Photo: Marie-Julie Gagnon.
3 novembre 2016Auteure : Marie-Julie Gagnon

À la découverte de la Bretagne historique

Ne me demandez pas de choisir entre Nantes et Rennes: je n’y arrive pas. Alors que la première me ravit avec ses créatures mécaniques, ses confiseries et son château, la seconde m’émerveille avec ses maisons à pans de bois, son palais du Parlement et son atmosphère décontractée. L’histoire de chacune me captive.

La bonne nouvelle? Les deux villes se combinent facilement lors d’un séjour d’une semaine. En septembre dernier, je les ai ainsi arpentées — surtout à pied —, en plus de découvrir Saint-Malo et la Côte d’Émeraude, de faire escale en Normandie, le temps de visiter le Mont-Saint-Michel, et à Paimpont et Trehorenteuc, afin de plonger dans l’univers des contes et légendes de la forêt de Brocéliande.

Si Nantes fait aujourd’hui partie du département de la Loire-Atlantique, son histoire reste liée à celle de la Bretagne. Certains personnages, comme Anne de Bretagne, née en 1471, sont devenus de véritables légendes. Reine de France à deux reprises, elle a été mariée contre son gré à 14 ans au roi Charles VIII. Sept ans plus tard, en s’unissant au roi Louis XII, son duché se retrouve lié à la France, son ennemi héréditaire. Charmante et charmeuse, la dernière héritière du duché de Bretagne allait au bal comme à la chasse et était, dit-on, fort douée pour la diplomatie.

Visite du château des ducs de Bretagne

Photo: Facebook Château des ducs de Bretagne.
Photo: Facebook Château des ducs de Bretagne.

Une visite au château des ducs de Bretagne — Anne a grandi dans la Tour Neuve — m’apparaît incontournable. En plus de son intérêt historique, on s'y rend pour les expositions, les ateliers et le Musée d’histoire urbaine. Ce dernier propose un parcours de sept séquences. Parmi les grandes thématiques, mentionnons la traite négrière, qui a contribué à enrichir la ville du 17e au 19e siècle. Une section du musée qui a tiré bien des larmes à l’auteure de ces lignes…

Saviez-vous que Nantes a pratiqué la traite illégale des Noirs jusqu’en 1831? Premier port négrier au pays de 1814 jusqu’à l’interdiction définitive par la France, la ville tente, depuis les années 1990, d’assumer ce passé en multipliant les initiatives, comme l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage en 2012.

Les touristes ne sont pas les seuls à s’arrêter au château. En été, nombreux sont les Nantais à flâner dans les parages. Des groupes d’étudiants bavardent tranquillement sur l’herbe. En face, des enfants gambadent à travers les jets du nouveau miroir d’eau dès que la température le permet. 

Promenade à Nantes

Le coût des stationnements étant exorbitant, rares sont les gens qui se déplacent à Nantes en voiture. La ville se découvre aisément à pied et en prenant le tramway pour les plus longues distances.

Au marché de Talensac, nous achetons un sac de madeleines et quelques parts de gâteau nantais, qui rappellent l’époque du commerce triangulaire à cause du rhum antillais qu’il contient. Quel endroit plus charmant pour la dégustation que le bord de l’Erdre? Alors que nous croquons dans nos madeleines, des kayakistes disparaissent derrière le bateau-boutique d’un photographe.

Notre sac de madeleines. Miam! Photo: Marie-Julie Gagnon.
Le sac de madeleines. Miam! Photo: Marie-Julie Gagnon.

Impossible de ne rien acheter à la nouvelle boutique de l’artisan chocolatier Vincent Guerlais: tout y est bon… et beau! Clin d’œil aux célèbres biscuits Petit Beurre de LU, celui qui se décrit comme un «agitateur de papilles» a même créé des chocolats rappelant la forme de ces derniers. D’ailleurs, l’ancienne usine LU, rebaptisée le lieu unique, est aujourd’hui un lieu dédié à la création et abrite également un bar, un restaurant et même un hammam.

Les chocolats de Vincent Guerlais. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Les chocolats de Vincent Guerlais. Photo: Marie-Julie Gagnon.

Bien entendu, nous dégustons du muscadet à chaque occasion. Mon favori? Amphibolite, bu au restaurant La Civelle, du côté de Trentemoult, ancien village de pêcheurs au bord de la Loire, où nous nous sommes rendus en traversier.

