La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

11 novembre 2016

Un joyau dans la ville: le Pavillon pour la Paix du Musée des beaux-arts de Montréal

À compter du 19 novembre, les Montréalais ont rendez-vous dans un nouveau lieu qui va les réconcilier avec la vie : le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), un panthéon de beauté.


L’histoire d'un legs

Avant toutes choses, c’est du couple qui a donné son nom à ce nouveau pavillon qu’il faut parler. Il y a dans le parcours de ces deux juifs polonais une admirable leçon de vie. Ça commence par une combativité de tous les instants devant la menace nazie. En pleine Deuxième Guerre, Michal s’échappe du train qui le conduit à Auschwitz. Il se terre à Budapest et en Tchécoslovaquie où il rencontre Renata, elle aussi en fuite. À l’issue de cette guerre qui leur a enlevé de nombreux parents et amis, les deux survivants s’installent à Rome où ils découvrent l’art et commencent même à en acheter. C’est déjà un pied de nez à la fatalité.

Crédit photo: Claude Deschênes.
Le nouveau pavillon du MBAM, dont l'entrée sera gratuite jusqu'au 15 janvier. Crédit photo: Claude Deschênes.

Un ami, ambassadeur canadien dans la ville Éternelle, les incite à émigrer au Canada. Ce qu’ils feront en 1951, choisissant Montréal, une terre d’accueil qui leur offre la possibilité de s’enrichir grâce à l’immobilier. La fortune qu’ils accumulent nourrira une passion pour les beaux objets et les tableaux rares, qu’ils collectionnent avec un jugement très sûr. Dès les années 70, ils font profiter le Musée des beaux-arts montréalais de leur expertise et de leur générosité. Après avoir beaucoup donné à la communauté, le couple de mécènes arrive en fin de vie et pose un dernier geste spectaculaire qui nous ramène à ce nouveau Pavillon pour la Paix. Michal et Renata offrent leur collection personnelle au Musée des beaux-arts de Montréal, soit 77 œuvres de maîtres anciens que le milieu de l’art se serait arrachés à gros prix si elles avaient été mises en vente. On a écrit que leur don pourrait valoir 100 millions de dollars.

Quand la fin justifie les moyens

Il y avait une condition à ce don: le couple demande qu’une nouvelle aile soit construite au Musée des beaux-arts pour accueillir ce legs historique. Je me souviendrai toujours de la conférence de presse annonçant la décision du gouvernement du Québec de débloquer 18,5 millions de dollars pour des travaux d’agrandissement du musée. Le ministre des Finances Raymond Bachand, qui avait visité l’appartement des Hornstein, avait des trémolos dans la voix en parlant de cette collection de chefs-d’œuvre qu’il venait de voir et que son intervention permettait de garder à Montréal.

Quatre ans et 25,5 millions de dollars plus tard, les portes de ce nouvel écrin pour la collection Hornstein s’ouvrent. Malheureusement, ni Renata ni Michal ne pourront voir le résultat de leur générosité. Ils sont tous deux décédés avant la fin des travaux qui, précisons-le, se sont faits dans les délais prévus. Mais leur volonté de permettre à un large public d’avoir accès à toute cette beauté qu’ils ont assemblée pendant 40 ans est exaucée. Même que l’accès au nouveau pavillon sera gratuit jusqu’au 15 janvier 2017.

Crédit photo: Claude Deschênes.
Un aperçu de l'importante collection d'oeuvres d'art du nouveau pavillon. Crédit photo: Claude Deschênes.

Un écrin pour la beauté du monde

Je vous le promets, vous ne serez pas déçus. L’édifice, signé Katsuhiro Yamazaki, est une splendeur misant sur le bois, la lumière et ouvert sur la ville. Les collections qu’il abrite font voyager dans le temps. Chacun des quatre étages d’exposition recèle des joyaux de toutes les époques. Le parcours commence au niveau 4 avec une centaine d’œuvres du Moyen âge à la Renaissance. Le Siècle d’or s’offre à nous au niveau 3 avec une sélection de 150 œuvres. C’est là qu’on trouve principalement la collection Hornstein, riche de nombreux tableaux flamands. Au niveau 2, on passe du Baroque à Napoléon car l’importante collection Napoléon du MBAM a été déménagée dans le nouveau pavillon dans une salle qui la met beaucoup plus en valeur. Au niveau 1, on célèbre l’art contemporain avec plus de 200 toiles datant du XIXe à l’an 2000. Vous serez ébloui par la quantité et la qualité des tableaux exposés, mais aussi par l’aménagement des différentes stations. Le plafond d’une d’elles est même animé grâce à un mapping de la firme Graphics eMotion de Montréal qui recrée une canopée la nuit. L’effet est envoûtant, unique pour une collection permanente.

