La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Repartir ou pas?

Alors que la deuxième vague fait vaciller même les plus solides d’entre nous, pouvons-nous nous autoriser enfin à élaborer des plans pour aller changer d’air?



Sept mois. Sept mois que dure le vendredi 13 le plus long de l’histoire. On a été sages. On a revu nos plans de vacances. On a profité de la belle saison pour explorer notre coin de pays. On a célébré ses beautés. On s’est gavé de soleil, de repas dans nos restos favoris et de vin québécois. Alors que la deuxième vague fait vaciller même les plus solides d’entre nous, pouvons-nous nous autoriser enfin à élaborer des plans pour aller changer d’air?

En découvrant des contrées fabuleuses, je me suis souvent pincée pour m’assurer que je n’étais pas en train de rêver. Mais le faire pour être certaine que je ne suis pas coincée dans un cauchemar, c’est bien la première fois. Rendons-nous à l’évidence: on ne se «réveillera» pas. Il faut composer avec ce scénario boiteux, qui met en vedette un parasite aux multiples visages, un président mégalo, narcissique et manipulateur et une foule de personnages secondaires qui semblent davantage sortis d’un film de série B que d’un monde où la science n’est pas de la fiction.

Entre les fausses nouvelles, les phrases creuses et les revendications de chacun, la fatigue est bien réelle. Partout, je vois des gens épuisés, ne serait-ce qu’à force d’aller contre nature. Octobre vient à peine de débuter que bien des enseignants et membres du personnel des écoles ont la langue à terre. Des quidams s’engueulent pour un oui ou pour un non sur les réseaux sociaux, comme si leur vie en dépendait.

La vérité, c’est que malgré l’hiatus estival et tout le bien qu’il nous a fait, on aurait maintenant besoin de vacances du contexte étouffant dans lequel nous évoluons depuis des mois. Besoin d’une pause du présent. D’une escapade dans le passé pour se refaire des forces et espérer un futur moins contraignant. L’idée d’une fuite vers l’ailleurs apparaît bien séduisante… jusqu’à ce qu’on revienne à 2020 et qu’on se rappelle que la menace du virus est partout. Mais devons-nous vraiment faire le deuil de retrouvailles avec ceux qu’on aime sur d’autres continents jusqu’à l’arrivée d’un vaccin – qui n’arrivera peut-être jamais? L’idée d’un voyage de repos au soleil est-elle à reléguer pour toujours dans le tiroir des souvenirs? Oui, la COVID nous joue dans la tête même quand elle ne nous infecte pas.

L’idée d’un voyage de repos au soleil est-elle à reléguer pour toujours dans le tiroir des souvenirs? Photo: Samuel Charron, Unsplash

Contempler les possibilités

Alors que le gouvernement canadien recommande toujours d’éviter tout voyage non essentiel, plusieurs destinations nous font de l’œil. La République dominicaine, le Mexique et le Costa Rica font partie des lieux qui espèrent notre retour. Les Bermudes et la Barbade nous invitent à aller faire du télétravail sous les cocotiers. Chypre propose de prendre en charge les frais médicaux si cette enquiquineuse de COVID décide de nous coller pendant notre séjour. Des voyagistes, dont Club Med, Air Transat et Air Canada, incluent (pour une période limitée) une assurance qui prend en charge les frais médicaux en cas d’urgence liée à la COVID-19 pendant le séjour.

Certains me diront pessimiste, mais je n’ai pas du tout l’impression qu’on approche de la «fin» de cette saga. Il n’y aura peut-être même pas de fin comme on l’imagine, avec l’image qui passe du noir et blanc aux couleurs éclatantes. Et si, justement, il fallait trouver des manières de mieux cohabiter avec cette menace plutôt que d’espérer naïvement que tout redevienne «comme avant»? Sans retomber dans le rythme effréné d’autrefois, pourquoi, à la lumière de ce que nous savons maintenant, ne pouvons-nous pas repenser nos déplacements dans un cadre certes plus rigide, mais plus sécuritaire? Pourrions-nous par exemple envisager que des périodes d’auto-isolement avant et après un voyage deviennent la norme? Et si le masque, qui rebute encore tant de gens, était plutôt le sésame qui allait permettre au monde de s’ouvrir de nouveau?

Contrairement à ce que bien des globe-trotteurs croyaient, ce n’est pas le voyage qui demande la plus grande capacité d’adaptation. Depuis le point de bascule du 13 mars, nous naviguons tous à vue, entre les points d’interrogation et les points de suspension.

En attendant de trouver des réponses, je continue de me pincer de temps en temps. Et je porte le masque.