Mon coup de cœur

Le grand coup de cœur de mon passage à Nantes reste sans doute les Machines de l’île. On a beau avoir craqué pour l’éléphant mécanique en photo, le voir déambuler lentement sur le site reste impressionnant. Imaginez: le mastodonte pèse 45 tonnes et avance à une vitesse de 900 mètres à l’heure! Pour l’anecdote, celui qui le conduit doit détenir le même type de permis qu’un chauffeur d’autobus.

L'éléphant mécanique. Photo: Marie-Julie Gagnon.
L'éléphant mécanique. Impressionnant! Photo: Marie-Julie Gagnon.

Inspiré par Jules Verne, né à Nantes, et l’univers de Léonard de Vinci, les machines se trouvent dans les nefs des anciens chantiers navals. Le plus chouette? Participer aux tests effectués dans la Galerie des Machines. Ainsi, il est possible de chevaucher une fourmi géante ou de s’envoler sur un héron. On se promet immanquablement de revenir vers 2021, quand l’Arbre aux hérons, prochaine phase du projet, sera inauguré. En attendant, on planifie une visite à Ottawa en 2017 pour voir une araignée et un dragon géants se balader en plein centre-ville dans le cadre des fêtes du 150e anniversaire du Canada.

Rennes à pied

À Rennes, quelques jours plus tard, une promenade du côté de la place des Lices (à distance de marche de l’hôtel), vieille de 700 ans, me rappelle pourquoi j’ai tant aimé cette ville la première fois, il y a quelques années. En pénétrant dans un bâtiment érigé entre 1666 et 1670, je découvre un portrait de Louis XIV datant 1689. Quand on habite une ville qui s’apprête à célébrer ses 375 ans, ce genre d’info impressionne.

La place des Lices, qui avait jadis des fonctions guerrières, a été le théâtre de nombreux événements, notamment d’un tournoi organisé lors du mariage d’une certaine Anne de Bretagne... Longtemps, on y a aussi exposé des condamnés. Afin d’effrayer la population, les corps y restaient pendant plusieurs jours avant d’être emmenés au cimetière.

Rennes. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Rennes. Photo: Marie-Julie Gagnon.

Aujourd’hui, un grand marché occupe la place chaque semaine. Dans un tout autre état d’esprit, je hume les odeurs provenant des différents étals. Au comptoir Bordier, je déguste différents beurres assaisonnés à la petite cuillère. J’ai l’impression de n’en avoir jamais goûté avant tant les saveurs qui caressent mes papilles me sont nouvelles… Beurre de baratte salé, au sel fumé, au piment d’Espelette, au sarrasin, aux algues, à l’oignon de Roscoff, à l’huile d’olive citronnée… Comment ai-je pu passer à côté de ces délices pendant toutes ces années?

Près de la porte Mordelaise, que les nouveaux ducs devaient jadis franchir en compagnie d’un évêque pour prêter leur serment solennel, des fouilles archéologiques ont démontré la présence de vestiges romains. «Les fouilles devaient avoir lieu pendant huit mois, et cela fait maintenant trois ans», explique Estelle, notre guide.

Deux visites incontournables à Rennes

Évidemment, on ne peut aller à Rennes sans visiter le Palais du Parlement de Bretagne, joyau du patrimoine rennais dessiné par Salomon de Brosse. Siège du parlement de la Bretagne de sa construction, débutée en 1615, jusqu’à sa dissolution lors de la Révolution française en 1790, le bâtiment fascine autant à cause de l’art pictural du 17e siècle que pour sa valeur historique. Symbole fort, il est, depuis 1804, le siège de la cour d’appel de justice.

Mon incontournable rennois reste cependant la Crêperie Saint-Georges, qui justifie à elle seule une visite à Rennes à mon avis (moi, gourmande?). Aimant généralement essayer des plats différents chaque fois que je me rends dans un établissement, je n’ai pas pu m’empêcher de commander la même galette que lors de mon premier passage, en 2010: la Georgio Armani (chacune porte le nom d’un George célèbre), avec pommes de terre, magret de canard et foie gras. J’en salive encore...

La fameuse Crêperie Saint-Georges. Photo: Marie-Julie Gagnon.
La fameuse Crêperie Saint-Georges. Photo: Marie-Julie Gagnon.

