La chronique Chronique voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Le Québec en VR

Il y a longtemps que les véhicules récréatifs ont séduit les Québécois. La pandémie semble avoir convaincu plusieurs de ceux qui hésitaient à franchir le pas un peu partout dans la province. Loués ou achetés, les VR risquent d’être plus nombreux que jamais à rouler sur les routes cet été.



Guy Mongrain est sans contredit l’un des meilleurs ambassadeurs de ce mode de vie. Depuis 12 ans, l’ex-animateur de Salut bonjour et de La poule aux œufs d’or sillonne la Belle Province en compagnie de sa conjointe dès qu’il en a l’occasion. Même quand sa vie professionnelle était très active, le soixantenaire aimait prendre la route le plus souvent possible.  «Je partais pour de longues fins de semaine et je revenais avec l’impression d’avoir été parti deux semaines», confie-t-il.

Ce qui lui plaît tant? «On est toujours dans nos affaires. Dormir à l’hôtel, avec un matelas qui creuse au milieu, je n’aime pas ça, dit-il en riant. Quand un endroit nous plaît, on reste, et quand on en a assez, on s’en va. Je dis toujours que j’ai un grand pare-brise dans lequel National Geographic m’envoie des images.»

«Quand on dit VR, il ne faut pas penser seulement aux motorisés de 45 pieds, poursuit-il. Ça va de la tente-roulotte au gros autobus. Entre les deux, il y a plusieurs types de véhicules. Il y en a pour tous les goûts et budgets.»

La première destination qu’il a explorée avec sa douce après avoir fait l’acquisition de son véhicule de 35 pieds? La Gaspésie. «Comme ma blonde n’était jamais allée et moi, oui, on a fait le trajet à l’inverse pour qu’elle puisse voir la mer de son côté», raconte-t-il, ajoutant qu’elle prend aussi le volant.

La Gaspésie est la première destination que Guy Mongrain a explorée après avoir fait l’acquisition de son véhicule de 35 pieds. Photo: Île Bonaventure, Gaspésie. Guy Mongrain

C’est encore à ce jour l’un de ses voyages coups de cœur. Il évoque notamment la morue fraîche achetée pour une bouchée de pain directement auprès des pêcheurs qu’il a fait cuire une fois installé dans le parc national Forillon. Oui, l’écouter raconter ses voyages donne envie de prendre la clé des champs… sur-le-champ!

Très actif, celui qui est entré dans les foyers du Québec par le truchement du petit écran pendant plus de 40 ans aime combiner route, randonnée et gastronomie. Comme il adore cuisiner, l’un de ses plaisirs reste de découvrir les commerçants locaux.

Selon lui, la nature offre les plus beaux spectacles. «On part toujours avec notre voiture en plus. Ça nous donne davantage de liberté. Je veux rayonner. J’ai besoin de voir les environs des lieux où je m’arrête.» Le parc de la Gorge de Coaticook fait partie des endroits qui l’ont ravi.

Coucher de soleil sur le fleuve au Cap à la roche, près de Gentilly. Photo: Guy Mongrain

Les routes de l’Amérique

Au fil du temps, Guy Mongrain et sa conjointe ont avalé des milliers de kilomètres en Amérique du Nord. Un voyage de six mois jusqu’au Mexique a marqué le début de sa retraite, en 2018. Parmi les lieux qui l’ont enchanté, il mentionne le sanctuaire des papillons monarques El Rosario. Il reconnaît toutefois que la conduite n’était pas toujours de tout repos au pays de Frida Kahlo. «Entre Ixtapa et Puerto Vallarta, la route est une contorsionniste chinoise du Cirque du Soleil!» lance-t-il avec l’humour qu’on lui connaît.

Photo: Facebook Fédération québécoise de camping et de caravaning - FQCC

Au cours de ce voyage, sa conjointe et lui ont fait la connaissance d’un couple qu’il a plus tard retrouvé au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en passant par Charlevoix. Guy a été complètement charmé par Baie-Saint-Paul, les Jardins Scullion, par Val-Jalbert et ses chambres d’hôtel construites au-dessus du magasin général, par le kayak à L’Anse-Saint-Jean, la tarte aux framboises du restaurant de l’auberge La Fjordelaise, la route 172… «Nous sommes revenus par La Tuque. C’était splendide!»

Pour ce grand voyageur, qui continue aussi d’explorer des destinations plus lointaines, ce sont souvent les lieux pour lesquels il a eu le moins d’attentes qui ont généré le plus grand nombre de points d’exclamation. «Les Prairies, c’est plat, mais ce n’est pas plate. Nous avons aussi passé un mois à Terre-Neuve, qui s’est révélé être un grand coup de cœur. Bien sûr, les Rocheuses restent les Rocheuses.»

Cocktail de crevettes à bord! Photo: Guy Mongrain

Roulotte pour deux

Aussi à la retraite, Lorraine Beaulieu Larochelle* vient de débuter sa saison de camping au Québec en compagnie de son mari. Le tandem a opté pour une roulotte qu’il accroche à son petit VUS, un format qui lui convient tout à fait.

Bien que le couple ait fait du camping auparavant, c’est quand les enfants ont quitté la maison que l’envie de transporter un cocon sur les routes du Québec et de l’Ontario s’est surtout fait sentir. «Ça nous permet d’être près des parcs et de la nature, dit Lorraine. On est autonomes. On part généralement avec notre kayak et nos vélos. On peut partir trois ou quatre nuits, comme on peut partir deux semaines.»

