La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

8 septembre 2017

3 façons de célébrer Montréal

Pas de répit pour les festivités du 375e anniversaire de Montréal et impossible de bouder son plaisir. Les nouvelles propositions qui nous sont faites empêchent toute forme de lassitude ou de saturation.



Cette semaine, on a eu droit à la première du film Hochelaga, Terre des âmes de François Girard. Il s’agit d’un moment important de la programmation du 375e. Jusqu’à mardi, la Place des arts accueille De Ville-Marie à demain, une exposition de maquettes d’édifices marquants de l’histoire de Montréal. Personnellement, j’adore ce genre de présentation. Finalement, dès le 18 septembre, l’Office national du film (ONF) ne nous proposera rien de moins que de revivre la magie d’Expo 67 avec un événement techniquement audacieux qui devrait emballer les Montréalais.

Expo 67 Live

Commençons avec Expo 67 Live, qui sera présenté sur l’esplanade de la Place des arts du 18 au 30 septembre. Comment appeler ça? C’est à la fois une œuvre, une expérience immersive et un spectacle multidisciplinaire créé à partir d’archives souvent inédites de l’Exposition universelle de Montréal. Ces pépites ont été dénichées dans les collections de l’ONF, de Radio-Canada, des bibliothèques nationales du Québec et du Canada ainsi que dans des collections privées.

À partir de cette matière aussi riche que disparate, Karine Lanoie-Brien, une jeune artiste et réalisatrice qui n’a pas connu Expo 67, a créé une œuvre kaléidoscopique d’une durée de 27 minutes imaginée pour être projetée non pas sur un écran, se serait trop simple, mais sur une multitude de surfaces. Son théâtre ce sont les murs extérieurs de la Maison symphonique et de la salle Wilfrid-Pelletier, et les cinq cubes géants disposés sur l’esplanade. Le spectateur, debout, sera donc entouré d’un total de 435 pieds linéaires d’écrans (à peu près 5 fois la largeur d’un écran Imax) et porté par une bande sonore diffusée par 43 haut-parleurs qui permettra d’apprécier des musiques de l’époque, des Beatles aux Supremes en passant par Fairouz et Mouskouri et bien sûr la célèbre chanson Un jour, un jour de Stéphane Venne.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

Ce projet de l’ONF a pris forme dans les studios de Couleur.tv dans le Mile-End. C’est là qu’on a mis bout à bout les images choisies par la réalisatrice. Imaginez, plus de 1000 plans d’archives qui viennent de sources et de supports différents, qu’il a fallu souvent restaurer, toujours numériser. Des monteurs, équipés des meilleurs logiciels, ont planché pendant plus d’un an pour marier ici une séquence de 4 secondes en 16 mm à une autre à peine plus longue en 35 mm, là pour donner de l’amplitude à un panoramique ou encore pour créer l’illusion d’un plan-séquence. Un travail de moine! À dix jours de la première, on fignolait encore pour agencer des couleurs ou faire disparaître des coupures trop apparentes à leurs yeux de lynx.

Ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de visiter Expo 67 pourront, grâce à ce spectacle, assister à la cérémonie d’ouverture, monter à bord de l’Expo Express, voir une douzaine de pavillons nationaux, dont ceux de l’URSS et des États-Unis, et autant de pavillons thématiques, dont le célèbre Labyrinthe de l’ONF qui a préfiguré l’invention du cinéma Imax.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

D’ailleurs, c’est avec en tête le souvenir de cette gigantesque contribution à Expo 67 – le Labyrinthe a été visité par plus de 1,3 million de visiteurs – que l’ONF a voulu souligner le 50e de cet événement qui a changé à jamais Montréal. Ainsi, la vénérable institution a mis à contribution les technologies les plus récentes et une équipe considérable – plus d’une centaine de personnes – pour faire d’Expo 67 Live l’écho d’aujourd’hui à ce qu’on a appelé à l’époque le «spectacle du siècle».

Expo 67 Live sera présenté gratuitement quatre fois par soir du 18 au 30 septembre, beau temps, mauvais temps. Aucune réservation n’est nécessaire. La capacité est de 1 500 personnes par représentation.

De Ville-Marie à demain

Il y a toute une communauté à Montréal qui, passez-moi l’expression, tripe sur la construction immobilière et commerciale. Chez ces gens, j’en suis, tout ce qui concerne les nouveaux projets de condos, l’ajout d’une tour de bureaux dans le panorama urbain et même l’érection d’une grue dans le ciel est source d’intérêt. Il n’y a qu’à voir la foule qu’attire Montréal du futur au Complexe Desjardins pour s’en convaincre. Cette exposition biennale permet aux croisés d’architecture et de développement de voir les maquettes et les plans des projets à venir.

