30 juillet 2015Auteure : Véronique Leduc

Produits du terroir

FRAMBOISES DU QUÉBEC EN PÉRIL

Les fruits des producteurs d’ici ne doivent pas être tenus pour acquis et les framboises du Québec sont en train de nous le prouver. Incapables de faire face à la compétition californienne, et devant des épiciers qui leur font peu de place, certains producteurs de framboises songent tout simplement à abandonner la culture du petit fruit.



C’est la faute à Driscoll’s, mégaproducteur californien de framboises, aux épiciers, et aux consommateurs peut-être…

Tout commence dans les champs californiens, où les coûts de production, à cause d’une main d’œuvre moins bien payée et de l’énorme quantité produite, sont bien plus bas qu’ici, et ce, à l’année.

Là où le bât blesse, c’est que Driscoll’s propose des prix particulièrement bas, allant jusqu’à trois casseaux pour 6 $ pendant la courte saison québécoise des framboises, ce qui n’est certainement pas le fruit du hasard, admet Yourianne Plante, directrice générale de l'Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal, ose même parler d’une façon de faire qui serait proche du «dumping», c’est à dire d’une pratique commerciale déloyale.

Devant un prix si bas, et affirmant qu’il manque de framboises québécoises pour répondre à la demande, les grands détaillants ont mis, la semaine dernière, les framboises américaines de l’avant sur leurs tablettes et dans les circulaires.

Tout ceci en vient finalement à affecter les 500 producteurs de framboises du Québec qui non seulement doivent proposer leurs produits à plus bas prix, mais se voient aussi offrir moins de place en épicerie.

En effet, selon Florent Gravel, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, les chaînes d'alimentation doivent s'assurer d'avoir un approvisionnement suffisant pour répondre à la demande des clients, ce qui serait impossible sans la framboise des États-Unis, et ce, même lors des récoltes québécoises.

Résultat: la production de La Belle Province, autour de 1 300 tonnes de framboises par année, peine à s’écouler cet été!

Et le problème ne date pas d’hier. L’an dernier, à pareille date, les producteurs avaient aussi lancé un cri du cœur dans les médias.

La situation est à ce point alarmante que devant la difficulté à écouler leurs fruits, et face à des baisses de profits, certains producteurs de framboises menacent de diminuer ou carrément, de cesser leur production.

«La collaboration avec les chaînes est essentielle pour conserver notre industrie. Si les producteurs de framboises n’arrivent pas à écouler leur stock, ils vont se tourner vers d’autres cultures», s’inquiète d’ailleurs Yourianne Plante.

Réagissant au signal d’alarme lancé la semaine dernière, certains épiciers ont promis de rajuster le tir cette semaine et d’offrir les framboises québécoises au prix des américaines.

Les producteurs, qui cherchent des solutions, dénoncent un marché qui ne s’adapte pas aux saisons québécoises et demandent aux chaînes d’alimentation de donner priorité à la framboise du Québec le temps des récoltes, qui ne durent que trois semaines.

Après, c’est aux consommateurs de se poser la question: est-ce normal d’avoir des framboises en janvier? Serait-il possible de se passer de petits fruits pendant l’hiver pour laisser toute la place aux fruits d’ici le moment venu? Est-on prêt à payer quelques sous de plus pour déguster des framboises, avouons-le, souvent beaucoup plus goûteuses, qui viennent du champ d’à côté?

Parce qu’au final, il ne faut pas oublier que c’est le consommateur qui vote. Il y aurait beau avoir une majorité de framboises québécoises à bon prix dans les supermarchés, si ce sont les américaines qui sont achetées, les épiciers n’y peuvent pas grand-chose.

La solution? Le travail d’équipe donc, pour sauver la framboise d’ici, au grand plaisir de nos papilles!