Photo: Marc-Olivier Jodoin, Unsplash
23 août 2023Auteure : Emilie Laperrière

Quartiers TOD: repenser la ville

Chers aux urbanistes et promus par plusieurs grandes villes du monde, les quartiers axés sur le transport en commun pourraient se multiplier dans la province avec la venue du REM et l’ambition de Québec d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Les réponses aux cinq questions suivantes nous en diront plus!


C’est quoi, un TOD?

Le TOD, pour transit-oriented development, est un quartier articulé autour du transport en commun. Un peu à l’image du cœur de village traditionnel, qui permet de se rendre à l’église, à l’école et à l’épicerie à pied, le TOD mise sur les déplacements actifs.

Les résidents d’un TOD vivent dans un rayon d’un kilomètre de tous les services et, évidemment, du transport collectif, que ce soit une station de métro, un arrêt d’autobus, une gare de train ou encore une station du Réseau express métropolitain (REM). Ces quartiers de moyenne à haute densité prônent aussi la mixité sociale.

On doit le concept à l’urbaniste américain Peter Calthorpe, qui l’a développé à la fin des années 1980. Même si d’autres approches similaires ont vu le jour, le TOD a vraiment pris son envol après la publication de son livre, The New American Metropolis, en 1993. Selon lui, en plus d’être structuré autour du transport en commun et de favoriser la mobilité active, un TOD doit être à échelle humaine et devenir un véritable milieu de vie.

Le TOD, pour transit-oriented development, est un quartier articulé autour du transport en commun. Photo: Freestocks, Unsplash

Quels sont les bénéfices?

L’avantage premier d’un quartier axé sur le transport en commun est de taille: sa conception permet de réduire notre dépendance à l’automobile, en créant un environnement où tout peut se faire à pied, à vélo ou en transport collectif. Même si l’auto n’est pas exclue de l’espace public, la priorité revient ici aux piétons.

Diminuer le nombre de voitures réduit du même coup la congestion sur les routes ainsi que les émissions de carbone, améliorant ainsi la qualité de l’air. Les habitants bénéficient pour leur part d’une réduction du coût de la vie, en limitant leurs frais de transport. Les déplacements actifs améliorent aussi leur santé.

Mettre un frein à l’étalement urbain protège les terres agricoles. En augmentant l’achalandage dans les transports en commun, on encourage en outre les investissements dans ce secteur souvent négligé.

Comme le TOD favorise la mixité sociale et d’usages, les quartiers deviennent ainsi plus conviviaux et inclusifs. Un TOD réussi comporte une offre de logements abordables. Les espaces verts sont également abondants.

L’avantage premier d’un quartier axé sur le transport en commun est de taille: sa conception permet de réduire notre dépendance à l’automobile, en créant un environnement où tout peut se faire à pied, à vélo ou en transport collectif. Photo: Pierre Jeanneret, Unsplash

Y a-t-il des bémols?

La création d’un quartier axé sur le transport en commun ne se fait pas du jour au lendemain. Son développement demande beaucoup de temps et d’investissements.

Le risque d’embourgeoisement n’est pas non plus à négliger. C’est pour cette raison qu’il faut absolument inclure des logements sociaux ou abordables dans un TOD. Exemple à ne pas suivre: aux abords du SkyTrain à Vancouver, des résidents ont été évincés pour construire des gratte-ciels, aujourd’hui habités presque exclusivement par des gens riches…

Exemple à ne pas suivre: aux abords du SkyTrain à Vancouver, des résidents ont été évincés pour construire des gratte-ciels, aujourd’hui habités presque exclusivement par des gens riches… Photo: Ishfaq Ahmed, Unsplash

Dans quelles villes en retrouve-t-on?

Il est difficile de dresser une liste exhaustive, puisque de plus en plus de villes dans le monde adoptent les principes du TOD. Le plan d’urbanisme de Copenhague, qui encadre le développement de la ville depuis 1947, en suit notamment les grandes lignes, même s’il a été élaboré avant que le concept devienne populaire.

Le «Finger Plan», dont la forme rappelle celle d’une main, désigne cinq corridors de développement urbain, qui se trouvent le long de voies ferrées et convergent vers le centre de la capitale danoise. Entre chaque «doigt», on préserve les espaces naturels. La dernière version, datant de 2007, interdit carrément la construction de bâtiments à plus d’un kilomètre de la voie ferrée ou de la gare.

De plus en plus de villes dans le monde adoptent les principes du TOD, dont Copenhague. Photo: Darth Liu, Unsplash

Singapour, souvent reconnue comme l’une des villes les plus vertes du monde, est aussi un exemple de TOD réussi. L’expansion du transport en commun a permis de créer une panoplie de villes satellites, reliées au noyau central par un réseau ferroviaire. Mais ces villes satellites ne sont pas que des dortoirs; dans ces zones mixtes, on peut répondre à ses besoins quotidiens à pied. Le piéton y est roi. Des logements sociaux abordables et bien desservis font également partie de l’équation.

Singapour, souvent reconnue comme l’une des villes les plus vertes du monde, est aussi un exemple de TOD réussi. Photo: Kirill Petropavlov, Unsplash

Aux États-Unis, Washington est probablement l’exemple à suivre en matière de TOD. La capitale comprend des lignes d’autobus et de trains sur l’ensemble de son territoire, ce qui facilite les déplacements des résidents. La région compte d’ailleurs poursuivre dans cette voie dans les prochaines années, en construisant de nouveaux bâtiments résidentiels et commerciaux autour de ses stations de métro.

Aux États-Unis, Washington est probablement l’exemple à suivre en matière de TOD. Photo: Maria Oswalt, Unsplash

Qu’en est-il au Québec?

La Communauté métropolitaine de Montréal, qui regroupe 82 municipalités de la région et dessert 4,1 millions de personnes, nourrit de grandes ambitions en ce qui concerne les TOD. Elle a en effet identifié 159 aires qui pourraient être transformées en TOD sur son territoire et elle espère qu’au moins 60% des nouveaux ménages s’y retrouveront d’ici 2031.

Certains développements empruntent déjà des éléments du TOD. C’est le cas entre autres du TOD Bois-Franc, qui a remporté le Grand prix du Design 2002 et qui devrait faire renaître ce quartier aux limites des arrondissements de Saint-Laurent et d’Ahuntsic-Cartierville.

À Brossard, aux abords du REM, le mégaprojet Solar Uniquartier, évalué à un milliard de dollars, comprendra 2000 unités résidentielles ainsi que des bureaux, des hôtels et des commerces. Candiac a aussi le sien, et Terrebonne en a un dans ses cartons.

L’implantation du tramway à Québec pourrait également favoriser la construction de quartiers axés sur le transport en commun dans la capitale. À suivre!