La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

19 mars 2019

Melbourne si loin, si proche

Si mon corps ne me rappelait pas constamment que j’ai fait un bond dans le futur de 15 fuseaux horaires, jamais je ne me croirais à plus d’une vingtaine d’heures de vol de Montréal. Arrivée à Melbourne depuis près d’une semaine, je dois constamment me rappeler que je me trouve bel et bien à l’autre bout du monde.

Il suffit d’un moment d’égarement pour qu’une église de Vancouver ou un coin de rue de Montréal traversent mon champ de vision. Pourtant, j’ai quitté la métropole québécoise le 11 mars pour atterrir en Colombie-Britannique cinq heures plus tard (mais trois heures de moins qu’à Montréal), puis seize heures et vingt minutes après à Melbourne (mais 18 heures de plus qu’à Vancouver et 15 de plus qu’à Montréal… vous me suivez?). J’ai beau être loin de chez moi, je me sens beaucoup plus proche qu’en allant faire un tour chez nos voisins du sud.

Oui, les similitudes sont nombreuses entre le Canada et l’Australie. Au-delà de l’architecture et de l’atmosphère, il y a les gens. On retrouve le même entregent, la même sollicitude, la même ouverture et le même humour chez les habitants de ces deux giga-pays. Il suffit toutefois que quelqu’un ouvre la bouche pour réaliser la distance parcourue. Il m’arrive par moment d’écarquiller les yeux en tentant de décoder les paroles de mes interlocuteurs… et de ne pas toujours y parvenir.

La Great Ocean Road offre un décor de carte postale. Photo: Marie-Julie Gagnon

Melbourne multiculturelle

«On trouve ici la cuisine de tous les coins d’Asie», me dit la Québécoise Audrey Bourget, installée à Melbourne depuis 2013, alors que nous déambulons dans les allées du Queen Victoria Market. Journaliste spécialisée en gastronomie, Audrey est venue s’installer à l’autre bout du monde après être tombée sous le charme d’un Aussie rencontré au Japon.

«Nous avons accepté le fait que notre cuisine est influencée par le reste du monde», lance pour sa part Elliott, guide de Localing Tours, avec qui je casse la croûte au sympathique restaurant Grub, dans le très branché Fitzroy, en compagnie des collègues journalistes avec qui je voyage. Parmi les plats que nous partageons ce jour-là: un tartare de kangourou. Oui, les Australiens consomment les copains de Skippy. D’ailleurs, cette viande est considérée comme un choix éthique, le nombre de kangourous étant beaucoup trop important.

À la table du restaurant Grub, où nous goûtons au tartare de kangourou. Photo: Marie-Julie Gagnon

Chaque guide rencontré au cours des derniers jours a mentionné l’importance des Italiens dans la communauté. Leur influence a été telle qu’aujourd’hui, trouver du mauvais café est plus difficile qu’en trouver du bon dans la ville natale de Kylie Minogue. Je ne me souviens pas avoir visité un endroit où il est aussi facile de trouver un latte parfait. «Starbuck a tenté de conquérir le marché, mais ils ont tous fermé, sauf deux», glisse Elliott. Après vérifications, Google indique qu’il y en aurait plutôt huit, mais c’est quand même peu considérant la taille de la ville.

Comme plusieurs Australiens rencontrés dans le sud du pays, Elliott juge Melbourne nettement plus intéressante que Sydney, trop flashy selon lui. Son collègue Martin, originaire de la Patagonie, affirme lui aussi préférer Melbourne, même s’il admet aimer quand même aller à Sydney de temps à autre.

C’est ce dernier qui emmène notre petit groupe sur la Great Ocean Road, qui porte sacrément bien son nom. Alors que nous roulons dans un décor de carte postale, l’Argentin installé à Melbourne depuis près d’une décennie résume sa perception des deux villes: «Sydney est comme une top-modèle. Elle déploie son charme, mais après, c’est tout. Melbourne, c’est une ville qu’on apprend à connaître et à apprécier.»

De la gastronomie à l’art de rue

Débarqués en plein Melbourne Food and Wine Festival, il était impensable de ne pas laisser nos papilles jouer les guides de ce séjour. Entre le «World’s longest lunch» au vignoble de Laventine Hill, dans la Yarra Valley, les restaurants aux influences diverses – tapas espagnoles à La Bomba, cuisine péruvienne chez Pastuso, croissants chez Lune… – et la tournée des grands-ducs en compagnie d’Allen et Cameron de Melbourne Food Experiences, qui nous ont notamment conduits chez Madame Brussels, chez Juliet Melbourne, au Bar Ampere et chez Mjølner, inspiré des Vikings, nous avons pu constater les multiples influences à maintes reprises.

