La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

23 septembre 2016

Last Chance Saloon

Voyage dans le temps en Alberta

Il y a autant de raisons d’aimer voyager qu’il y a de voyageurs. Comme tout le monde, j’aime me retrouver devant un paysage époustouflant et faire des rencontres marquantes. Mais ce qui me pousse à partir encore et encore se résume en un seul mot: surprise. Qu’elle prenne la forme d’un choc culturel, d’un plat dont je ne soupçonnais pas l’existence ou d’un lieu, c’est pour être constamment secouée dans mes certitudes que je continue de voir du pays.

Alors que je me trouve dans les Badlands, en Alberta, pour marcher sur les traces des dinosaures (une destination à découvrir bientôt sur Avenues!), je suis arrêtée hier dans un endroit qui semble sortir tout droit d’une autre époque: le Last Chance Saloon, à Wayne. Le genre de lieu qui semble avoir servi de décor à un bon vieux western…

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Dès qu’on franchit le pas de la porte, on se retrouve dans un autre monde. Des photos, des bibelots et des têtes d’animaux sont disposées un peu partout. Au fond du bar, d’anciennes cases postales nous ramène au milieu des années 1900. De vieilles publicités se mêlent aux photos personnelles.

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Mais à qui appartenait donc ce cheval, aperçu dans un cadre posé sur le piano? Pourquoi ces trois trous de balles dans le mur? Et surtout, que fait ce bar adjaçant à un hôtel décrépi dans une ville aussi perdue?

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

J’ai bien sûr mené mon enquête. La jument s’appelait Tinkerbell. On raconte qu’elle venait traîner au saloon parce qu’elle aimait la bière. Les clients avaient l’habitude de lui en offrir une, en plus de la leur, ce qui était plutôt bon pour les affaires, même si les propriétaires de l’époque n’appréciaient pas trop sa présence. Les trous de balles? Trois hommes qui se seraient arrêtés pour boire un verre et qui auraient refusé de payer… Un bon vieux western, disais-je?

Le bar a accueilli ses premiers clients en 1913, un an après l’ouverture d’une mine de charbon qui a rapidement fait passer la population à 2500 habitants. Même si la fermeture a réduit ce nombre à 27 habitants en 1957 (!), l’endroit continue d’être fréquenté par les voyageurs. Pendant l’été, on peut acheter sa pièce de viande et la faire griller soi-même sur l’un des barbecues, à l’arrière. Sur la terrasse, de vieilles selles servent de tabourets, au bar.  Des plaques d’immatriculation un peu rouillées décorent la façade.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Si, pendant l’été, le saloon – qui est aussi un restaurant – est rempli à craquer, l’hiver, les propriétaires doivent être plus créatifs pour attirer les visiteurs. La possibilité de faire du ski de fond dans les parages est notamment mise de l’avant.

J’aurais pu passer la journée à scruter chacun des artéfacts de ce lieu hors du temps. J’adore ce genre de lieux bric-à-brac où chaque objet semble lié à une anecdote. Pourquoi je voyage? Parce que chaque surprise porte une histoire…