La chronique Culture

Auteur(e)

Claudia Larochelle

Claudia Larochelle est auteure (Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Les îles Canaries, Je veux une maison faite de sorties de secours - Réflexions sur la vie et l'oeuvre de Nelly Arcan, La doudou qui ne sentait pas bon, etc.) et journaliste indépendante spécialisée en culture et société. Elle a animé pendant quatre saisons l'émission LIRE sur ICI ARTV et elle reprend le flambeau en animant le webmagazine LIRE, dont le club de lecture en ligne compte plusieurs milliers d'abonnés. Elle est chroniqueuse sur ICI Radio-Canada radio et télé, entre autres à l'émission Marina Orsini et les vendredis en direct avec Patrice Roy au TJ 18h. On peut la suivre sur Facebook et Twitter : @clolarochelle.

6 septembre 2018

Une rentrée bienveillante

Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’on me demande conseil sur quoi lire. C’est correct, ça me fait sincèrement plaisir d’y répondre.

Alors voilà, s’il y a un être humain qu’il faudrait avoir lu dans sa vie, c’est bien la psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle. N’ayez crainte, elle est très accessible. Vraiment. «Lire la philosophe Anne Dufourmantelle est une chance qu’il ne faut pas perdre», titrait même le Madame Figaro au lendemain de sa mort tragique en juillet 2017.

Photo: Facebook
S’il y a un être humain qu’il faudrait avoir lu dans sa vie, c’est bien la psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle. Photo: Facebook

Je voulais écrire sur elle et l’honorer l’été dernier, mais j’ai eu peur que ça se perde avec les vacances. J’en profite maintenant en ce retour officiel de congé. Pour l’histoire, la brillantissime Française, qui a écrit des essais formidables comme Éloge du risque, s’est noyée à 53 ans en essayant de sauver deux enfants des flots de la Méditerranée. Plus souvent qu’autrement, elle a parlé de bienveillance, mot qui pour certains manque de «sexyness», qui sonne un peu prêchi-prêcha. Et pourtant, s’il y a une époque qui mériterait peut-être qu’on s’y attarde plus, c’est bien la nôtre, marquée par pas mal d’individualisme, pour ne pas dire d’égocentrisme. À trop se regarder, se photographier, se retoucher, se montrer, en sommes-nous venus à oublier les autres?

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À lire: ce formidable essai de la Française Anne Dufourmantelle.

Il ne faudrait pas confondre «gentillesse», qui concerne la délicatesse et la prévenance d’une personne à l’égard d’une autre, avec cette «bienveillance» telle que décrite par Dufourmantelle et, qui, selon le dictionnaire Larousse, est une « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui». En d’autres mots, comme dans le cas de quelques politiciens en campagne électorale, on peut être gentil sans être bienveillant…

Romancier et essayiste, Jean-Philippe Domecq, dont le propre fils a été sauvé des flots par la défunte amie en cette journée fatidique de juillet 2017, fera d’ailleurs paraître L’amie, la mort, le fils vers la mi-octobre aux éditions Thierry Marchaisse. On imagine l’hommage empreint d’amour réservé à la bienveillante qui a rescapé son enfant. Ça risque d’aller droit au cœur.

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Cet ouvrage du romancier et essayiste Jean-Philippe Domecq risque d'aller droit au cœur.

Pour réfléchir à la bienveillance, plusieurs œuvres de la rentrée montréalaise portent là-dessus à divers égards. Sur scène, à l’écran, en littérature, bref, à travers n’importe quelle forme d’art, elle apparaîtra même comme une forme de résistance à l’oppression et à ces êtres irritants, vulgaires ou mécréants qui nous entourent.

Sur nos scènes

Parmi ces odes culturelles à la bienveillance, notons les Chroniques d’un cœur vintage, spectacle solo d’Émilie Bibeau (mise en scène par Sophie Cadieux) présenté jusqu’au 22 septembre à La Petite Licorne et dans lequel l’actrice révèle son monde intérieur et aspirations dans un récit porté par les mots de d’autres. Il s’agit d’un appel à l’amour, rien de moins. À elle seule, Bibeau est un cœur qu’on aurait envie d’embrasser.

Présentée à La Licorne
Ce spectacle solo d’Émilie Bibeau est un appel à l'amour, rien de moins.

Du 11 septembre au 6 octobre au théâtre Espace Go, c’est Le reste vous le connaissez par le cinéma de Martin Crimp, dans une traduction québécoise et une mise en scène de Christian Lapointe, qui sera présentée avec pour histoire Jocaste qui tente de réconcilier ses deux fils prêts à s’affronter au champ de bataille dans une barbarie sans nom.

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Et que dire de Oslo de J.T. Rogers chez Duceppe jusqu’au 13 septembre? N’est-il pas là aussi question de ça dans ce thriller humaniste inspiré par les efforts qui ont mené à la signature des célèbres accords d’Oslo en 1993? La réunification des deux Corées de Joël Pommerat, qui prend l’affiche du 18 septembre au 13 octobre à La Bordée du côté de Québec, n’y échappe pas non plus avec ses réflexions autour du rapport à l’autre.

Présentée
La pièce Oslo est présentée chez Duceppe jusqu'au 13 septembre.

Comme le titrait il y a quelques années Dave St-Pierre dans son célèbre show de danse qui a voyagé dans le monde: Un peu de tendresse bordel de merde! Un peu de douceur... «Si la douceur était un geste, elle serait une caresse», déclarait Dufourmantelle dans Puissance de la douceur. Elle était persuadée que nul ne pouvait survivre sans jamais ressentir cet égard de l’autre sur soi-même à un moment ou un autre de son existence. Ne serait-ce qu’une seule petite fois. Soyons doux.

Je craque pour...

L’émouvante pianiste québécoise Alexandra Stréliski a dévoilé cet été deux titres de son second et très très attendu album InscapeChanging Wind et Plus tôt ont d’ailleurs été entendus dans la série Sharp Objects, présentée sur HBO et basée sur le roman de Gillian Flynn, dans une réalisation de Jean-Marc Vallée. L’album en entier paraîtra le 5 octobre et poursuit son exploration des tonalités mélancoliques, enivrantes, oniriques et aériennes. Je ne blague même pas en révélant que sa musique me procure des orgasmes auditifs. Je conseille à tous d’y porter une attention particulière, quant qu’à moi, l’artiste est un génie.

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Le second album de la pianiste québécoise Alexandra Stréliski poursuit son exploration des tonalités mélancoliques, enivrantes, oniriques et aériennes.

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