La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

2 février 2018

Être conquis par Napoléon au Musée des beaux-arts de Montréal

Presque 200 ans après sa mort, la fascination pour Napoléon Bonaparte semble insatiable et, du 3 février au 6 mai, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) la nourrira encore davantage avec une grande exposition réunissant plus de 400 œuvres et objets d’art témoignant du faste de son règne impérial.

L’idée de cette exposition est née dans la foulée d’un don exceptionnel fait au MBAM il y a 10 ans par l’homme d’affaires Ben Weider (1923-2008). Depuis lors, le musée peut s’enorgueillir d’avoir le plus grand nombre d’objets consacrés à Napoléon 1er réunis en un même lieu en Amérique du Nord. Alors que la collection de M. Weider s’intéresse surtout à l’homme, l’exposition nous éclaire plutôt sur l’Empereur Napoléon en nous montrant comment, en 10 ans, il a utilisé l’art pour assoir son pouvoir.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

Plus de 50 prêteurs

Pour ce faire, la directrice du musée, Nathalie Bondil, s’est assurée du concours d’une cinquantaine de prestigieux prêteurs, notamment le château de Fontainebleau, le Musée du Louvre, le Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, le MET, l’Art Institute of Chicago, les musées des beaux-arts de Boston et Houston et le Mobilier national, institution de la République française qui possède une collection de 100 000 meubles et objets dont certains remontent à l’époque du roi Henri IV.

Photo: Claude Deschênes
Atelier de François-Pascal-Simon Gérard (1770-1837), Portrait en buste de Napoléon en grand habillement, vers 1805-1814, huile sur toile. Photo: Claude Deschênes

Entre les murs du pavillon de la rue Sherbrooke, au style néo-classique qui sied parfaitement au sujet, ces trésors venus de partout à travers le monde nous racontent l’histoire passionnante d’un homme qui a construit son mythe. Un self-made-man, comme diraient les Français.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

Ça commence par une réflexion sur l’image de Napoléon, une fabrication qui n’a jamais cessé d’évoluer. Devant ces tableaux mettant en scène l’autorité du Premier consul de la République dans une pose empruntée à George Washington ou la grandeur de l’Empereur qui s’autocouronne, on se dit que la propagande visuelle a existé avant aujourd’hui.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

Les gardiens de l’image de Napoléon

On nous raconte ensuite Napoléon par son entourage, en décrivant l’appareil très complexe mis en place à la «Maison de l’Empereur» pour répondre aux différents besoins de ce leader avide de redonner du panache à la France. Remarquez bien la grandiloquence des titres attribués à chaque membre de son état-major. Il y a le Grand veneur, qui veille à la bonne marche des expéditions de chasse; le Grand écuyer, qui a la charge d’organiser les transports, la gestion des équipages, le fonctionnement des écuries; le Grand aumônier, qui supervise l’exercice du rite catholique; le Grand maître des cérémonies, responsable du protocole et gardien de l’Étiquette; le Grand chambellan, qui règne sur tout ce qui a trait à l’hospitalité et l’intimité de la famille impériale; et le Grand maréchal, plus important des officiers de la Maison de l’Empereur car il s’occupe des repas, de la décoration, de l’entretien et de la sécurité avec un personnel de près de 450 personnes. En veillant aux détails qui ponctuent la vie de l’Empereur, ces personnages contribuent à donner de l’ascendant au maître des lieux.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

Une exposition concrète

Il y a beaucoup à lire sur les cartels pour comprendre la sophistication de cette organisation, mais les pièces choisies sont très éloquentes. Napoléon, dit-on, n’appréciait pas les dîners officiels, mais il s’y astreignait «pour donner de l’éclat à son règne», comme les rois qui l’ont précédé. Pour nous en convaincre, un grand couvert a été reconstitué avec le service en vermeil et les porcelaines de Sèvres. Aucun doute sur l’impression qu’il voulait laisser à ses convives.

Photo: Claude Deschênes
Photo: Claude Deschênes

L’exposition compte de nombreuses pièces spectaculaires. Pour la première fois, on a laissé sortir de France l’imposante Garniture d’autel que l’orfèvre Henri Auguste a réalisé pour le mariage de Napoléon et Marie-Louise. Majestueux! La table des palais impériaux recouverte de plaques de porcelaine encadrées de bronze fait aussi figure de chef d’œuvre… sur patte! On expose même une œuvre de Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Songe d’Ossian, une fresque en fait, car elle était destinée au plafond de la chambre de l’Empereur pour son palais italien de Monte Cavallo, mieux connu sous le nom de Palais du Quirinal.

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Le Songe d’Ossian, plafond de la chambre de l’Empereur au palais de Monte Cavallo, 1813, huile sur toile. Montauban, musée Ingres. Photo © RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Agence Bulloz.
Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Le Songe d’Ossian, plafond de la chambre de l’Empereur au palais de Monte Cavallo, 1813, huile sur toile. Montauban, musée Ingres. Photo © RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Agence Bulloz.

Une autre conquête

Même si Napoléon est représenté de toutes les manières, en tapisserie, en peinture, en plâtre, en marbre, et que ça, on l’a déjà beaucoup vu, l’exposition Napoléon – Art et vie de cour au palais impérial dépasse tout ce qu’on a pu présenter ici sur le sujet à cause de la variété des thèmes abordés. Et à défaut de pouvoir transporter à Montréal les palais impériaux, les scénographes du Musée des beaux-arts ont encore joué de magie pour nous donner l’illusion qu’on y est un peu. Ainsi, oui, Napoléon a encore le pouvoir de nous conquérir!

Denzil O. Ibbetson (1785-1857), Napoléon sur son lit de mort, 1821, huile sur toile.  Photo: Claude Deschênes
Denzil O. Ibbetson (1785-1857), Napoléon sur son lit de mort, 1821, huile sur toile. Photo: Claude Deschênes