Elle aussi apprécie le confort de ce type d’expérience. «C’est le fun d’être dans nos affaires et de faire des feux le soir. On se retrouve aussi entre amoureux. Il n’y a pas autre chose à faire que se regarder et jaser. On redevient un peu adolescents.»

Au fil du temps, des habitudes se sont créées. «On retourne souvent aux mêmes endroits. On a nos sites préférés. On s’ajuste aussi selon les moustiques! À Orford, je sais qu’il n’y en a habituellement pas en juin. À la fin de juillet, on aime aller à Tremblant. Je note tout dans un journal de bord.»

En août, ils mettront le cap sur le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie pour un séjour plus long. «Comme j’y suis déjà allée, j’aime chercher ce que je n’ai pas vu. On s’arrêtera cette fois-ci entre autres au Bic, à Sainte-Anne-des-Monts, à Gaspé, à Percé… Il y a plein de choses à découvrir autour de ces endroits.»

Au moment de faire l’achat de la roulotte, Lorraine a toutefois conclu une entente avec son mari: pas question de camper dans la région de Charlevoix. «Parce que je veux continuer à aller au Manoir [Richelieu]!»

Lorraine Beaulieu Larochelle vient de débuter sa saison de camping au Québec en compagnie de son mari. Photo: Lorraine Beaulieu Larochelle

Réserver à l’avance

Guy Mongrain ne sait pas encore s’il prendra la route des vacances en VR cet été puisque son véhicule est actuellement coincé à Myrtle Beach, aux États-Unis. Généralement, il dit préférer ne pas effectuer de réservations à l’avance, suivant plutôt ses envies du moment. S’il est heureux de constater que de plus en plus d’adeptes partagent sa passion, il s’inquiète tout de même du nombre limité de sites accueillant les campeurs sur roues.

Lorraine Beaulieu Larochelle, elle, a réservé un terrain de camping à Tremblant pour juillet en févier… 2019. Elle constate elle aussi la popularité grandissante du camping «confortable» et s’étonne de voir la clientèle changer. «Ce qui me surprend, d’année en année, c’est qu’il y a de plus en plus de couples avec de jeunes enfants qui achètent de gros motorisés qui coûtent une fortune. On ne voyait pas ça avant.»

Cette année, les vacances exigent beaucoup plus de préparation à cause de la COVID-19. «Certains campings n’ouvrent pas les blocs sanitaires de toute la saison, souligne Lorraine.  C’est le cas notamment au Camping Griffon, en Gaspésie. Il n’y aura pas non plus de parc pour enfants. Il faut être autonome.»

Autre constat: les bambins sont plus nombreux que les années précédentes à cette période de l’année. «C’est sans doute parce qu’il n’y a plus d’école, croit-elle. D’habitude, en juin, on n’a pas besoin de réserver d’avance à Orford, mais cette année, il a fallu le faire deux semaines avant notre départ.»

En raison de la pandémie, certains campings, dont le Camping Griffon, en Gaspésie, n'ouvriront pas leurs blocs sanitaires. Photo: Facebook Camping Griffon

Conseils de pro

À ceux qui craignent la conduite d’un VR, Guy Mongrain dit simplement: «On s’habitue. Quand on prend possession d’un véhicule chez un concessionnaire sérieux, il va vous donner un petit cours d’utilisation. Comment le brancher, le nettoyer, faire les manœuvres… C’est une affaire de rien. Avec la FQCC [Fédération québécoise de camping et de caravaning], il y a aussi des cours. Tout s’apprend!»

Une fois derrière le volant, on profite de la vue… et on relaxe. «La règle d’or, insiste-t-il: il n’y a pas d’urgence. On n’est pas pressés. On fait le tour pour ramasser nos affaires, on prend le temps de s’installer…»

Son conseil pour choisir sa destination? «Lancez une fléchette sur la carte du Québec et allez-y!»

Photo: Vélo au parc Forillon, Guy Mongrain

Pratico-pratique:

  • Le site Liberté en VR est un bon point de départ pour s’informer sur le sujet. On peut entre autres y découvrir les différents types de VR. On y trouve également un outil de recherche pour trouver où camper.
  • Pour ceux qui ne souhaitent pas acheter, les options pour louer n’ont jamais été aussi nombreuses. Transat Distribution Canada propose maintenant aux Canadiens de louer des véhicules récréatifs dans différentes villes au pays grâce à une association avec CanaDream, l’une des plus grandes entreprises de location et de vente de véhicules récréatifs (VR) au pays, rapporte TravelPulse. Rikiki Campers propose pour sa part des VR pour deux ou quatre personnes au départ de Rimouski.
  • Ceux qui ne se sentent pas à l’aise de conduire un gros véhicule préféreront peut-être opter pour une fourgonnette. En plus de VanLife et des autres compagnies qui offraient déjà la location de vans aménagés, Terres d’Aventure et Voyageurs du monde proposent depuis peu de louer une Mercedes Sprinter 4X4. Club Aventure a pour sa part créé une nouvelle division, Club Aventure Campervans, en partenariat avec Location Légaré.
  • Terego, un réseau de stationnement pour motorisés et roulottes chez des producteurs du terroir au Canada, permet de passer la nuit dans des lieux uniques: un vignoble, une ferme, un antiquaire... L'abonnement annuel s'élève à 105$. Il est aussi possible d'opter pour un passeport de trois jours à 55$. Un outil permet d'affiner la recherche, par exemple si l'on voyage avec un chien. Au Québec, 162 lieux sont répertoriés.

* Oui, Lorraine est la maman de Claudia Larochelle!