Plage de Cayo Largo, Cuba. Photo: Pixabay
12 octobre 2018Auteure : Julie Chaumont

Espérer travailler encore longtemps à 65 ans

À l’âge où plusieurs prennent leur retraite (quand ce n’est pas déjà fait), Colette Lejour espère plutôt pouvoir travailler encore longtemps. Histoire d’une carrière coup de cœur amorcée à 50 ans et qui dure depuis.

Avenues: Quelles sont les grandes lignes de votre parcours scolaire et professionnel?

Colette Lejour: Après mon secondaire 5, j’ai commencé le cégep en sciences de la santé parce que je voulais devenir professeur d’éducation physique. Après une session, un nouveau programme est sorti: technique des loisirs. Ça me parlait plus et m’y suis inscrite. Par la suite, j’ai songé à m’inscrire au nouveau programme pour devenir criminaliste car la psycho et le droit m’avaient toujours intéressée. C’est à ce moment que mon père, seul soutien d’une famille de quatre enfants, m’a fait comprendre qu’il n’aurait pas les moyens de m’entretenir au cégep comme ça très longtemps.

Ma mère, alors femme au foyer, m’a dit qu’elle avait toujours rêvé de faire un cours commercial et m’y encourageait. J’ai suivi son conseil et je suis devenue sténo-dactylo. Une fois ce cours complété, j’ai travaillé deux ans pour une psychologue scolaire et suis ensuite partie voyager en Europe pendant sept mois.

En revenant au pays, j’ai travaillé trois saisons en tant que contractuelle dans le domaine de l’immigration. J’ai ensuite ouvert une garderie en milieu familial, que j’ai fermée… 12 ans plus tard!

À 47 ans, je suis partie à Cuba car mon mari venait d’y décrocher un contrat pour trois ans. Pendant ces années, j’ai fait quelques contrats pour l’ambassade. Je n’avais pas de travail attitré, mais je suis tombée en amour avec le pays et m’y suis fait plusieurs amis, dont une représentante à destination avec qui je faisais affaire pour mes séjours à l’extérieur de la Havane.

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A: Et c’est à Cuba que votre nouvelle carrière s’est amorcée?

C. L.: Oui, en effet. Lorsque le contrat de mon mari s’est terminé, la perspective d’avoir à trouver du travail au Québec ne m’enchantait pas et l’idée de travailler dans l’industrie du voyage me plaisait. J’ai alors eu l’idée de téléphoner à mon amie représentante à destination pour lui demander si elle pensait que je pourrais faire ce métier, ou si j’étais trop vieille. J’avais 50 ans à ce moment-là. Elle m’a dit qu’avec mon expérience dans le service à la clientèle et ma connaissance des langues anglaise et espagnole, j’avais de bonnes chances d’être engagée.

Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et ai envoyé mon CV à Tours Mont-Royal. Peu de temps après, je revenais à Montréal pour passer une entrevue. J’ai ensuite fait une formation de deux semaines puis j’ai été engagée en tant que représentante à destination. Ma première destination fut pour Cayo Largo, ensuite il y en a eu plusieurs à différents endroits à Cuba, au Mexique également. L’entreprise a été vendue à Air Transat, mais j’y suis toujours et cela fait maintenant 15 ans que je suis agente à destination!

A: Le domaine du voyage vous a-il toujours intéressé?

C.L.: Oui! J’avais déjà pris de la documentation pour le Collège April-Fortier, mais j’avais alors des enfants en bas âge et cela nécessitait beaucoup d’argent. J’avais donc mis cette idée de côté.

A: Quelles sont vos principales tâches en tant que représentante à destination?

C.L.: C’est moi qui accueille les voyageurs à l’aéroport et qui les dirige vers le bon autobus. J’ai aussi la tâche de tenir les séances d’information à l’arrivée à l’hôtel et de répondre aux demandes ou aux plaintes des clients. C’est également moi qui s’occupe de réserver les activités auxquelles veulent prendre part les voyageurs. Je dois aussi faire des rapports écrits à mon employeur, ce qui représente une bonne partie de mon travail. Mais ce que j’aime le plus c’est le contact avec les clients. J’aime les rencontres et le fait qu’on peut faire la différence pour la réussite d’un séjour.

A: Travaillez-vous toute l’année?

C.L.: Non. Il s’agit d’un emploi contractuel. Au début, je partais six mois par année et revenais au Québec pour les six autre mois. Maintenant, je pars seulement trois mois par année, ce qui me permet de mieux profiter de mes petits-fils. Lorsque je suis en poste, je travaille six jours sur sept et suis logée à l’hôtel.

Étant contractuelle, je ne sais jamais si mon contrat sera renouvelé. Je ne prends donc pas ce travail pour acquis, mais j’espère avoir la chance de le faire encore longtemps. Quand j’ai commencé, je pensais faire ça pour 4-5 ans, mais ça fait déjà 15 ans. C’est comme une drogue! À tous les matins, tous les jours, je remercie la vie d’être là. Je me trouve vraiment chanceuse.

A: S’il arrivait que votre contrat ne soit pas renouvelé, songeriez-vous à prendre votre retraite?

C.L. : J’ai 65 ans, alors oui… quoiqu’il y a toujours la possibilité d’accompagner des groupes à l’étranger pour quelques semaines. Ce n’est pas payé, mais ça permet de voyager gratuitement. Je le ferais peut-être!

Au tournant de mes 60 ans, j’ai songé à prendre ma retraite, car j’étais devenue grand-mère et je m’étais fixé ce moment pour poser mes valises, mais l’idée de ne plus être en action, de ne plus avoir ce contact avec les clients, bref, l’idée de ne plus faire un métier que j’aime tant m’attristait. J’ai effacé la ligne que je m’étais tracée… Après tout on n’est pas obligé de prendre sa retraite, et quand on a un métier qu’on aime et qu’on a les bonnes conditions pour le faire, pourquoi s’arrêter si on n'en a pas envie?

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