-journée, par personne, pour en louer un.
  • Le Club de plein air Des Aulnaies est ouvert à tous, à la condition d’être admis dans son groupe Facebook, qui offre une plateforme gratuite pour participer ou organiser des sorties de kayak, randonnée, ornithologie, ski de fond ou raquettes.
  • En partant vers Saint-Roch-des-Aulnaies, ne manquez pas un arrêt à l’une des meilleures adresses de Christian: la boulangerie «Du pain… C’est tout!», de la Seigneurie des Aulnaies. Les pains au levain de Charles Létang feront fureur au pique-nique comme à la maison. Il a déjà gagné le prix du «Meilleur artisan boulanger utilisant des produits certifiés biologiques du Québec» et celui de la «Meilleure baguette au levain biologique», c’est dire. Et quant à moi, ma farine de sarrasin préférée au Québec vient depuis toujours du moulin de la Seigneurie des Aulnaies.