Photo: Artur Staszewski, Flickr
Photo: Artur Staszewski, Flickr
22 novembre 2017Auteure : Marie-Julie Gagnon

10 choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Mont-Tremblant

Avec ses montagnes, ses sentiers, ses lacs et ses rivières, la région des Laurentides est, pour plusieurs, une destination de vacances idéale. Alors que la saison de ski s’apprête à débuter à Mont-Tremblant, remontons le temps pour retracer quelques faits marquants de son histoire.

1- Le mont Tremblant fait partie d’une des plus vieilles chaînes de montagnes de la Terre

Il y a un milliard d’années, les Laurentides étaient une espèce d’Himalaya faite de pierres et de glace. L’action des gels et dégels successifs a causé l’érosion des Laurentides et les calottes glaciaires ont nivelé le paysage. Il y a environ 10 000 ans, le mont Tremblant, alors enseveli sous la glace, est apparu, libéré de son carcan. Les lacs et les rivières sont aussi le résultat de cette glaciation.

Photo: Matthieu Guyonnet-Duluc, Flickr
Photo: Matthieu Guyonnet-Duluc, Flickr

2- Les premiers hommes sont venus de Sibérie il y a environ 8000 ans

Arrivés par le détroit de Béring, alors à sec, les premiers hommes vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette de fruits. Ils vivront en parfait accord avec la nature jusqu’à l’arrivée des premiers Blancs dans les Laurentides, il y a plus d’une centaine d’années.

3- Une légende évoque «la montagne tremblante»

Oui, la terre tremble parfois à Tremblant, résultat de son passé sous le poids de la glace et de son sol affaissé. Autrefois territoire de la Petite Nation des Algonquins, le parc du Mont-Tremblant abrite bien des légendes. L’une d’elles tourne autour de la montagne qui domine le paysage, baptisée Manitonga Soutana, soit la terre des Esprits. On raconte que quand quelqu’un osait enfreindre les lois sacrées de la nature, c’est-à-dire qu’il lui manquait de respect ou qu’il tuait pour une autre raison que la défense ou la nécessité, le Grand manitou faisait trembler la montagne.

Photo: TMAB2003, Flickr
Photo: TMAB2003, Flickr

4- Les révolutions ont amené les premiers colons

C’est à la suite de la révolution américaine, de la révolution industrielle en Angleterre et du développement du ski que la région voit arriver ses premiers Blancs. La guerre de Sécession amène de nombreux immigrants au Québec. Victimes de la misère et de la famine qui règnent en Angleterre, de nombreux Écossais viennent aussi s’installer outre-Atlantique, séduits par les promesses de prospérité du gouvernement canadien. À cette époque, les villes se développent, mais le chômage et la pauvreté s’installent comme en Europe. Alors que de nombreux Québécois partent travailler dans les filatures de coton aux États-Unis, des immigrants arrivent ici avec le même espoir d’une vie meilleure.

Quand on regarde l’histoire de plus près, on constate que c’est une campagne de marketing pilotée par les hautes instances du peuple et le clergé qui a convaincu les nouveaux arrivants d’aller coloniser les terres sauvages des Laurentides. On présente alors la région comme un eldorado agricole et une nouvelle Suisse, parfaite pour l’industrie laitière. Les Laurentides ne sont pas «une barrière du Nord», comme on les percevait à l’époque, mais plutôt l’Éden où chacun pourra nourrir sa famille.

C’est à cette époque qu’entre en scène celui qu’on appelle le Père de la colonisation: le curé Antoine Labelle. Son rêve? Développer les Laurentides, notamment grâce au tourisme. Quand le train se rend enfin jusqu’à Sainte-Agathe, les voyageurs se mettent à affluer. En 1892, un an après sa mort, le chemin de fer amène les passagers jusqu’à Saint-Jovite. En quelques années, l’industrie touristique devient la première source de revenus des Laurentides, devant celle du bois.

Locomotive à la gare, Laurentides (?), vers 1930. Photo: Don de Mr. Stanley G. Triggs, © Musée McCord
Locomotive à la gare, Laurentides (?), vers 1930. Photo: Don de Mr. Stanley G. Triggs, © Musée McCord

5- Les premiers touristes d’hiver débarquent en 1905

Jusqu’au début des années 1900, les touristes venaient dans la région du printemps à l’automne. Un jour de 1905, alors que le paysage était recouvert de neige, des membres du Montreal Ski Club décident de parcourir à skis les 50 kilomètres nécessaires pour se rendre jusqu’à Sainte-Agathe de Shawbridge. Une révolution!

Les premiers à faire l’ascension du mont Tremblant à skis sont deux garçons de 13 et 23 ans, Tom et Harry Wheeler, fils de George Ernest Wheeler, homme d’affaires venu s’établir dans la région à la fin des années 1800.

En quelques années, le ski se met à attirer tant de touristes que le Canadien National, puis le Canadien Pacifique se mettent à organiser des «trains de neige» pour les Montréalais. Il faudra toutefois attendre 1938* pour que la construction de la première station de ski à mont Tremblant débute.

* Les dates diffèrent selon les sources.

6- Toutes sortes d’inventions ont passionné les skieurs

À la fin des années 1920, Moïse Paquette, propriétaire d’un garage et «patenteux» notoire, tronque les ailes de son avion et tire les skieurs à 120 km/h. L’aéroski était né!