Pour que le passage d’une salle à l’autre ne devienne pas quelque chose d’assommant, le visiteur est invité à emprunter un escalier-événement inondé de lumière et ouvrant sur la ville. De plus, entre chaque salle d’exposition, le parcours, baptisé le Sentier de la Paix, est ponctué d’œuvres contemporaines qui sont autant de témoignages que l’art s’inscrit dans un continuum.

L'oeuvre Nœud Pivoine de l’artiste français Jean-Michel Othoniel. Crédit photo: Claude Deschênes.
L'oeuvre Nœud Pivoine de l’artiste français Jean-Michel Othoniel. Crédit photo: Claude Deschênes.

Je vous mets au défi de ne pas être interpellé par Nœud Pivoine de l’artiste français Jean-Michel Othoniel, qui a réalisé un collier de perles de 500 kg suspendu au-dessus de nos têtes. Les perles, du verre soufflé, sont enfilées sur une structure métallique suspendue dans un espace à grand volume, complètement fenestré et ouvert sur la rue. L’œuvre nous oblige à porter notre regard vers le haut, ce qui, pour l’artiste, est une façon de combattre ce monde qui ne cesse de nous tirer vers le bas. Il y a aussi dans l’évocation de la pivoine un rappel des vertus thérapeutiques de cette fleur et de son éternelle beauté.

Crédit photo: Claude Deschênes.
L’édifice, signé Katsuhiro Yamazaki, est une splendeur misant sur le bois, la lumière et ouvert sur la ville. Crédit photo: Claude Deschênes.

Rendre l'art accessible et utile

Toutes ces références ont plu à Nathalie Bondil, la directrice du musée, car elles sont un écho à une autre des vocations du Pavillon pour la Paix, celle d’être le lieu d’accueil des programmes éducatifs, sociocommunautaires et d’art-thérapie. Grâce au don de 2 M$ d’un autre mécène exemplaire, Michel de la Chenelière, deux étages du nouvel édifice de la rue Bishop sont consacrés à ces missions, notamment celle de faire de la recherche scientifique sur les effets de l’art sur la santé.

Quand on sort de cette boîte magique, on ne peut faire autrement que trouver que la vie est belle parce que l’art fait du bien.

Mon coup de coeur

Les rapaces de l’artiste René Derouin

Pour mon coup de cœur de la semaine, j’ai un peu forcé les choses. Je suis allé voir l’exposition de l’artiste René Derouin avant que l’accrochage ne soit terminé à la galerie Éric Devlin. Après Québec et Ottawa, on peut enfin voir le travail récent de cet artiste toujours aussi pertinent.

Crédit photo : Claude Deschênes.
Crédit photo : Claude Deschênes.

À 80 ans, René Derouin a créé une suite d’œuvres saisissantes sur le thème des rapaces. Grand observateur de la nature des Amériques, il propose un parallèle entre les oiseaux de proie qui chassent pour survivre et l’humain prédateur qui le fait pour servir ses intérêts. Pour l’artiste c’est une façon d’expliquer pourquoi les démocraties sont flouées, la nature est torpillée, les moins nantis, vampirisés. René Derouin ne désarme pas, toujours aussi lucide et engagé. Son attachement au Mexique demeure également très fort. D’ailleurs, du 16 au 21 novembre, quelques-unes de ses œuvres seront présentées au Salon du livre qui accueille le Mexique cette année. Quant à Rapaces, c’est à la galerie Éric Devlin du 12 novembre au 17 décembre.

Galerie Éric Devlin

550 avenue Beaumont (coin Querbes)