Éditorial

Auteur(e)

Françoise Genest

Journaliste de carrière, Françoise Genest a également été cadre dans différents médias et auteure de guides pratiques. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef d'avenues.ca.

Expo 67 la démesure, la nécessaire folie

«J’aurais aimé vivre cela, vous en parlez avec tant d’émotion», c’est ce que ma nièce de 20 ans m’a dit quand je lui ai raconté mes souvenirs d’Expo 67. Difficile de faire comprendre aux jeunes l’enthousiasme, le choc culturel et social, l’émerveillement dont nous avons tous été saisis en ce printemps inoubliable de 1967. Le Québec, qui vivait encore dans la grande noirceur duplessiste moins d’une décennie auparavant, se retrouvait tout à coup fenêtres grandes ouvertes sur la planète et, chose encore plus stupéfiante pour les «petits Québécois», la planète nous regardait!

Bien entendu, en 2017 un projet aussi pharaonique ne pourrait sans doute pas voir le jour. À elles seules, les îles de l’Expo constitueraient un scandale environnemental, sans compter les centaines de millions qui ne seraient pas au rendez-vous. Lors de leur passage à Tout le monde en parle, Yves Jasmin, maître d’œuvre de l’Expo et Philippe de Gaspé Beaubien, qu’on surnommait le maire de l’Expo et dont la tenue et l’élégance nous replongeaient dans l’époque, convenaient eux-mêmes qu’aujourd’hui un tel projet serait impensable. Mais les deux hommes ne semblaient pas sensibles aux critiques face au dépassement de coûts ou au recours à des procédés inconcevables aujourd’hui. Pour eux, les retombées économiques, l’impact social, culturel et international de l’Expo justifiaient la mise.

Au total Expo 67 aura coûté plus de 475 millions $, soit plus de 3 milliards en dollars d'aujourd'hui. Notre raison de 2017 fronce un peu les sourcils… Bien normal en ces temps de disette, de restrictions et d’austérité. Mais personne ne peut prétendre que l’Expo n’a pas tout changé pour Montréal et le Québec. Tous ceux qui ont vécu cette époque le disent: il y a eu l’avant et l’après Expo. Un projet fou? Oui certes, mais aux lendemains d’Expo 67, Montréal avait son métro ouvert juste à temps pour l’exposition. La ville était dotée d’autoroutes et du pont-tunnel, construits en prévision de l’événement et qui ont contribué au développement économique et à l’essor de la grande région métropolitaine.

Aux lendemains d’Expo 67, le Québec n’a plus jamais été replié sur lui-même, les Québécois ne vivaient plus à l’autre bout du Monde, ils vivaient dans le Monde. Aux lendemains de l’exposition universelle, jusqu’ici considérée comme la plus imposante et la plus réussie de toutes les expositions universelles, le savoir-faire québécois était reconnu. Et financièrement? On parle d’un milliard $ en retombées économiques. Les chiffres varient, selon les études qu’on consulte, mais une chose est certaine, l’empreinte qu’Expo 67 a laissé dans l’imaginaire et la trame sociale des québécois est inestimable.

Et en 2017, alors que nous sommes en plein tourbillon de la mondialisation, de la mouvance des populations et qu’Internet a fait de la planète un village global, on peut se réjouir d’avoir ouvert une fenêtre aussi grande en 67 et d’avoir pris notre place sur cette Terre des Hommes.

Devrions-nous encourager d’autres élans aussi gigantesques? Donnerions-nous notre aval à une entreprise aussi folle? Difficile d’évaluer à l’avance les retombées d’un projet en chantier. La démesure, la touche de folie et d’«impensable» font partie des plus grandes réalisations humaines tant sur les plans scientifique, culturel et social. Mais pour être porteur, un projet doit avoir une envergure telle, que ses éventuelles retombées puissent toucher le plus grand nombre possible de citoyens. Il doit être le fruit d’une vision et d’un réel souffle de développement. Rien à voir avec un stade de baseball ou un aréna aussi gigantesques soient-ils…

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Journaliste de carrière, Françoise Genest a également été cadre dans différents médias et auteure de guides pratiques. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef d'avenues.ca.