La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Un été exceptionnel?

On a abondamment parlé des problèmes liés aux questions sanitaires, du manque de main-d’œuvre et des comportements déplorables de certains touristes, de Percé à Petit-Saguenay. Mais au fil de mes virées estivales et discussions avec divers acteurs de l’industrie touristique, j’ai réalisé que plusieurs sont aussi ravis par la tournure des événements. Leur point commun? Se trouver loin des grands centres urbains.



Dès le début de juillet, au Lac-Saint-Jean, l’Auberge des îles de Saint-Gédéon et le Domaine des Trois-Îles, à Saint-Félicien, affichaient presque complet pour l’été, malgré les annulations des touristes de l’étranger. Idem à l’Auberge du Lac Taureau, dans Lanaudière. Et je ne parle même pas des campings, qui ont vu défiler nombre de nouveaux adeptes cet été!

À la recherche de nature et d’espace, les Québécois semblent avoir redécouvert les régions éloignées. Au parc régional des Grandes-Rivières du lac Saint-Jean, inauguré en 2016 et encore méconnu, le directeur, Dominique Gobeil, parle d’une augmentation des réservations d’environ 256% pour ses 20 emplacements de camping sauvage répartis dans quatre secteurs. «La pandémie aura fait en sorte que certains nous ont découverts, dit-il. Ce gain de notoriété va demeurer.»

Le parc régional des Grandes-Rivières du lac Saint-Jean a connu une augmentation des réservations d’environ 256% pour ses 20 emplacements de camping sauvage.

À l’île aux Lièvres, dans le Bas-Saint-Laurent, les chalets ont rapidement trouvé preneurs dès l’ouverture des réservations en juin. Côté camping, Mélanie Doré, de la Société Duvetnor, parle «d’une année record».

Aux Îles-de-la-Madeleine, les réservations à l’Auberge La Salicorne sont allées bon train, malgré la complexité des déplacements interprovinciaux. «C’est une première d’avoir autant de monde après la mi-septembre», observe Rosemarie Leclerc, directrice adjointe.

Tourisme Abitibi-Témiscamingue a pour sa part effectué un sondage auprès de ses membres au milieu de l’été, histoire d’avoir un aperçu de la situation. 18% des répondants ont estimé que leur saison touristique se déroulait très bien à ce jour, 28%, bien, et 23%, mieux qu’ils ne le pensaient.

Fait intéressant, 56% des visiteurs provenaient alors de l’Abitibi-Témiscamingue, alors que 15% arrivaient de la grande région de Montréal et 26% du reste du Québec. «Nous sommes globalement satisfaits de ces chiffres, car nous avons notamment déployé une campagne de promotion intrarégionale qui a porté fruit en invitant les gens de la région à découvrir ou redécouvrir leur coin de pays et ses richesses, souligne Guillaume Travert, coordonnateur marketing. Aussi, la grande région de Montréal a toujours été l’une de nos principales clientèles cibles pour l’été.»

Lac Témiscamingue, Parc national d'Opémican © Louis Jalbert 2019

La nature d’abord

«C’est notre meilleure année, m’a également confié Michel Leclair, fondateur du parc nature Éco-Odyssée à Wakefield, dans l’Outaouais, où il est possible de parcourir un labyrinthe d’eau en pédalo, en canot ou en planche à pagaie. Les gens de la ville avaient besoin de nature. Quand les familles viennent, elles sont seules dans les embarcations. Ce sont des activités très recherchées.»

Photo: Parc nature Éco-Odyssée

Même son de cloche du côté du Moulin Wakefield, qui se trouve non loin d’Éco-Odyssée. «Nous avons eu le meilleur été de notre histoire, a lancé Gabriel Milling, directeur marketing, lors d’une visite de l’établissement, la semaine dernière. Nous avons eu un taux d’occupation très élevé et davantage de clients au restaurant. […] Nous recevons plus de gens de Montréal et Toronto qu’avant. Le mois d’août a été particulièrement occupé.»

Bien entendu, la situation est différente pour les entreprises qui ont dû réduire leur capacité afin de répondre aux directives de la santé publique. L’engouement soudain pour certaines destinations a aussi entraîné son lot de problèmes, par exemple en Minganie, où la pénurie de main-d’œuvre est criante et les infrastructures nécessaires pour soutenir un tel afflux soudain de visiteurs, inadéquates.

«La Gaspésie va bien», a quant à elle écrit la journaliste Marie-Claude Lortie dans La Presse le 24 août dernier, précisant que «les foules et les malotrus qui ont fait la manchette durant les vacances de la construction sont repartis de la péninsule».

Ceux qui ont le plus souffert de la situation restent sans contredit les grands centres urbains, qui continuent de faire peur à bien des gens des régions les moins touchées par la pandémie.

Alors que les initiatives se multiplient pour dynamiser les quartiers malgré l’absence de festivals, la métropole souhaite convaincre les Montréalais de se réapproprier leur ville et attirer les visiteurs de l’extérieur. Pourquoi ne pas profiter des belles journées de septembre pour aller flâner dans les rues piétonnes? Pour ma part, je me promets un voyage dans l’univers de Dany Laferrière, en vedette dans l’exposition Un cœur nomade, dans le Quartier des spectacles.

L’univers de Dany Laferrière est en vedette dans l’exposition Un cœur nomade, dans le Quartier des spectacles, à Montréal. Photo: JF Savaria

Pour s’inspirer, on consulte le site de Tourisme Montréal et de Bonjour Québec.