La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

15 septembre 2016

Le Mont-Saint-Michel: entre ciel et terre

L’heure magique. Depuis la terrasse de l’abbaye, j’aperçois la Bretagne d’un côté et la Normandie de l’autre. La façade dorée par les rayons du soleil accentue l’impression d’être entre ciel et terre.

Je me trouve sur la terrasse de l’abbaye, tout en haut du Mont-Saint-Michel, «la Merveille», comme on l’appelle, à environ 92 mètres au-dessus du niveau de la mer. Fondé au 10e siècle, l’endroit en jette dehors comme dedans. On sent une telle énergie... Pas étonnant, quand on s’arrête à son histoire et aux mythes qui l’entourent.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Érigée par l’évêque d’Avranches, Aubert, qui en aurait eu la demande en rêve par l’Archange Michel, «chef des milices célestes», la première église a été inaugurée en 709, puis a accueilli une communauté de bénédictins dès 966, à la requête du duc de Normandie. Au fil des siècles, les bâtiments ont été agrandis.

C’est au 13e siècle qu’une donation du roi de France Philippe Auguste, à la suite de la conquête de la Normandie, permet d’entreprendre l’ensemble gothique du lieu. Deux bâtiments de trois étages couronnés par le cloître et le réfectoire sont ajoutés. Puis, la guerre de Cent Ans pousse à la construction de tours et de rampants. C’est ainsi que la Merveille résiste à un siège de plus de 30 ans.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Après la Révolution française, l’abbaye devient une prison. Par la suite, d’importants travaux de restauration sont entrepris.

En 1874, le service des Monuments historiques reprend le flambeau. Aujourd’hui, on croise parfois des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, qui habitent l’abbaye depuis 2001. Depuis le Moyen-Âge, des commerçants sont par ailleurs installés sur le flanc sud-est du rocher.

À voir une fois dans sa vie

Le Mont-Saint-Michel fait partie de ces lieux qu’on se promet tous de voir avant de mourir. Je m’y suis rendue depuis Rennes, à environ une heure et demie de route. En matinée, nous avons fait escale à Saint-Malo pour explorer la ville natale de Jacques Cartier. J’y ai aussi dégusté un risotto aux gambas en regardant la mer (et les surfeurs) sur la splendide plage du Sillon... Quel endroit magnifique! On comprend vite pourquoi la région est aussi appelée «Côte d’Émeraude». Vous avez vu la couleur de l’eau?

Détour à Saint-Malo. Photo: Marie-Julie Gagnon
Détour à Saint-Malo. Photo: Marie-Julie Gagnon

Sur la route qui mène au Mont-Saint-Michel, je m’arrête pour faire une photo après avoir remarqué une jolie plage. C’est en m’approchant que je réalise que je me tiens devant le Fort du Guesclin, qui a appartenu à Léo Ferré pendant une dizaine d’années. L’émotion, en voyage, surgit souvent à des moments inattendus.

le Fort du Guesclin, qui a appartenu à Léo Ferré pendant une dizaine d’années. Photo: Marie-Julie Gagnon
le Fort du Guesclin, qui a appartenu à Léo Ferré pendant une dizaine d’années. Photo: Marie-Julie Gagnon

Je sens monter une autre vague d’émotion en apercevant le fameux mont tant de fois vu en photo, peu après. Depuis l’année dernière, les visiteurs ne peuvent plus garer leurs voitures à deux pas, comme avant. Un pont a été construit pour s’y rendre, qu’on peut parcourir à pied, en navette ou même dans des charrettes tirées par des chevaux.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Le Mont-Saint-Michel se dressant au milieu d’une immense baie, avec les plus grandes marées d’Europe. Une digue goudronnée avait été construite en 1879 pour en faciliter l’accès. Un stationnement a ensuite accueilli les visiteurs jusqu’à récemment. Évidemment, les gens avaient, à l’époque, pesté contre la laideur de la chose. Mais rapidement, les pèlerins comme les curieux se sont mis à affluer, à pied, à cheval ou en tramway.

Le hic?

Aucune réflexion environnementale n’avait été faite à l’époque. En bloquant le va-et-vient des marées, la digue accélérait l’ensablement de la baie. On s’en inquiétait dès 1906, mais c’est seulement en 2006 qu’on a donné les premiers coups de pioches pour remplacer la digue par un pont et créer des stationnements sur la terre ferme. C’est ce qu’on a pompeusement appelé le «rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel».

Depuis 2015, les critiques ont été nombreuses. Bien des visiteurs rechignent à parcourir les trois kilomètres qui les séparent du stationnement, même si des navettes passent très fréquemment de jour comme de nuit. Les hôteliers grincent des dents, aussi, parce que les gens n’ont pas envie de transporter leurs bagages sur une aussi longue distance. Sans parler du fait que le chantier de 220 millions d’euros a été payé à 40% par l’État et presque autant par les collectivités locales (régions et départements)… Mais d’un point de vue environnemental, y avait-il vraiment une autre solution?

Les attentats ont par ailleurs refroidi les ardeurs de certains touristes. Le site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979 accueille généralement près de 2,5 millions de visiteurs chaque année. De ce nombre, en 2014, environ 300 000 étaient japonais. Mais depuis les attentats de Charlie Hebdo, les commerçants constatent leur désertion.

Alors que je regarde le soleil se coucher lentement depuis le cloître, je me dis qu’ils ratent vraiment quelque chose.

Pour plus d’infos:

J’ai visité le Mont-Saint-Michel grâce à une invitation d’Atout France, Destination Rennes, du Voyage à Nantes et d’Air France. Toutes les opinions émises dans cette chronique sont 100% les miennes.


Pour en savoir plus

Tourisme : « Au Mont-Saint-Michel, les Japonais ont presque totalement disparu »

Bertrand Fizel

3 août 2016

Le Parisien