La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

15 janvier 2019

Faut-il boycotter l’avion?

En 2018, on a beaucoup parlé de l’impact environnemental du transport aérien, du crédit de carbone, du surtourisme et de la responsabilité des voyageurs en matière d’environnement. À la fin de l’année, deux Suédoises ont même lancé une campagne pour encourager les voyageurs à boycotter l’avion pendant toute l’année 2019.

Autrefois enviés, les grands voyageurs sont de plus en plus souvent critiqués à cause de leur empreinte carbone. Utopique aux yeux de plusieurs, la campagne «We stay on the ground» («On reste au sol») nous force tout de même à réfléchir à nos habitudes.

La Suède est le premier pays à avoir instauré une taxe écologique sur les billets d’avion. Les deux Scandinaves à l’origine du défi, deux voisines, Maja Rosèn et Lotta Hamar, ont eu l’idée à la suite d’une discussion avec d’autres voisines qui parlaient de leurs prochaines vacances à l’étranger. «Voler a un impact énorme sur le climat, tout le monde ne le sait pas, confiait Maja Rosèn lors de la conférence climatique We Don't Have Time, tel que rapporté par L’Obs. En restant au sol, vous pouvez énormément réduire vos propres émissions. »

Photo: Kryzsztof Kowalik, Unsplash

Un mouvement qui a fait mouche

Maja Rosèn ne prend plus l’avion depuis dix ans. Selon France TV info, ce n’est pourtant pas le mode de transport qui pollue le plus. «Il est à égalité avec les transports maritimes et reste loin derrière l’automobile.»

Plus de 100 000 Suédois ont accepté de relever le défi des deux militantes. Le mouvement s’est étendu au Royaume-Uni et on en a beaucoup parlé dans toute l’Europe.

À la suite des articles publiés dans les médias, des blogueurs ont manifesté le désir d’emboîter le pas. C’est le cas de Your Wonderland, qui fait mention de la campagne suédoise dans son billet Pourquoi je ne prendrai pas l’avion en 2019. «Certains diront qu’on devrait arrêter de mettre la responsabilité écologique sur le dos de la classe moyenne pour en mettre plus aux grandes entreprises. Ce n’est pas faux, mais quand l’industrie ralentira, est-ce que la masse acceptera de vivre avec moins? Est-ce qu’elle embarquera dans cette marche plus lente? Le changement vient de toute la collectivité et je crois que la responsabilité repose sur chacun à son échelle. D’ici là, en 2019, je ne prendrai pas l’avion.»

D’autres, comme Lucie de Voyages et Vagabondages, promettent d’éviter l’avion pour les vacances, sans toutefois mettre une croix sur les voyages d’affaires impliquant le transport aérien. Claire, alias Ze Green Geekette, a pour sa part annulé une croisière pour des raisons écologiques et Emma, de Planet Addict, un voyage éclair en Espagne pour les mêmes raisons. «À la place, j’utiliserai le budget pour faire quelque chose de chouette plus proche.» 

Comment faire mieux?

Alors que j’étais invitée à parler des faits marquants du monde du voyage en 2018 et des grandes tendances qui marqueront 2019 à l’émission Les Fêtes et rien d’autre, à ICI Radio-Canada Première, la question de l’environnement a pris presque toute la place. Il faut dire que le sujet me tenaille particulièrement depuis la publication dans Le Devoir de l’article Pour le climat, seriez-vous prêt à sacrifier vos voyages en avion?, en novembre 2018.

Non, mon bilan carbone n’est pas exemplaire. Mais oui, je tente de faire du mieux que je peux pour l’améliorer, comme je l’ai expliqué en long et en large sur mon blogue Taxi-Brousse. De là à ne pas prendre l’avion pendant une année entière…

Je pourrais voir l’exercice comme un défi et en tirer parti dans le cadre de mon travail. «Un an sans prendre l’avion: ma folle épopée en train, en bus et à cheval»… Vendeur, comme titre de reportage, non?

La vérité est que je ne suis pas prête à faire ce sacrifice. Je suis cependant ouverte à revoir ma façon de voir du pays. À prendre conscience de l’impact de mes choix, à diminuer les sauts de puce et à prendre le train plutôt que l’avion chaque fois que c’est possible. Mais dire au revoir à l’extase de la découverte et de l’exotisme pendant douze mois consécutifs? C’est, pour le moment, au-dessus de mes forces.

Vous, le pourriez-vous?