Photo: Facebook Bloc Québécois de Brossard-Saint-Lambert
Photo: Facebook Bloc Québécois de Brossard-Saint-Lambert
7 novembre 2018Auteur : Patrick White

Bernard Landry (1937-2018): un bâtisseur du Québec moderne

Le décès de l’ex-premier ministre du Québec Bernard Landry, mardi, à l’âge de 81 ans, est l’occasion de faire le point sur sa remarquable contribution au développement du Québec depuis les années 1960.

Son idéal: la souveraineté du Québec. Un rêve qui ne s’est jamais réalisé de son vivant.

Il a été actif pendant près de 60 ans, de ses débuts dans les associations étudiantes, au commencement des années 1960, jusqu’à ses récentes apparitions publiques cet été pour des concerts et événements culturels. Bernard Landry a été vice-premier ministre du Québec de 1994 à 2001 et ministre dans les gouvernements de René Lévesque, de 1976 à 1985. Il a également été vice-président du Parti québécois de 1989 à 1994.

On le savait malade depuis des années (troubles pulmonaires), mais Bernard Landry avait à peine réduit son rythme dans les dernières années, acceptant presque toutes les invitations qui lui parvenaient. C’était sa marque de commerce depuis le début de sa vie. Un homme d’action au cœur des gens et des événements.

Photo: Alexandre Demers, Flickr
Bernard Landry lors d'une conférence en 2006. Photo: Alexandre Demers, Flickr

Né en 1937 à Saint-Jacques de Montcalm, au nord de Joliette, Bernard Landry a été de toutes les luttes étudiantes des années 1960, en particulier pour la défense du français au Québec. En 1962, il avait combattu le président du Canadien National d’alors, Donald Gordon, qui affirmait que l’absence de francophones dans les rangs de la haute direction était liée au manque de compétence. Ce genre de débat n’a plus sa place au Québec et, depuis, les francophones sont bel et bien aux commandes de leur économie.

Bernard Landry a eu Pierre Elliot Trudeau comme professeur et a fait des études classiques, d’où sa connaissance fine du latin. Il a également étudié à Paris, à l’Institut d’études politiques, de 1965 à 1967. Bernard Landry avait une tête bien faite et un grand réseau de contacts en France. Il était cultivé, éduqué et maîtrisait également l’anglais et l’espagnol. Un véritable citoyen du monde. Durant la Révolution tranquille (1960-1966), il a participé activement aux grands débats. Avocat de formation, Bernard Landry a été de tous les combats.

J’ai couvert Bernard Landry à l’Assemblée nationale de 1990 à 2002, pour CTV National News et l’agence de presse Reuters. Il était toujours disponible, cordial et respectueux. Ma première interview avec lui date de 1989 alors que je rédigeais un essai sur la Révolution tranquille dans le cadre de mes études en journalisme à l’Université Laval. Il avait passé près de 90 minutes avec moi, un jeune étudiant inconnu de Québec, pour parler de sa passion: le Québec. Ce que je retiens de lui est une disponibilité et une accessibilité hors du commun. Il acceptait même de se déplacer à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, ou ailleurs, pour participer à des débats politiques dans des médias communautaires. Il acceptait toutes les invitations.

Bernard Landry était un infatigable indépendantiste, étant activement pédagogue pour cette cause. Il a été très actif lors des référendums de 1980 et de 1995. C’était un vrai patriote. Il a d’ailleurs fait changer le nom de la fête de Dollard (fête de la Reine) au début des années 2000 pour celui de Journée nationale des patriotes.

Je me rappelle qu’en septembre 1994, juste après l’élection du PQ, le cabinet de M. Landry (alors ministre des Finances et vice-premier ministre) m’avait approché pour que je devienne son attaché de presse. Avec le recul, je me rends compte que j’ai bien fait de ne pas accepter l’offre étant donné que je n’avais que 24 ans et pas assez d’expérience. M. Landry aimait travailler avec les jeunes. C’était une de ses forces, je crois.

Ce que je retiens de l’héritage de Bernard Landry? Il faisait passer la patrie avant le parti et il n’est pas allé en politique pour s’enrichir financièrement. Il y était pour le service public et le sens du devoir. En ce sens, c’était un homme d’État.

Avec ses livres blancs sur l’économie du Québec et sa passion pour l’économie, le libre-échange (c’est lui qui a aidé à la promotion du libre-échange avec les États-Unis en 1988 et 1989) et les finances publiques, Bernard Landry a été un grand vulgarisateur et pédagogue. Sans lui, le premier ministre canadien Brian Mulroney n’aurait pas pu aller de l’avant avec le projet de libre commerce avec les États-Unis. L’appui du Québec a été vital.

Il a contribué de façon spectaculaire au développement du Québec avec des projets phare comme la Paix des braves avec les communautés autochtones (2001), le blocage de l’achat de Vidéotron par Rogers en 2000 (avec l’aide de la Caisse de dépôt et placement) et la mise sur pied de la Cité du multimédia à Québec et Montréal, grâce à de généreux crédits d’impôt, qui fait du Québec, en 2018, la plaque tournante mondiale en matière de jeux vidéo. M. Landry était un visionnaire.

Ses principaux regrets? Ne pas avoir réussi à faire du Québec un pays et son départ précipité à la tête du PQ, à l’été 2005, après un vote de confiance pourtant remporté avec 76% d’appuis. Cela, il l’a toujours amèrement regretté.

Les funérailles d’État de l’ex-premier ministre auront lieu le mardi 13 novembre à la basilique Notre-Dame de Montréal. Une chapelle ardente se tiendra à l’Assemblée nationale le samedi 10 novembre, et à Montréal, le lundi 12 novembre.