Impossible également de ne pas me laisser tenter à nouveau par les macarons au chocolat de Thierry Bouvier, qui a, depuis ma dernière visite, inauguré une boutique place de la Rotonde. Je réitère: ce sont les meilleurs goûtés à ce jour, toutes villes confondues.

Les meilleurs macarons! Photo: Marie-Julie Gagnon.
Les meilleurs macarons! Photo: Marie-Julie Gagnon.

Alors, Nantes ou Rennes? Sans hésiter : les deux, pour l’histoire… et le ventre!

Pratico-pratique

Où loger?

Coup de cœur pour l’hôtel Magic Hall, à Rennes. Atmosphère conviviale, clientèle plutôt jeune et très bien situé. Les spécialités proposées au buffet du petit déjeuner changent selon le chef qui est de garde pendant la nuit. Personnellement, j’ai adoré tout ce que j’y ai mangé! Nous avons également bien aimé l’Hôtel de France, à Nantes, à deux pas de tout, et l’appartement XXL sous le thème de la gourmandise par Surprenantes destinations, en plein cœur de l’action.

Chambre de l'appartement XXL. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Chambre de l'appartement XXL. Photo: Marie-Julie Gagnon.

Où (et quoi!) manger?

À la Crêperie Saint-Georges, à Rennes, sans aucun doute. À Nantes, j’ai été ravie par la «complète» (jambon, fromage et œuf) et la crêpe au caramel au beurre salé dégustés au Coin des crêpes. Il faut absolument aller à La Cigale, sans doute l’une des plus jolies brasseries de France. Plus d’infos dans l’article 8 spécialités à savourer en Bretagne et ses environs! (Vous ai-je dit de manger du caramel au beurre salé?)

Brasserie La Cigale. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Brasserie La Cigale. Photo: Marie-Julie Gagnon.

À ne pas manquer

La ligne verte du Voyage à Nantes permet de découvrir l’histoire de la ville à travers un parcours pédestre dans les quartiers du centre historique. L’été est particulièrement riche en activités. Sans doute l’un des plus beaux passages d’Europe, le passage Pommeraye, est à voir absolument. À Rennes, en plus du Parlement, il faut s’attarder aux maisons à pans de bois, dont l’une date de 1430! Les sculptures qui ornent les façades représentent les propriétaires de l’époque.

Maisons à pans de bois. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Maisons à pans de bois. Photo: Marie-Julie Gagnon.

Dans les environs

Plusieurs excursions d’un jour sont possibles dans les parages, notamment au Mont-Saint-Michel, en Normandie, et dans la forêt de Brocéliande, où il est possible de faire différentes visites guidées sous le thème des contes et légendes. La Côte d’Émeraude vaut également le détour. De splendides points de vue, notamment à la pointe du Grouin. Vous tomberez peut-être par hasard sur le Fort du Guesclin, qui a été la demeure de Léo Ferré...

Le fort du Guesclin. Photo: Marie-Julie Gagnon.
Le Fort du Guesclin. Photo: Marie-Julie Gagnon.

De Rennes, il est très facile de se rendre à Saint-Malo pour y passer quelques heures. La ville où est né Jacques Cartier donne envie de flâner tranquillement à la plage ou sur les remparts. On ne peut s’empêcher d’aller jeter un coup d’œil à la cathédrale Saint-Vincent, où l’explorateur repose. Depuis les remparts, on aperçoit par ailleurs Grand Bé, où se trouve le tombeau Chateaubriand, qui souhaitait être enterré face à la mer.

Plage de Saint-Malo. Photo: Marie-Julie Gagnon
Vue des remparts, Saint-Malo. Photo: Marie-Julie Gagnon

Il est également possible de visiter des vignobles du côté de Clisson, charmante ville qui rappelle l’Italie. Accueil fort sympathique au Château du Coing!

Se déplacer

Il est très facile de se rendre à Nantes ou à Rennes de l’une à l’autre, ou depuis Paris, en train. Pour visiter la Côte d’Émeraude ou Brocédiande, vous aurez cependant besoin d’une voiture. Par ailleurs, si vous allez à Rennes prochainement, vous remarquerez sans doute le chantier pour réaménager la gare en vue de l’arrivée de la ligne à grande vitesse (LGV).  Les travaux devraient prendre fin à l’été 2017.

J’étais l’invitée d’Atout France, de Destination Rennes, du Voyage à Nantes et d’Air France (merci!) Toutes les opinions émises dans ce reportage sont bien sûr 100% les miennes.


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