L’initiateur de cet événement, Robert J. Vézina, a décidé de profiter du fait qu’il n’avait pas d’exposition cette année pour proposer De Ville-Marie à demain, une édition spéciale pour le 375e anniversaire de Montréal qui fait une large place à l’architecture d’un passé proche ou lointain. On peut voir la maquette du fort de Ville-Marie, celles du stade olympique, de l’hôtel de ville ou du 1250 René-Lévesque Ouest. Sur des panneaux, on raconte l’histoire d’édifices phares comme l’Hôtel-Dieu, la gare Windsor ou le Forum.

Maquette du stade olympique. Photo: Claude Deschênes
Maquette du stade olympique. Photo: Claude Deschênes

Plusieurs promoteurs ont voulu se joindre à l’événement pour mousser leur produit. Vous verrez les maquettes de projets qui sont sur le point de sortir de terre: Humaniti dans le Quartier international, le Laurent Clark dans le Quartier des spectacles, Union sur le parc dans le Quartier des grands jardins. Une vidéo explique en détail la transformation de la Maison de Radio-Canada. Moment Factory expose même la maquette du pont Jacques-Cartier qui a servi à la conception de l’illumination de sa structure.

Maquette du pont Jacques-Cartier. Photo: Claude Deschênes
Maquette du pont Jacques-Cartier. Photo: Claude Deschênes

De Ville-Marie à demain est présenté jusqu’au 12 septembre au Salon urbain de la Place des arts, même entrée que la Maison symphonique sur Saint-Urbain. L’accès est gratuit. Voilà une autre façon de visiter sa ville.

Hochelaga, Terre des âmes

En fin de semaine, Hochelaga, Terre des âmes commence sa carrière internationale au Festival des films de Toronto mais, comme il se devait, le nouveau film du réalisateur François Girard a d’abord été présenté aux Montréalais lors de deux projections publiques gratuites au cinéma Impérial et d’une grande première au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts devant un parterre de célébrités du monde du cinéma et de la politique.

Ce film est un événement, car dans le contexte du 375e anniversaire de Montréal, il permet de rappeler qu’avant l’établissement du projet missionnaire de Pierre Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance, des hommes et des femmes avaient déjà fait de ce site pourvu d’une grande voie d’eau riche en poissons, d’une plaine fertile et d’une montagne qui élève dans tous les sens un lieu de vie à la mesure de la société sophistiquée qu’ils formaient.

L’histoire a été très lente, pour ne pas dire hostile, à reconnaître aux autochtones leur place dans le développement de ce territoire. C’est pourquoi on a beaucoup dit, le soir de la première, Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador en tête, que ce film était un pas important dans le processus de réconciliation. Aucun doute, Hochelaga, Terre des âmes arrive à un moment crucial. À mon œil de Blanc, François Girard ne semble pas avoir fait de faux pas majeurs. Il faut dire qu’il a travaillé sous les bons conseils de gens qui connaissent la culture autochtone, comme le leader spirituel algonquin Dominique Rankin, le leader et acteur mohawk George Wahiakeron et l’anthropologue Serge Bouchard.

C’est donc 750 ans d’histoire que François Girard nous raconte avec son style si caractéristique. Comme dans ses deux grands succès Soie et Le violon rouge, les images sont somptueuses, le récit, poétique, la rigueur historique, au rendez-vous, la distribution, multiculturelle, la musique, porteuse.

Son personnage principal, surprenant Samian à son premier rôle au cinéma, est un archéologue d’origine mohawk dont la campagne de fouilles permettra de remonter dans le temps. Les différentes couches de ses découvertes nous ramènent à quatre moments de l’histoire de Montréal: un massacre iroquoïen en 1267, la visite du village d’Hochelaga par Jacques Cartier en 1535, la fièvre pourpre de 1687 et la rébellion des patriotes de 1837.

Girard nous présente donc ces quatre tableaux comme des toiles vivantes. On est plus dans la contemplation que dans le film d’action à l’américaine. Dans la palette du réalisateur, il y a du Rembrandt, du Brueghel, du Krieghoff. C’est très beau. Pour l’authenticité, sept langues différentes sont parlées, dont l’algonquin et le mohawk. J’aurais pris des sous-titres dans les scènes en vieux français.

Ce film parle de nous, d’où l’on vient, avec une approche différente de l’histoire qu’on a apprise à l’école. Ça ne peut pas faire autrement que nous interpeler. J’ai hâte de voir quel accueil un public autre que montréalais ou québécois fera à cette œuvre.

La date de sortie en salle du film Hochelaga, Terre des âmes n’a pas encore été arrêtée.