À Shawbridge, sur la Big Hill, Alex Foster, un jeune champion sauteur montréalais, juche son automobile sur des blocs et enlève un pneu arrière. Il relie la jante à une poulie placée en haut de la côte à l’aide d’un câble et monte la montagne en tenant le câble, alors que le moteur tourne. On raconte que son invention était loin d’être au point et que les skieurs devaient enduire leurs mitaines de résine pour mieux coller à la corde et éviter de se retrouver suspendus comme à une corde à linge. Sans parler des accidents causés par les câbles qui s’entortillaient autour des vêtements!

Si plusieurs soutiennent qu’Alex Foster est l’inventeur de la première remontée mécanique, le brevet d’invention est toutefois au nom de… Moïse Paquette. Difficile de savoir qui a vraiment été le premier, mais chose certaine, M. Paquette était plutôt avant-gardiste. À l’instar de Bombardier, il avait créé un «snowmobile» pour venir en aide aux automobilistes et aux camionneurs les soirs de tempête.

7- Jackrabbit, personnage légendaire

Né en Norvège en 1875, Herman Smith-Johannsen, surnommé plus tard Jackrabbit à cause de sa rapidité, était déjà l’un des meilleurs skieurs de son pays à l’âge de 15 ans, toutes spécialités confondues. Il est venu s’installer en Amérique à l’âge de 24 ans, diplôme en génie mécanique en poche.

Embauché par une entreprise qui vend de la machinerie lourde pour la coupe de bois, il est amené à visiter régulièrement les chantiers du nord du Québec et de l’Ontario. Il se lie d’amitié avec des Cris et des Ojibwés, à qui il fait découvrir le ski, beaucoup plus rapide que leurs raquettes ancestrales!

Sa vie ressemble à un film. Après un détour dans les Antilles, un retour aux États-Unis, puis au Québec, il entreprend une nouvelle carrière comme ingénieur du ski après avoir connu de dures épreuves financières. Il a continué à prendre part à des compétitions de ski jusqu’à un âge très avancé. Il est décédé en 1987 à l’âge de 111 ans, mais les histoires de ce personnage haut en couleur continuent d’être racontées. Une piste de Tremblant porte son nom, la Johannsen.

Jackrabbit Johannsen. Musée canadien du ski, Ottawa. © Frank E. Macintyre
Jackrabbit Johannsen. Musée canadien du ski, Ottawa. © Frank E. Macintyre

8- La première course de Tremblant a eu lieu avant même qu’une piste ait été tracée

La course Kandahar tient son nom de Lord Roberts of Kandahar, guerrier héroïque qui a permis la levée du siège de la ville de Kandahar, en Afghanistan, et qui figurait parmi les invités d’un événement organisé à Montana-sur-Sierre, dans les Alpes suisses, le 11 janvier 1911. La course à obstacles lancée par une bande de skieurs britanniques particulièrement casse-cou deviendra une compétition internationale 13 ans plus tard, après la fondation du Kandahar Ski Club.

L’idée de la Kandahar-Québec émerge en 1929. C’est Jackrabbit qui suggère que la course se tienne sur le mont Tremblant, lui qui connaît bien le secteur et la région de la Diable. Comme il n’y a pas de piste, son idée est considérée comme absurde par plusieurs, mais il obtient gain de cause. La Kandahar-Québec est devenue la première compétition majeure de descente au Canada.

9- C’est en 1939 qu’un centre de ski moderne accueille enfin les skieurs

Un Américain fasciné par la montagne, Joe Ryan, décide qu’il est temps de faciliter son accès. Ayant hérité de la fortune de son grand-père, mais aussi de son caractère de bâtisseur, il part à la conquête de son rêve. La montagne faisant partie du parc de la Montagne Tremblante, il la loue au gouvernement et achète les terres qui se trouvent au pied des pentes. Qui embauche-t-il pour le défrichement des pistes? Jackrabbit, bien sûr!

C’est à Tremblant qu’est installé le premier télésiège au Canada. «Le Mont-Tremblant Lodge devient vite le rendez-vous des Américains bien nantis qui y apprécient l’excellence des conditions de ski et l’ambiance canadienne française», rappelle la Sépaq.

Photo: Andrea Black, Flickr
Photo: Andrea Black, Flickr

10- Du parc de la Montagne Tremblante au parc du Mont-Tremblant

L’origine de ce parc créé en 1894 n’est pas forcément celle à laquelle on s’attend… Le parc voit le jour en réponse à la demande d’octroi de terrains du docteur Camille Laviolette, qui souhaite construire un sanatorium sur le mont Tremblant pour traiter les personnes atteintes de tuberculose. Inspiré par ses années dans les Alpes, où il a constaté les résultats obtenus par des établissements de santé, il est persuadé que le mont Tremblant est l’endroit tout indiqué pour mener son projet. Cependant, ne parvenant pas à amasser les fonds nécessaires pour sa mise en place, il devra l’abandonner.

Le parc ouvre au grand public en 1958. Depuis 1981, la mise en valeur de son environnement exceptionnel et la préservation de ses richesses sont ses principales missions.

Mont-Tremblant est aujourd’hui la station de ski no 1 de l’est de l’Amérique du Nord.

Sources:

  • Mont Tremblant, la poursuite d’un rêve, Louise Arbique, Carte blanche, 1998
  • Sépaq
  • Tremblant.ca

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