En compagnie de Fiona, propriétaire de Hidden Secrets Tours, nous parcourons aussi quelques-unes des lanes les plus réputées en matière d’art de rue. «En 2004, il n’y avait presque rien», explique en français cette passionnée qui a vécu en France. Quinze ans plus tard, elle se réjouit de la diversité des œuvres proposées, le plus souvent spontanées. Car si certaines murales sont le résultat de contrats rémunérés, la plupart des créations apparaissent sporadiquement dans certaines ruelles, les plus connues étant sans doute Hosier et ACDC (oui, comme le groupe originaire d’Australie).

L'art de rue est partout! Photo: Marie-Julie Gagnon

Au fil des ans, certains artistes de rue se sont taillé une place enviable, autant en Australie qu’ailleurs dans le monde. C’est le cas de Rone, qui a entre autres participé au festival Mural de Montréal et qui a créé l’une des expositions qui fait le plus jaser en ce moment, en Australie et sur le Web, Empire. En transformant treize pièces d’une maison abandonnée de Burnham Beeches en véritables œuvres d’art, l’artiste prouve toute la puissance de l’art éphémère.

Pendant un an, son équipe et lui ont réuni tous les éléments nécessaires pour créer l’atmosphère recherchée. À partir de photographies de l’actrice Lily Sullivan, qui est venue poser dans la maison, Rone – Tyrone Wright – a peint d’immenses visages sur les murs décrépits de la résidence art déco des années 1930. «La maison était mon canevas», dit-il simplement.

L'artiste Rone a transformé les pièces d’une maison abandonnée en véritables œuvres d’art. Photo: Marie-Julie Gagnon

Aucun détail n’a été laissé au hasard, y compris les odeurs. La musique signée par Nick Batterham nous accompagne dans certaines pièces, amplifiant l’effet de l’œuvre. «J’ai trouvé les meubles et accessoires un peu partout dans les environs et sur Internet», m’explique-t-il, alors que j’ai du mal à me remettre du déferlement d’émotions provoqué par la visite.

La rumeur veut que la demeure soit détruite pour faire place à un hôtel de luxe. Une chose est sûre: même si les murs tombent, les lieux imaginés par Rone continueront d’habiter longtemps chacun des visiteurs de cette exposition hors norme.

En vrac:

  • Air Canada propose maintenant un vol entre Vancouver et Melbourne. Durée: 16h20. La compagnie aérienne offre aussi des vols vers Brisbane et Sydney.
  • Le taux de change entre les dollars canadien et australien étant très minime, nul besoin de constamment convertir les prix pour s’y retrouver. Certaines choses sont par contre plus chères qu’au Canada; les cocktails à 20$AUS ne sont pas rares.
  • L’exposition Rone Empire se termine le 22 avril 2019. Tous les billets se sont envolés, mais il n’est pas impossible que d’autres soient mis en vente. Pour voir la bande-annonce de l’exposition, par ici.
  • Un personnage à découvrir: Nellie Melba, mégastar des années 1930. Elle comptait Charlie Chaplin, Sarah Bernhardt et plusieurs rois et reines parmi ses amis. Il est possible de visiter sa maison, en plus du vignoble Coombe Yarra Valley.
  • Des expériences uniques: survoler Melbourne en montgolfière avec Global Ballooning, aussi accessible aux personnes à mobilité réduite (à partir de 500$AUS), et les Twelve Apostles en hélicoptère avec 12 Apostles Helicopter (à partir de 150$AUS pour 15 minutes).
  • Un incontournable: rouler sur la Great Ocean Road et faire quelques arrêts en cours de route, notamment pour se remplir la panse de délicieux poissons et fruits de mer près du port d’Apollo Bay.
  • Un restaurant: Cincin. Depuis l’ouverture, les gens font la queue pour goûter les plats bien relevés de ce restaurant thaïlandais ultra-branché. Le dj donne aussi des fourmis dans les jambes! Par contre, comme il est impossible de faire des réservations, il faut se préparer à faire la queue.
  • Une expérience gastronomique inoubliable: le restaurant de l’hôtel Lake House, à Daylesford, à environ une heure de Melbourne. Primé à plusieurs reprises, l’établissement propose des saveurs de la région dans un cadre champêtre. Mieux vaut toutefois dormir sur place ou dans le secteur après, histoire de prendre le temps nécessaire pour apprécier l’expérience.
  • Deux hôtels-boutiques confortables et bien situés: QT Melbourne et Ovolo Laneways.

J’étais l’invitée de Tourism Australia et de Visit Victoria. Toutes les opinions émises sont 100% les miennes.